LA REELECTION DE GUILLAUME SORO A LA TETE DU PARLEMENT IVOIRIEN : UNE VERITABLE DEMONSTRATION D’HUMILITE POLITIQUE


LA REELECTION DE GUILLAUME SORO A LA TETE DU PARLEMENT IVOIRIEN : UNE VERITABLE DEMONSTRATION D’HUMILITE POLITIQUE

publié le Mardi 10 Janvier 2017 à 14:50:16

 Une tribune internationale de Lawrence Atiladé

Doctorant en science politique à l’EHESS-Paris

Secrétaire à la communication du RJR-France

Conçue par l’Homme, avec l’Homme, et pour l’Homme, la paix est la mesure la plus aboutie de notre destinée sociétale. Elle s’inscrit et se fabrique dans un mouvement qui exige du temps, et de l’imagination. Dans cette volonté humaine, les routines sont prévisibles, puisqu’à chaque montée de colère, à chaque claquement de porte, le labeur du jour est effacé et tout est à reprendre. Pour résister à cette vulnérabilité, elle doit se fixer des objectifs concrets et mesurables en restant attentif aux outils, moyens, et méthodes déployés pour assurer la continuité du travail. Restitué politiquement, cela revient à affirmer que réconcilier, recoudre le tissu social, requiert une forme d’ingénierie magistrale. De même qu’un rapport de force se construit, le savoir-faire politique consiste à modifier, à créer des équilibres qui facilitent la chirurgie sociale. Tel n’est-il pas le but recherché par l’honorable Guillaume Soro à la veille de l’élection du Président de la première législature de la troisième République de Côte d’ivoire ? En effet, ce dimanche 08 janvier 2017, après la visite au président du FPI, Pascal Affi N’guessan, celle du PDCI RDA d'Henri Konan Bédié, Guillaume Soro, fort du soutien du Président de la République, se rend chez le président de l'UDPCI, le docteur Albert Mabri Toikeusse, puis chez Gnamien Konan, le président de l'UPCI, afin de leur notifier son intention de rempiler à la tête de l’Assemblée nationale. Quelle est la portée politique de cette tournée dominicale ? Etait-ce, comme le soutiennent certains, pour recolter le plus grand nombre de votes possibles à sa candidature à la tête du Parlement ? Dans ce cas, s’interrogent  d’autres, GKS, n’était-il pas (suffisamment) assuré d’être réélu avec les 167 élus du RHDP, dont il est issu ? S’agissait-il, en réalité, d’une crise de confiance profonde à l’égard du parti Houphouétiste, pourtant majoritaire ? D’une tactique pour amortir un éventuel taux d’abstention susceptible de brouiller les cartes ou tout simplement pour prévenir le « syndrome affoussiato-laminien », caractérisé par la réjouissance précoce avant la proclamation des résultats ? Face à ces différentes grilles d’interprétations existantes, nous voulons insister sur la dimension étatique de Guillaume Soro-l’Homme, parce qu’elle nous parait objectivement décisive.  En ce sens, nous montrerons comment son sens élevé du pluralisme politique (I), ouvre des passerelles pour la pleine réintégration des acteurs et des victimes de la crise post-électorale (II), et pose les fondements d’une nouvelle expérience de paix et de réconciliation en Côte d’ivoire (III).




  1. Le réalisme politique du chef du parlement à toute épreuve 

La force de la démocratie libérale se trouve dans le fait qu’elle donne au peuple ce à quoi il aspire le plus c’est-à-dire la liberté. En affaiblissant la légitimité des autres régimes politiques tels que l’aristocratie, l’autoritarisme, le totalitarisme, elle apparait comme le régime politique le plus accepté dans le monde. Si elle s’est propagée partout et séduit, c’est parce qu’elle est souvent analysée sous l’angle de l’élection, d’où l’expression « démocratie électorale ». Conséquemment, l’organisation d’élections pour désigner les représentants du peuple a été consacrée par toutes les chartes constitutionnelles modernes. Même dans les monarchies parlementaires, le vote est devenu une pratique acceptée. Néanmoins, en Côte d’ivoire, elles sont des moments de cristallisation des identités régionales, ethniques, religieuses, vidant ainsi la compétition politique de toute sa substance. La preuve en est que depuis l’annonce officielle de sa candidature sur son compte twitter, pour un deuxième mandat à la présidence de l’Assemblée nationale de la République de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a fait l’objet de multiples attaques acerbes. A fortiori, celles qui estiment que cette déclaration survenant juste après l’intervention du Chef de l’Etat ce samedi 7 janvier au journal de 20 heures à la télévision nationale, (intervention relative à la mutinerie de certains soldats ivoiriens dans la nuit du 5 au 6 janvier qui réclament des primes pour l’amélioration de leur condition de vie) constitue la preuve irréfragable que le député de Ferké est l’instigateur potentiel de ce soulèvement. Une sorte de « chantage politique » en vue de se maintenir à la tête de l’hémicycle, suite à des rumeurs qui circuleraient sur sa « mort politique ». N’est-ce pas pour pallier à cette insuffisance, que Guillaume Soro propose d’observer la démocratie ivoirienne au-delà des élections ? Comment s’y prend-il ? Retenons pour la circonstance une seule réponse : la prise en compte des différences nationales et la revalorisation des minorités. 

  1. L’inclusion comme condition du bon fonctionnement du pouvoir législatif : le cas du FPI

Bien avant le président sortant, le député de Facobly et président du Conseil régional du Guemon, Méambly Tié Evariste Edouard, a déclaré sa candidature le vendredi 6 janvier, après avoir constitué le groupe parlementaire « Agir pour le peuple », regroupant 9 députés. Par ailleurs, 75 indépendants ont fait leur entrée au parlement et représentent environ 30 % des sièges. Toutefois, il faut souligner que le RHDP de Guillaume Soro a obtenu 167 sièges sur 254. En dépit de cela, il a « décidé de venir solliciter le vote de son collègue député et du FPI ». Guillaume Soro a estimé qu’après avoir eu les accords des présidents Ouattara et Bedié « favorables à ce (qu’il) rempile » à la présidence de la nouvelle Assemblée nationale, il était important qu’il obtienne aussi celui du FPI. Serait-il illusoire de parler (ici) de l’ouverture d’esprit Soroiste ?  Par ce geste, Guillaume Soro ne montre-t-il pas que l'intérêt général de son pays passe avant tout intérêt partisan ? Oui, nous confirme le Professeur-philosophe Franklin Nyamsi : 

« Car en venant saluer le FPI, il reconnaît dignité, respect et honneur à l'opposition en général. Et bien que le FPI ne soit pas en position de présider au Parlement Ivoirien 2017, la sollicitation du vote du FPI est une manière de mettre en place un fonctionnement républicain de l'assemblée, qui doit primer sur les divergences idéologiques des familles politiques qui le composent. Si les 3 députés FPI votent pour Guillaume Soro, ce ne sera pas pour le faire gagner, mais pour le charger davantage de la responsabilité de protéger le pluralisme politique au sein du Parlement. In fine, le président Guillaume Soro montre à l'opposition ivoirienne que l'amour de son pays passe au-dessus de toutes les contingences ». On comprendra dès lors, l'ex premier ministre Pascal Affi Nguessan qui a parfaitement raison de dire que Guillaume Soro effectue “une démarche originale qui rentre dans l’évolution et la construction de la nation“.  C’est un « acte républicain » qui le propulse dans la future Cote d’Ivoire. 


III- le taux d’abstention, un encouragement pour les échéances à venir

Pour Tocqueville, les individus se désintéressent de la sphère publique dans les démocraties pour se concentrer sur la sphère privée du fait de leur préférence pour l’égalité. Cela peut conduire à un risque d’abstention. La lutte contre cette dernière est difficile. Certains pays allongent la durée du vote ou cherchent à développer le vote à distance mais la sécurité des suffrages n’est pas assurée. Ces solutions n’ont pas toujours montré leur efficacité jusqu’à maintenant. D’autres pays ont choisi de punir l’abstention par une sanction financière (Belgique, Brésil…), mais elle est rarement appliquée. Le Portugal, par exemple a choisi de ne valider les résultats électoraux que si la majorité des électeurs a participé au scrutin. Que propose Guillaume Soro en Côte d’ivoire ?

 a) La motivation des électeurs en leur permettant de participer plus activement à la vie politique, d’autant plus qu’il a lui-même coutume de le dire : « une élection n’est jamais gagnée d’avance ».

b) Le renforcement du sentiment d’appartenance nationale et la citoyenneté par le contact et les échanges entre les citoyens et celles et ceux qui aspirent à les représenter.

c) L’investissement de l’espace public pour confronter leurs idées, leur vision de la Cité. 

A défaut de ces trois conditions, et face au mécontentement des électeurs, au manque de motivation ou d’informations, à la défiance, contestation, individualisme, nos jugements sociaux pourraient être largement influencés par la tendance à privilégier ce qui nous semble représentatif d’une généralité. Pour être vitale, la démocratie doit se consolider quotidiennement par une participation effective des citoyens. Désormais, la construction de l’État, qui a supplanté les autres modes d’organisation sociale et politique, a permis de valoriser la « légitimité légale-rationnelle » au détriment des légitimités « traditionnelle » et « charismatique ».


En définitive, la date du 09 Janvier 2017 constitue un de ces moments critiques où la cartographie politique Ivoirienne s’est radicalement morcelée en deux parties : la première est l’altération des croyances sociales d’où dérivent les spéculations politiques. La seconde est la création de conditions d’existence et de pensée entièrement nouvelles, engendrées par la modification de nos différentes approches dans la recherche de la réconciliation. C’est cette nouvelle donne qui nous impose Guillaume Kigbafori Soro, le visionnaire, qui instruit par l’expérience et la lucidité, nous enseigne l’art de naviguer entre les écueils. Beaucoup de promesses et d’espérances sont contenues en cet homme dont la réélection triomphale à plus de 95 % des voix, à la tête de la première législature de la troisième République, augure d’un destin national immense.




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