DE L’INTERET D’UN PARTI UNIFIE


DE L’INTERET D’UN PARTI UNIFIE

publié le Lundi 27 Novembre 2017 à 13:21:16

Une Tribune Internationale de AïchaYatabary

Médecin, écrivain, santé publique

Affaires humanitaires et coopération internationale

Décembre 2017

 Nous avons régulièrement attiré, lors de  nos interventions dans différents médias,  l’attention des acteurs politiques ivoiriens sur les risques de déséquilibres sociopolitiques inhérents à une éventuelle crise au sein du RHDP. En effet, aux heures chaudes vécues par cette alliance et au cours du congrès du Rassemblement Des Républicains, en septembre dernier, nous interpellions sans cesse les différents protagonistes en cause et invitions à la sagesse et à la retenue

Pourquoi ?

Parce que si nous choisissons la démocratie comme système politique, nous devons appliquer ses règles en nous réappropriant ses schémas. Privilégier le dialogue aboutit toujours à un minimum consensuel. Tous en sortent gagnants. La démocratie est l’expression de la volonté de la majorité, mais aussi la représentativité de tout groupe, même le plus vulnérable, en ce sens qu’elle favorise l’équité dans son expression la plus noble(théoriquement).

Les débats sur l’alternance en 2020 avaient suscité des frictions au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

A quoi nous expose une explosion du RHDP ?

Une explosion du RHDP nous expose à des alliances improbables et à des troubles inhérents à cette démarche contraire à l’intérêt général.

 

 

Les alliances improbables

Les alliances contre-nature en politique sont définies comme des alliances de formations politiques ne partageant pas le même bord politique ni les mêmes projets de société. Ce sont des alliances opportunistes. Elles ont basées sur la soif du pouvoir et ne participent qu’à la promotion d’intérêts personnels. Le peuple ne tire aucun bénéfice de ce genre d’alliances puisqu’elles n’aboutissent à aucun projet de société structuré et cohérent, elles ne s’adossent à aucune vision. Ce type de coalitions mène souvent au chaos. En effet,  même si elles permettent à l’alliance concernée d’accéder au pouvoir, elle ne permet pas aux différentes forces politiques qui la composent de diriger la nation dans la cohésion longtemps. Elles volent en éclats.

C’est comme si le parti Les Républicains en France s’alliait avec le Parti Socialiste dans une perspective de candidature unique à l’approche d’élections présidentielles. Pour quelle destination ? Comment ces deux partis politiques aux idéologies opposées pourraient-ils gouverner la France dans le cadre d’un programme commun? Ce serait une aberration.

Toutefois, l’on ne peut pas parler d’alliance contre-nature concernant le RHDP.Cette alliance provient essentiellement de la fusion de plusieurs partis politiques d’inspiration libérale qui ne formaient qu’un au départ : le PDCI. Ce sont des discordances internes qui avaient fait voler ce parti en éclats. Ne réveillons pas les vieux démons. Outre les troubles inhérents à la scission du PDCI, qui a créé une vive opposition entre le RDR et ce dernier, des alliances contre-nature sont nées.

Il nous faut donc parler des alliances qui ont prévalu lors de la période trouble vécue par les Ivoiriens de 1994 à nos jours. En dehors de l’alliance entre PDCI (libéral) et RDR (libéral) au sein du RHDP, le PDCI ne s’était-il pas allié au FPI (gauche progressiste) ? Le FPI n’avait-il pas conclu une alliance avec le RDR (libéral), pour ne citer que celles là ? Nous savons là où ces différentes alliances contre-nature nous ont menés. Le PDCI n’avait pas longtemps accordé ses violons avec le FPI, qui à son tour, n’avait pas longtemps fait chemin avec le RDR.

Au sein de l’opposition, à ce jour en 2017, voyons les alliances qui ont été créées :

- Avril 2017 : Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS)

- Mai 2014, une fronde au sein du FPI et dirigée par Abou Drahamane Sangaré s’allie à plusieurs autres formations politiques proches de l’ex-chef de l’Etat ivoirien et de hauts cadres du PDCI en disgrâce avec leur parti, pour former la « défunte »Coalition nationale pour le changement (CNC) 

- Mars 2014 : Alliance des forces démocratiques (AFD) qui voit le jour le  en remplacement du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD).

Les alliances saines et bénéfiques pour le peuple sont celles de partis politiques partageant la même idéologie. Ainsi, elles peuvent dégager des programmes clairs et cohérents s’inscrivant dans une démarche commune, comme nous le disions plus haut en introduction. La définition de ces programmes clairs et cohérents aboutirait à une gestion pacifique et concertée du pouvoir si cette alliance arrivait à remporter la présidentielle et accèdait à la gestion du pays.

Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre, pour paraphraser un célèbre penseur.

Les alliances politiques doivent donc être motivées par des valeurs partagées, ainsi que la recherche de l’intérêt général.

De la recherche de l’intérêt général

Quand on prône la réconciliation et le pardon, dans la même veine que le Président de l’Assemblée nationale, on ne peut que s’inscrire dans la logique d’une union des partis dont les intérêts et l’idéologie politique sont similaires.

Les partis politiques peuvent signer des ententes de collaboration sur une grande variété de sujets, notamment, sur la formation de coalition lors des élections, sur la formation de gouvernements de coalition, sur l’apport d’un soutien externe à un gouvernement en place. Les partis politiques peuvent aussi aller vers l’unification, qui s’inscrit dans une démarche plus radicale et un engagement plus marqué. L’unification du parti signifie qu’il permet aux valeurs communes des différentes forces politiques qui le composaient de s’exprimer.

Elle permet aussi de donner plus de poids à la coalition politique sur l’échiquier national, de raffermir la confiance entre les partis politiques qui la composent et de sécuriser les engagements de chacun.

Pour user de métaphores, disons que l’unification  nous renvoie à l’idée d’un mariage civil entre formations politiques.

Cependant, il est important de préciser dès le départles modus vivendi et modus operandi d’un parti unifié,de telle sorte que les intérêts des uns et des autres ne disparaissent pas dans la fusion.

Toutefois, cette logique ne signifie pas que nous enfermons le jeu politique dans un schéma  réducteur d’alliances politiques. L’on peut très bien voir émerger un candidat indépendant qui rassemble autour de lui des électeurs partageant une vision commune, comme on l’a observé pour le Président Macron en France. Il faut cependant préciser que ce genre de scénario se produit lorsque les peuples ont dépassé les clivages ethno-tribalistes et ne s’inscrivent que dans la poursuite d’un projet commun. De plus, l’accession d’un candidat indépendant aux plus hautes fonctions de l’Exécutif est un cas de figure qui n’a jamais été observé en Côte d’Ivoire. Précisons qu’il est courant que les candidats indépendants soient issus de la société civile, comme en Belgique où cela s’est produit à plusieurs occasions, notamment pour les élections communales.

Les systèmes et les alliances politiques doivent faire l’objet d’un changement complet de paradigme en Afrique.

Le rôle de l’opposition ivoirienne

La recherche de l’intérêt général est aussi une préoccupation de l’opposition ivoirienne. Ce sont les idéologies et les projets de société qui divergent, l’opposant à des formations politiques comme le RHDP. En effet, l’opposition ivoirienne est composée pour la plus part de partis de gauche d’inspiration marxiste, contrairement au RHDP qui se veut l’union de partis d’inspiration libérale.

Le projet de société des partis de gauche s’inscrit dans une vision de solidarité et de progrès, « s’opposant » à la droite au sein de laquelle les valeurs mises en avant sont celles du libéralisme et du conservatisme, même si certaines de ces valeurs sont transversales (la volonté de progrès, par exemple) et peuvent se retrouver d’un côté comme de l’autre.

Aussi, si nous avions noté tantôt la pertinence des visions politiques communes au sein des alliances, ainsi que la gestion pacifique du pouvoir induite par cette cohérence des coalitions, il est important d’insister sur la place et le rôle que doit jouer l’opposition, en vue du maintien de la démocratie.Le projet d’unification en cours ne doit pas nous conduire à un schéma qui ferait penser à un parti unique. L’opposition doit donner de la voix dans ce système. Elle ne doit surtout pas être étouffée, et c’est ce qui permettra de maintenir l’équilibre. C’est en cela que le rôle d’une opposition est crucial dans une démocratie.

Les primaires

Préserver l’intérêt général ne veut pas dire faire taire les individualités et les ambitions présidentielles légitimes. Préserver l’intérêt général nécessite de permettre à ces individualités de se manifester de façon équitable. La démocratie ne s’adresse pas seulement au peuple dans sa globalité, elle s’adresse aussi aux partis.

La démocratie est l’acceptation de la diversité.

Nous attirions l’attention en août dernier, sur ce même site, sur la possibilité d’organiser des primaires au sein des partis politiques ivoiriens et des coalitions politiques,  qu’elles soient ouvertes ou fermées.

En quoi consisteraient ces primaires ?

Il existe deux types de primaires : les primaires fermées (désignation interne ouverte aux seuls adhérents du parti concerné), et les primaires ouvertes à l’ensemble des électeurs.  Dans le cas des primaires ouvertes, chaque votant, quelque que soit son bord politique, doit signer une charte d’adhésion aux valeurs du parti (et verser une somme symbolique, qui sert à financer en partie le scrutin), pour lequel il décide de participer à la primaire, ceci constituant l’un des avantages de ce système.L’organisation de primaires nous paraît être le système le plus équitable pour garantir la possibilité à tous les candidats potentiels d’un parti de faire entendre leur voix, leur programme, de les faire connaître aux militants de ce parti et de permettre à ces derniers d’opérer un choix correspondant à leurs attentes. Ce système permet de choisir, pour un parti, le candidat le plus représentatif …puisqu’il permet aux électeurs d’avoir plus d’influence sur le choix des candidats. Cela entraine comme conséquence première, une plus grande légitimité du candidat désigné à l’issue de ce vote. Ce système peut donner aussi une indication réelle sur la popularité et l’image des futurs candidats à la magistrature suprême.

Des primaires au sein du RHDP pourraient aboutir à une candidature unique qui ne serait à l’origine d’aucune contradiction puisqu’elle reflèterait le choix transparent et démocratique des électeurs du parti (à condition que ce choix soit transparent et démocratique). Il en est de même si des primaires étaient organiséesau sein des partis politiquesde l’opposition ivoirienne, notamment le FPI.

Elles permettraient à ces derniers de se structurer et de se réorganiser sur des bases saines.

Conclusion

Disons que lorsque la politique est pratiquée sur des bases saines, cela permet d’éviter les soubresauts et incidents violents et malheureux du cours de l’histoire.

La scission du PDCI en deux formations politiques distinctes avait donné lieu à des alliances improbables, entraînant des troubles. Même si ces alliances improbables avaient permis à certaines formations politiques d’accéder au pouvoir, elles n’avaient pas permis une gestion pacifique des affaires.

Nous disons donc, sans avoir peur d’être taxé d’idéaliste, qu’il est possible de faire de la politique sur des bases saines, à la recherche de l’intérêt général, et que cela est l’essence même de l’engagement en politique. Pour cela, les hommes politiques doivent aller sans cesse en quête d’informations pertinentes au sein de la société qu’ils prétendent gouverner, informations en rapport avec leur futur projet de société. Leurs stratégies doivent être orientées dans le sens de la promotion de ces projets de société, parce que c’est sur cette base que les électeurs se définissent de plus en plus. Cela relève de l’intelligence politique.

Les choses sont simples et ce qui est vrai est vérifiable. En effet, la politique sous nos tropiques doit revêtir davantage les notions d’éthique et de morale.

Toutefois, l’unification du RHDP ne doit pas étouffer l’opposition ivoirienne dans un système qui ressemblerait à un parti unique. L’opposition doit toujours garder sa place dans le débat politique et jouer un rôle de contre-pouvoir, pour le maintien de l’équilibre de la République.

Ce projet de parti unifié ne doit pas non plus faire taire les individualités et les ambitions des uns et des autres, mais leur permettre de s’exprimer de façon démocratique et transparente.

C’est ainsi que la Côte d’Ivoire amorcera le virage dangereux de 2020 dans la quiétude et la paix.

 




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