Guillaume Soro Kigbafori et le Panafricanisme de Dignité


Guillaume Soro Kigbafori et le Panafricanisme de Dignité

publié le Lundi 19 Novembre 2018 à 13:06:00

Une Tribune Internationale de Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè

Philosophe

 

 

  1. Respect des Droits humains, tradition millénaire africaine

L’idée que la dignité humaine est indépassable signifie qu’elle est un invariant de principe irrécusable. La dignité est conférée a priori à tous les Humains simplement parce qu’humains, aucune exception n’est admise parce qu’elle subsumerait des discriminations pour opposer étrangers à nationaux, exilés aux autochtones, allogènes aux natifs, pour déclarer des droits  acquis pour celui-ci tandis que pour celui-là, l’étranger, les droits conditionnels de l’hospitalité. Pour l’Afrique traditionnelle institutionnelle et partant, celle des vécus sociaux, cette idée de dignité humaine est consubstantielle de la pensée politique qui affirme et soutient que et ce depuis le 13è siècle au Mandé, suivant le code dozo ou Mandé Kalikan (Serment du Mandé) que toute vie est une vie. Il s’ensuit une métaphysique des droits humains incompressible qui stipule en son Article 5 que : « Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique ». Plus loin toujours selon Le Serment du MandéArticle 24, il est déclaré à la face du monde mandé que, tolérance, protection, sécurité de la personne étrangère et de ses biens : « Au Mandé ne faites jamais du tort aux étrangers ». Tous les textes divins des religions d’Abraham attestent que les exilés ont des droits qui exigent d’être respectés. Au Mandé, cette bienveillance fraternelle envers les exilés, les étrangers est aussi une gratitude du Peuple mandé, reconnaissant des droits d’hospitalité dont Soundiata Kéita lui-même a été le sujet durant son exil de 17 ans. Cette bienveillance envers l’autre humain parce que simplement humain que subsume l’hospitalité inconditionnelle, le pays de l’Hospitalité (que l’Hymne national ivoirien magnifie) dérive d’une longue mémoire millénaire et pratique africaine qui va encore plus dans la magnanimité lorsqu’on convoque le dicton populaire qui dit que l’étranger a de gros yeux pour ne rien voir. Une exquise tolérance exceptionnelle en faveur des étrangers qui sont supposés méconnaître les règles de droits, les us et coutumes de leurs illustres hôtes. D’où une imputabilité différée advenant les entorses auxdites règles du vivre ensemble durable.

 

Lorsque les Panafricanistes de la fin du 19è siècle reprennent cette idée de dignité africaine incompressible des Africains sur le sol africain entier, ils se reconnectent à une vieille tradition ancrée, vivace et transmise dans la fidélité de la mémoire, générations après génération. Dans la Côte d’Ivoire contemporaine des turbulences politiciennes et élans répulsifs de l’autre, la survie et protection des droits humains inviolables des Africains (étrangers mais plutôt ces citoyens africains), sur le sol ivoirien fut incarnée par le Président Guillaume Soro Kigbafori et ses compagnons. La fin des tracasseries démentielles contre certains Ivoiriens et les citoyens africains d’autres contrées advint une donnée d’engagement ferme des combattants des droits de la nationalité ivoirienne pour le renouvellement des pratiques au nom de l’unité et la solidarité africaines. 

 

  1. Ainsi pour le leader Guillaume Soro Kigbafori, les droits humains pour un panafricaniste de cœur, de raison et de pratique est : « Le panafricanisme dont je rêve est celui d’une Afrique sans entrave et sans frontière, un panafricanisme dans lequel l’esprit d’unité et de solidarité serait à la base de notre « africanité ». Notre africanité ainsi décrite est donc l’osmose parfaite entre humanisme africain et panafricanisme d’observance. Pourquoi ? Parce que par traditions africaines, il n’y a point de constat dans les vécus sociaux des peuples, cette étrange notion d’hospitalité dérangeante comme les philosophes Derrida et Shérer s’accordaient à thématiser. Le Serment du Mandé et l’Ubuntu des Bantou décrivent l’humain, pas seulement l’humanité africaine, primordialement, par l’intersubjectivité parce que constitutive de ma propre humanité : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous » Il s’agit d’une philosophie fondatrice de l’Humain et de l’idée de dignité reconnue et conférée à autrui, celui dont le corps est différent de mon corps propre. La sénégalité senghorienne est la prégnance de cette idée d’autrui,  persona grata tandis que l’ivoirité  convola, ici, avec persona non grata. C’est donc au nom de cette unité de transcendance intersubjective (in concretum, cette persona grata) que je reçois de l’autre que les tracasseries administratives privatives de droits de la nationalité ou sous-jacentes à la xénophobie, ces discriminations insolites, les violations abusives des droits, des pogroms etc. me sont interdits, peu importe mon rang social. Le panafricanisme est un humanisme signifie aussi que la confiance dans le service public africain, rappelle ce devoir de bienveillance fraternelle et de respect d’autrui comme coextensif et générateur de la communauté des égaux. D’où le devoir de solidarité que le Président Guillaume Soro de la représentation nationale de Côte d’Ivoire, énonce. 

 

  1. La question de l’hospitalité chère et au cœur de l’Hymne national ivoirien n’est surtout pas celle que se pose Jacques Derrida comme antinomie de l’hospitalité acéphale. Acéphale parce qu’hybride qui ne concède les droits que commeconditionnés par l’hôte qui reçoit et envers lequel l’accueilli est cantonné comme droits limités, devoirs des étrangers.

 

Les accueillis et les accueillants sont dans une asymétrie de droits et de ce fait même, sont dans un régime de droits humains différenciés. Pour Derrida, l’hospitalité inconditionnelle, infinie comme Loi de l’hospitalité, celle de l’accueilli d’office et sans contrepartie, ni identité, ni sa capacité (processus de sélection des aptes à être accueillis par exemple comme immigrants en France et au Canada) est le sujet derridien de l’arrivant absolu. Cet arrivant est exactement le sujet panafricain par unité et par solidarité humaniste puisque l’hospitalité est une totalité qui ne disjoint pas le chez-soi du dehors (principe éthique irrécusable qui interpelle l’acteur politique). En Occident, cet arrivant absolu est comme une idée dérangeante. C’est en ce sens que le philosophe Emmanuel Levinas (que l’autre Emmanuel aime tant, monsieur le Président Macron de France), écrit comme prolongement et échos contemporains en Occident de l’Article 24 du Serment du Mandé (année 1235), cité ci-dessus. Levinas (le maître à penser de Derrida) ce philosophe révolté contre les crimes d’hospitalité infinie, tonne : « émigré, exilé, étranger, hôte de toujours, il se trouve élu à domicile avant d’élire domicile », Adieu, 140.

 

Parce que l’Etranger a droit de cité avant même d’atteindre la cité comme Condorcet l’écrivait lui –aussi pour les femmes durant la Révolution Française de 1789. Ces trois rappels renvoient à la culture des universaux comme droits humains. Haro sur ceux qui prétendaient que les droits de la personne humaine sont nés en Occident. Ils étalent leur inculture ou plutôt leur mépris de type européocentriste de l’altérité civilisationnelle lumineuse et conviviale. L’arrivant absolu nomme pour les Africains traditionnels, l’humain, la présence humaine, le même, le semblable, l’identique condition humaine non contextualisée.

 

  1. 4.  Le panafricanisme de Guillaume Soro est un humanisme. Il signifie que primordialement, la Loi de l’hospitalité, celle que chante l’Hymne ivoirien, est inconditionnelle parce qu’elle est la synchronie intime entre panafricanisme et humanisme. Quant au régime juridique des lois, ces lois ne sont que des droits procéduraux à la remorque du droit fondamental qui stipule au Mandé que Toute vie est une vie et toute vie est une dignité reconnue (à protéger, respecter et laisser vivre et jouir de la vie). Vivre et aider à Vivre est l’antidote de l’irrationnel comme, ivoirité apparemment sortie de l’enclos ivoirien des soi- disant pur coton pour discriminer désormais l’autre, le citoyen africain identifié comme corps d’un topos (lieu, terroir) extérieur et prétention à protéger « son chez-soi » contre l’ennemi!

 

  1. Lorsque les Angolais chassent les citoyens africains d’Afrique de l’Ouest ou de la République Démocratique du Congo, ou que les nordSahariens, les Algériens déportent les sudSahariens, Les Noirs à la frontière du Niger, c’est l’accueilli africain qui est identifié et vilipendé dans un élan de rejet comme l’ennemi. Une infraction à l’unité et à la solidarité panafricaines et au destin des droits humains en Afrique. Pourtant, dans la culture traditionnelle africaine authentique, la Loi de l’hospitalité s’applique non pas seulement parce que l’Humain est l’Humain, mais aussi parce que l’autre, venu d’un autre lieu, est celui-là même susceptible de ventiler la mauvaise réputation, la panne d’humanisme des autochtones comme incivilité et inhumanité abjecte. La dignité reconnue et la pleine protection par la Loi de l’hospitalité est donc l’antidote à la propagation de la piètre réputation des peuples de l’accueil, sort de tous les peuples du monde. De ce fait, les Panafricanistes sincères savent que le citoyen africain sur le sol africain, partout est chez lui. Même recensé administrativement comme étranger, il demeure le maître de céans. Donner l’hospitalité, c’est donc recevoir l’hospitalité. Il s’ensuit que la synchronie impossible derridienne, celle de 1967 contenue dansDe la Grammatologie, 235, est suivant l’Afrique hospitalière millénaire, une symphonie intersubjective réalisée, un effacement subjectif et dynamiquement et diachroniquement, une autoréalisation intersubjective africaine. Je pense que la sur-contextualisation par principe de la synchronie derridienne est aussi celle de son irréalisation. Dire et stipuler hors-contexte est probablement possible pour sortir de l’impossibilité métaphysique. C’est le lieu des universaux. C’est celui que l’Afrique traditionnelle de la Loi de l’Hospitalité a adopté comme régime unique applicable aux Humains, simplement parce qu’humains. La définition de la persona africaine en est inhérente.  

 

Pour conclure, il sied de constater l’unité et la solidarité que convoque Guillaume Soro Kigbafori comme le véhicule civilisationnel de la culture des droits humains en Afrique, reste le régime universel applicable à tous. Le jour que l’Union Africaine pratiquera cette unité et solidarité, ce régime juridique unique adviendra attestation de la personne africaine. Cette tradition de respect des droits humains est millénaire et atteste du renouveau panafricain comme mouvement autour du respect des droits humains et Etat de droit, témoins contemporains de notre africanité insubmersible.

 

Source : www.guillaumesoro.ci         




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