Montréal (Canada) / Deuxième partie des échanges avec la diaspora  ivoirienne : Guillaume Soro à l’écoute de ses concitoyens


Montréal (Canada) / Deuxième partie des échanges avec la diaspora  ivoirienne : Guillaume Soro à l’écoute de ses concitoyens

publié le Lundi 16 Juillet 2018 à 15:22:42

Au cours de la deuxième partie de la rencontre le vendredi 13 juillet 2018 entre le Président de l’Assemblée nationale (PAN) Guillaume Soro et la communauté ivoirienne de Montréal, qui a enregistré cinq interventions, plusieurs questions ont été soulevées. Entre autres questions, les déguerpissements, la Réconciliation, la révision de l’article 48 du Code de la Nationalité, la limitation d’âge de véhicules importés ou exportés en Côte d’Ivoire et la libération de l’ex-président Laurent Gbagbo, actuellement en détention à la Haye au Pays-Bas.

C’est dans la convivialité et avec la bonne humeur qui ne le quitte jamais, que le Président Guillaume Soro a répondu avec précision et quelquefois avec beaucoup d’humour aux préoccupations de ses concitoyens vivant au Canada. Ci – dessous la liste des questions :

Monsieur Akoun Nazaire : Monsieur Soro Guillaume, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, bonsoir ! Bienvenue  parmi nous. Je salue aussi les autres membres de la table de séance, je salue le doyen Aké. Ma question va s’articuler sur deux points ; le premier point, l’actualité pendante en Côte d’Ivoire ; puis le deuxième point ce sera sur la réconciliation qui bien que d’actualité n’a pas débuté aujourd’hui. La question concernant l’actualité, aujourd’hui ce sont les inondations avec pour corollaire les déguerpissements. Les déguerpissements n’ont pas commencé avec Cocody-Danga, ni avec la cité abattoir et une autre cité à Treichville appelée cité du Port. Les déguerpissements ont commencé avec la famille Bundy. Une famille qui est à Marcory et qui a été dépossédée de son bien, le seul bien que le père leur a laissé, leur maison qui aujourd’hui appartient à un certain Fawaz qui serait consul du Liban mais le monsieur lui-même, il est Syrien. Ensuite, il y a les autres, il y a Danga, des gens qui ont leurs maisons, qui au lendemain ont été déguerpis. Abattoir c’est encore pire parce que les gens étaient dans leur maison et puis on a cassé ; il y a eu des blessés parmi ces gens. Alors la question concernant ces déguerpissements est la suivante : Qu’est-ce que l’Assemblée nationale, le Président de l’Assemblée nationale, le député fait pour que ces personnes déguerpies-là soient un tant soit peu calmées et puissent penser que l’Etat est à leur côté ? Le deuxième point qui concerne la Réconciliation, Monsieur Soro Guillaume, je vais vous dire pourquoi les gens sont un peu mitigés. Moi je suis akan, et lors des fêtes de génération au cours desquelles on apprend à diriger nos villages, la Réconciliation ce n’est pas sur le bout des lèvres mais c’est dans les yeux. Donc les gens quand ils vous regardent en train de prôner la Réconciliation, vous avez commencé en 2004 avec Blé Goudé –Tout à l’heure quand vous étiez en train de parler, j’ai dit que c’est vrai- Mais les gens vous regardent dans vos yeux, les yeux ce n’est pas seulement les yeux, ce sont les faits. Quels sont les actes que vous posez, et puis les gens vont dire c’est vrai ce qu’il dit là ; parce que n’oublions pas qu’en Côte d’Ivoire, il y a des prisonniers d’opinion. Moi je vous suis, même si je vous insulte tous les jours (rires du PAN). Mais je n’ai entendu nulle part que vous avez rendu visite un tant soit peu à Madame Simone Ehivet Gbagbo. Elle, je dis son nom mais il y a des prisonniers à la Maca. Alors moi je voudrais savoir, quels sont les actes que vous posez pour dire aux gens qui vous regardent dans les yeux, qu’effectivement vous voulez vous inscrire dans la Réconciliation ? Je vous remercie.

Monsieur Cissé Ismaël : Bonjour Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, moi en fait, j’ai une question qui va peut-être sortir de la ligne de tout ce qui a été dit jusqu’à présent. Je voudrais vous ramener à l’article 48 de notre code de  nationalité. J’ai été surpris, parce que comme tout le monde, je regarde sur Facebook (…). Monsieur le Président, 50% des gens qui ont remporté le prix Nobel aux Etats-Unis sont d’origine étrangère. Le Canada où nous habitons est un pays qui sélectionne les intelligences de tous les pays pour venir bâtir ici ce qu’on appelle le grand Canada. Personnellement,  j’ai eu la chance d’avoir un doctorat financé par le Canada. Alors, c’est dans ce contexte que quand on lit notre article 48 du Code de la nationalité, on voit écrit : ‘’ l’Ivoirien qui de plein gré acquiert une nationalité étrangère perd automatiquement la nationalité ivoirienne’’. Alors que quand on prend tous les contrats que le Président signe, on regarde et on voit ‘’transfert de technologie‘’. Le transfert de la technologie, c’est un leurre, car si je vous transmets ma technologie, je ne suis plus rien. La technologie qu’on peut transmettre à quelqu’un c’est son intelligence. Et si… vous êtes député, vous êtes député de chez vous, vous avez la latitude d’initier des changements au niveau des lois et la Constitution vous en donne le droit, si nous ne regardons pas ces choses aujourd’hui, ce qui va arriver, nous aboutirons à un phénomène à la Trump où on va bloquer des enfants à la frontière et les séparer de leurs parents parce que la Constitution le dit.  Je voudrais attirer votre attention parce que je vois que personne ne pose la question, attirer votre attention pour que vous relisiez l’article 48 du Code de la Nationalité, qui même est en conflit avec notre article 35 qui dit que pour être candidat, il faut être explicitement ivoirien. Mais si on n’a pas le droit d’avoir une nationalité, qu’on nous demande après d’être exclusif, il y a une sorte de dichotomie  que vous savez mieux que moi (…) Je peux vous dire que quand les Ivoiriens d’ici vont en Côte d’Ivoire et qu’ils ont leur passeport canadien de plus de 10 ans, ils se disent si je vais avec mon passeport ivoirien, peut-être que je vais avoir des problèmes. Je voulais attirer votre attention là-dessus.

Monsieur Mathias Assandé : Monsieur le Président, je vous salue à la suite des autres. Ça fait quatre fois que vous venez au Canada, ça fait la 3ème fois que j’interviens devant vous donc en principe ce visage doit être un peu connu de vous. Vous savez tout à l’heure… je sais que vous êtes politique, que vous parlez purement politique. Mais j’ai dû attirer l’attention des uns et des autres depuis longtemps. En 2010, j’étais ici et je défendais Ouattara, tous ceux qui sont ici m’ont traité de RDR alors qu’ils savent bien que je n’ai jamais participé à une seule réunion du RDR. Pourquoi ? Parce que la vie de notre nation était en jeu et pour moi, j’avais la conviction que seule la démocratie pouvait nous sauver. Parce qu’on peut suivre un leader politique pour certaines raisons mais moi je n’étais pas derrière Gbagbo parce que peu importe les circonstances, pour moi dix ans au pouvoir, c’est suffisant. Peu importe les circonstances, on pourra dire qu’on l’a empêché de travailler. Pour moi dix ans c’est suffisant. Aujourd’hui, on cautionne quelque chose qui arrive, que tout le monde voit venir. J’étais en Côte d’Ivoire quand il y a eu les consultations référendaires pour changer notre constitution et comme notre frère vient de le dire, on ne révise pas la constitution en des points importants, notamment le code de la nationalité, les dysfonctionnements institutionnels mais on change des points pour que des gens soient à nouveau candidat, candidat et candidat. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je vous dis faisons attention. Ce n’est pas une question, c’est une remarque. Merci.

Monsieur Patrice N’Guessan : Je voudrais souhaiter bonne arrivée à Monsieur le Président de l’Assemblée nationale ; je dis un bonsoir spécial au grand-frère Angora, notre chef de village. Ma question est liée à l’actualité, elle concerne plus le domaine économique. Je veux parler des exportations de véhicules et importations pour ceux qui sont en Côte d’Ivoire. Ma première question est la suivante : ‘’Est-ce que l’Assemblée nationale a été impliquée dans la prise de décision qui limite les exportations et importations de véhicules à 5 ans ?‘’ Parce que je sais que l’Assemblée nationale est l’émanation du Peuple où chaque député représente un village, une cité ou une ville, ainsi de suite. La question est de savoir est-ce que l’Assemblée nationale a été consultée.

La deuxième question, est-ce qu’économiquement, l’on a mesuré la portée de cette décision ? Comme on le dit, quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillé ; également quand il pleut à Abidjan, c’est toute la sous-région qui est mouillée parce que ce business nourrit beaucoup de familles. Merci !

 

Monsieur François Ebrin : A attendre parler les gens, on a l’impression que vous êtes la cause de tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Et pourtant nous avons un Président en Côte d’Ivoire, vous n’êtes que le Président de l’Assemblée nationale, merci pour tout ce que vous faites. La première question, est-ce qu’aujourd’hui avec tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire, tout ce que vous visez, vous regrettez d’avoir donné le pouvoir à Alassane Ouattara ?

Ma deuxième question est la suivante, demain vous serez Président et on le sait, vous êtes le seul à connaitre Gbagbo, Ouattara et  Bédié. Quand vous serez Président, est-ce que vous allez tout faire pour libérer Gbagbo ?

 

De larges extraits des réponses du Président de l’Assemblée nationale, SEM. Guillaume Kigbafori Soro :

La Première question est celle de Nazaire qui a dénoncé les déguerpissements et évoqué le cas particulier de la famille Bundy. Que fait l’Assemblée nationale face aux déguerpissements etc ? La question m’a été, comme vous le savez, régulièrement posée. J’ai moi-même reçu des déguerpis de Danga. Ils sont d’abord venus chez moi à la maison mais je leur ai dit, allons à l’Assemblée et ils ont été reçus. Je peux vous dire que nous avons désigné un pouls de députés pour aller au fond de la question. Aller au fond qui a consisté dans un premier temps à entendre leur collectif à l’Assemblée et dans un second temps chercher à entendre la partie gouvernementale. Et c’est dans cette démarche que nous sommes pour mieux comprendre ce phénomène donc l’Assemblée nationale ne reste pas insensible. Mais les procédures de l’Assemblée nationale sont les procédures de l’Assemblée nationale. C’est-à-dire que l’une des procédures établie consiste à convoquer, à provoquer ce qu’on appelle le débat à l’Assemblée nationale. Je vous invite à suivre les débats de l’Assemblée nationale sur le fait évoqué par Monsieur Akoun. 

 

La deuxième question est liée à la Réconciliation (…) Parce que si tu étais en prison, Guillaume Soro serait ton héros en parlant de Pardon et de Réconciliation ; parce que quand on est en prison, on veut sortir. Moi je peux vous le dire parce que j’ai été en prison. Donc si on est bien inspiré, allons au Pardon; la que la nation se retrouve autour du Pardon et de la Réconciliation et qu’on accepte dans la repentance – parce qu’on dit  ‘’Ah non, nous, on n’a rien fait. Qui n’a rien fait, on a tous fait quelque chose. Enfin… pour qu’il y ait la guerre dans un pays, il faut au moins qu’on soit deux. Sinon si tu prends ton fusil et tu vas tout seul dans la brousse, on dit que tu chasses, on ne dit pas que tu fais la guerre (rires).  Mais, quand tu prends ton fusil, tu tires là-bas, l’autre aussi tire, c’est cela la guerre. Alors si moi j’ai dit que j’assumais, le deuxième n’a qu’à se déclarer. Et puis on va faire pardon et Réconciliation. Donc le pardon et la Réconciliation là est profond. Il a un sens. Evidemment quand chacun est assis dans son salon, il a bien embrassé ses enfants, son épouse ; il est rassasié et repu, il  dit : "nous on ne veut pas Pardon, on ne veut pas Réconciliation".

Si on te prend, on te met en prison, tu vas voir Réconciliation et puis parler ? C’est ça la vérité. Vraiment, c’est mon souhait, je ne force personne à être d’accord avec moi, mon souhait est qu’on libère tous les prisonniers. Maintenant, si on doit m’insulter à cause de ça, qu’on m’insulte. Parce que je me dis, pardonnons-nous nous tous et puis on passe à autre chose. Donc voilà Monsieur Akoun ce que je peux dire. Moi aussi, il  y a mon « Soul » qui est en prison là-bas, donc il me représente là-bas (rires). Donc toi Akoun, tu ne peux pas te plaindre de moi.

Monsieur Cissé Ismaël, j’ai vraiment été séduit par votre discours. Donc,  j’aimerais vous voir pour qu’on en discute. Il y a des éléments pertinents dans votre requête (Révision de l’article 48 du Code de la Nationalité). Vous avez bien fait de dire qu’effectivement, il y a deux façons de voter la loi  en Côte d’Ivoire. Il y a le projet de loi et il y a la proposition de lois. Le projet de loi est à l’initiative du gouvernement, la proposition de loi est à l’initiative de l’Assemblée nationale. Vous avez raison. C’est peut-être un aspect que je n’avais pas perçu.

Mathias Assandé, lui il est régulier à mes rencontres. Je ne sais pas si c’est un Soroïstes, mais il est régulier… Donc c’est un ‘’GOR’’ parce que c’est ‘’Guillaume ou Rien‘’ (rires). Assandé, j’ai entendu ce que tu as dit mais dans la Constitution, c’est bien écrit que c’est deux mandats hein, ou bien ?  Bon, moi vraiment, en tout cas, quand je parle avec le Président Ouattara, je pense qu’il sait… il a dit qu’il fera un discours le 06 août qui va rassembler toute la Côte d’Ivoire. C’est bien ça non ? Moi je lui fais confiance sur ça. Avant de venir ici, j’ai vu le Président et comme il ne m’a pas autorisé à dire ici ce qu’on s’est dit, donc c’est difficile mais je pense que le 06 - là, il peut avoir de bonnes nouvelles. Voilà ce que je peux dire.

Sur la question de limitation d’âge de véhicules importés. Souvent, il y a des questions qui sont difficiles à répondre. Parce que si je dis l’Assemblée n’a pas été consultée, les gens peuvent m’insulter là-bas encore. Je vais répondre à la question, en tout cas le Secrétaire général de l’Assemblée a écrit que l’Assemblée n’a pas été consultée et qu’il s’agit du domaine de l’Exécutif. Qu’il s’agit d’un décret. Ce n’est pas moi qui ai dit, c’est lui qui a écrit (rires). Moi j’ai seulement lu ce qu’il a écrit. Je ne sais pas si ça répond, moi je ne cherche plus problème. (Rires)

 

Alors, regrettez-vous d’avoir donné le pouvoir à Ouattara ? Non, ce n‘est pas moi qui ai donné le pouvoir à Ouattara. C’est le peuple qui l’a élu en 2010. (Réponse dans l’assemblée : ‘’mais c’est vous le faiseur de roi !’’). C’est le peuple ivoirien qui l’a élu. Bon, ça je sais qu’il y a beaucoup de ‘’GOR’’ ici. Je suis venu au Canada, les ‘’GOR’’-là ont fait des pancartes pour aller manifester devant mon hôtel. Il y a un même qui est rentré dans la salle et qui a menacé de me frapper (l’Assemblée désigné le concerné) (rires). Ah là je retiens son visage maintenant. Ils ont menacé de me frapper. Je pense que sur cette question, moi je n’ai pas l’âme d’un traite. Il y a certains du FPI qui disent que moi j’ai trahi Gbagbo. Je vais vous dire. Le jour où Gbagbo m’a nommé Premier ministre, Gbagbo est là ; Alain Lobognon est là, Méité Sindou est là. Je lui ai dit : « Monsieur le Président, je suis désormais votre premier ministre, je vous serai loyal en tant que Premier ministre. » D’ailleurs c’est ma loyauté-là qui a fait que RDR, PDCI ont dit que j’ai été vendu à Gbagbo. Je lui ai dit : «  je vous serai loyal en ma qualité de Premier ministre. Je vous demande de ne pas me demander d’aller poignarder Ouattara ou Bédié pour vous, autant eux aussi, ils ne peuvent pas me demander d’aller vous poignarder»...

Propos retranscrits par Louis Konan




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