Lafokpokaha/ Guillaume SORO : « Je ne suis pas la propriété de quelqu’un »


Lafokpokaha/ Guillaume SORO : « Je ne suis pas la propriété de quelqu’un »

publié le Jeudi 03 Janvier 2019 à 00:57:15

Le Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori SORO, s’est exprimé, ce mardi 1er janvier 2019, devant toute la chefferie traditionnelle du département de Ferkessédougou. De nombreux cadres de la région ont également pris part à cette rencontre d’échange et de partage. Rencontre qui a eu lieu autour d’un déjeuner  à la faveur du Nouvel An et qui s’est tenue sous le grand préau bâti sur la terre de Lafokpokaha, son village natal situé à une douzaine de kilomètres de la capitale de la région du Tchologo.

Un large extrait de son intervention :

« Monsieur le ministre Malick Sanko, cher grand-frère ; monsieur le député-maire de Ferké, messieurs les sénateurs, monsieur le maire de Koumbala ; ma chère suppléante : messieurs et mesdames les cadres présents, monsieur Kpan Raphaël, chef de canton de Man, je veux que vous le saluiez.

Chers papas, chers chefs, je voudrais d’abord en votre nom commencer par dire merci à ceux qui sont venus nous saluer ; Au nom des chefs, au nom des cadres, il faut qu’on remercie nos amis qui sont venus nous saluer. Et je veux vous présenter mon frère et ami monsieur Joch qui est assis ici à ma droite ; cher ami, cher frère, merci d’être venu ici à Ferké, cela m’a fait énormément plaisir. Quitter la Centrafrique jusqu’à Lafokpo ici, il faut vraiment que notre fraternité soit forte et solide. Merci d’être venu.

Je salue en votre nom, monsieur Malick Sanko qui est venu de la Guinée-Conakry. Vous vous souvenez, son Président qui est le Président Alpha Condé était à Ferké en 2007. Donc monsieur Malick Sanko qui travaille avec le Président Condé est venu jusqu’à Lafokpo. Cher frère, je veux te dire merci d’être venu.

Quand on a remercié les personnalités qui sont venues d’ailleurs pour Ferké, je vais saluer votre collègue qui est de Man, monsieur Kpan Raphaël qui est ici.

Aujourd’hui, chers amis, vous comprenez que je suis devant mes papas, je suis devant les chefs traditionnels, ceux qui sont les dépositaires de nos traditions, de nos coutumes. Ce qui se passe actuellement est quelque chose de très significatif et de très important. Je dis bien que ce sont mes papas qui sont là, eux tous. Chaque année, quand ils le peuvent, ils viennent ici à la maison pour qu’on mange ensemble, qu’on partage la nourriture, cela a un sens. Ce sont mes papas parce que mon père est né ici dans ce village, ma mère est née ici et ici, c’est la terre de nos ancêtres. Moi je ne suis pas né ailleurs, je suis né sur cette terre là (applaudissements). Donc ici, nous sommes sur la terre de nos ancêtres qui, de là où ils sont, continuent de veiller sur nous. Et eux, les chefs, sont les intermédiaires et les dépositaires de toute cette connaissance millénaire de la terre sur laquelle nous sommes. Ils sont assis ici. C’est pourquoi, quand je suis ici, je suis d’abord et avant tout en sécurité.

Cette année 2019, je la commence avec eux. J’ai dit à Papa Kiyali que ça été une année difficile. Papa Kiyali, toi-même je t’ai vu plusieurs fois, nous avons parlé. Je t’ai dit que c’est une année difficile. Les années difficiles, on en a connu. Cette année 2019, je vous demande de prier et je sais quand je vous demande de prier, ce que vous faite. De prier pour que 2019, je ne souffre plus parce que je ne veux plus souffrir, débrouillez-vous, je ne veux plus avoir de problèmes (applaudissements) parce qu’en 2018, quand on me salue, et quelqu’un a pris photo pour envoyer, on te renvoie de ton travail. (Applaudissements). Tous mes collaborateurs ont été renvoyés. Ils n’ont rien fait de grave. Regardez Soul to Soul, on a pris Soul To Soul pour le jeter en prison. Soul to Soul vient ici chaque année, il est avec vous, c’est aujourd’hui votre enfant. Soul To Soul a perdu son père, il a dit, moi Soul, j’ai décidé de venir vous prendre comme mon père.

Mais comment vous, vous êtes là et puis celui-là on vient le prendre pour le jeter en prison. Je t’ai dit papa, fais tout pour ne pas qu’il fasse un an en prison. Chers amis, Soul n’a pas fait un an en prison, il est sorti. (Applaudissements). C’est grâce à vos prières et à l’invocation des mânes, de nos ancêtres, Soul a fait dix mois en prison.

Papa Kiyali, je te dis, mes gens qui ont été renvoyés n’ont pas encore été embauchés. Ils sont encore au chômage. Donc en cette année 2019, débrouillez-vous qu’ils trouvent du travail pour qu’ils puissent manger. Moi je vous demande de prier pour qu’ils trouvent du travail pour manger, parce qu’ils n’ont rien fait de grave. C’est parce qu’ils m’ont serré les mains qu’ils ont été renvoyés.

Quelqu’un a dit que c’est parce que moi-même on ne m’a pas encore renvoyé que je parle. J’ai même entendu quelqu’un dire qu’il va me chasser. Veut-il m’humilier ou m’insulter ? Entre nous, celui-là peut-il me chasser moi ? (applaudissements).  Je pense que les temps ont changé et comme les temps ont changé, même les gringalets s’autorisent à parler dans le pays. Sinon (…) Ce n’est pas comme cela.

Il faut qu’on soit positif en 2019. Le destin d’un homme est entre les mains de Dieu ; pas entre ceux d’un homme. Je vois les gens s’exciter partout mais cela ne me distrait pas. Si ce n’était pas Dieu, je ne serais même pas là aujourd’hui en train de parler. Depuis l’université, je serais déjà mort. Donc c’est Dieu qui décide du destin de chacun. Si Dieu avait donné le pouvoir aux hommes de disposer du destin de leurs semblables, on serait tous morts. Les gens sont si méchants, ingrats et jaloux qu’ils se lèveraient tous les matins pour tuer leurs voisins. C’est pourquoi Dieu ne leur a pas donné un tel pouvoir.

Il faut donc que 2019 soit une année positive.

Je n’ai rien contre personne. Tout ce que je veux, c’est que la Côte d’Ivoire avance. C’est tout. C’est pourquoi depuis plusieurs années, je sillonne le pays pour demander pardon. Et si je le fais, cela ne veut pas dire que c’est moi le plus grand fautif. Je me mets à demander pardon parce que je suis le plus jeune. Et je pense aussi que c’est seul par le pardon que nous pourrons reconstruire la Côte d’Ivoire.

C’est fini, moi je ne suis plus dans les palabres. Je vous le dis, que personne ne vienne me voir pour demander d’aller combattre Bédié. Bédié ne m’a rien fait. Je vous le redis, j’ai fini les palabres. Je suis maintenant au temps du pardon. Si des gens ont envie de faire des palabres, qu’ils le fassent sans moi car je suis dans une dynamique de pardon. Moi seul sais ce que j’ai récolté dans les palabres auxquels j’ai pris part. Que personne ne me sollicite pour combattre Bédié. J’entends des gens dire : ‘’Guillaume est allé chez Bédié’’ ; ‘’Guillaume veut prendre le pouvoir pour le donner à Bédié’’… Ah bon ? C’est moi qui veux prendre le pouvoir pour le donner à Bédié ? Bédié a été président avant moi. Est-ce que c’est moi qui lui ai donné ce pouvoir ? J’étais encore étudiant. Arrêtez de blaguer les parents.

Je vais aller saluer Bédié matin, midi et soir si je le veux. Je ne suis pas la propriété de quelqu’un. C’est fini. En Côte d’Ivoire ici, je suis en train de demander pardon et d’œuvrer en faveur de la réconciliation, donc je peux aller voir qui je veux ! J’irai voir qui je veux. J’ai 46 ans, donc personne ne doit me dire quelle femme je dois chercher ou pas ; qui je dois aller saluer ou pas. A 46 ans, Barack Obama était élu président aux Etats-Unis. A 41 ans, Houphouët a créé le RDA. Moi j’ai 46 ans, donc aujourd’hui je ferai ce que je souhaite. Je suis allé saluer Bédié parce que je voulais le faire. L’année d’avant, quand on a arrêté Soul et qu’on l’a jeté en prison, qui s’en est plaint ? Quand mes proches ont été renvoyés, qui y a-t-il eu pour dénoncer cela ? Pourquoi alors les gens se posent-ils des questions ou disent qu’ils sont fâchés quand je vais voir Bédié ? Savez-vous à combien de reprises moi j’ai été fâché dans ce pays sans l’exprimer ?  Sait-on à combien de reprises j’ai eu mal sans broncher ? Je ne cherche pas de problèmes dans le pays. C’est plutôt la paix que je recherche. Savez-vous ce que ces gens qui disent qu’ils sont fâchés disent de moi à l’extérieur ? Eh bien, ils disent : ‘’c’est Guillaume qui a les mains tachées de sang parce que c’est lui qui a fait la guerre’’. Ils disent encore : ‘’c’est lui qui était à Bouaké, c’est lui qui a tué les Baoulé ; jamais les Baoulé ne voteront pour lui’’. J’ai entendu ça à l’extérieur. Ah bon ? Vous dites que jamais les Baoulé ne voteront pour moi ? J’ai compris. Mais quand je suis allé saluer Bédié qui lui-même est Baoulé et patron des Baoulé, il a dit que je suis son fils. Cela veut dire que je suis Baoulé. Le problème n’est-il pas réglé ? C’est Bédié lui-même qui a dit : ‘’voici Guillaume, c’est mon fils’’. Ce sont ces mêmes qui ont dit : ‘’Guillaume ne sera rien dans ce pays parce que le Nord ne votera jamais pour Guillaume Soro parce qu’il est chrétien et que le Nord est musulman’’. Il est dangereux de parler ainsi. (…) Le fait d’être président d’un pays est basé sur les relations entre un peuple et un homme plus la grâce de Dieu. Je ne cherche rien d’autre. Tout ce que je souhaite, c’est qu’on se batte pour que la paix et le rassemblement viennent. Voyez-vous, ça fait honte quand on montre au monde entier qu’on est divisé. On n’a pas le droit de nous diviser. C’est pourquoi hier (dans la nuit de lundi à mardi, ndlr), j’ai dit qu’aussi bien le Président Ouattara que le Président Bédié, j’allais me mettre dedans (…) Mais comme les gens disent que je n’ai rien fait dans ce pays (…) Sinon, nous étions trois en 2010 pour prendre ce pouvoir. J’étais Premier ministre et c’est moi qui organisais les élections. Avant moi, d’autres premiers ministres ont essayé d’organiser les élections sans y parvenir. Quand je suis arrivé, j’ai pu organiser ces élections. Si je n’avais pas pu le faire, la Côte d’Ivoire ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Donc même si je n’ai rien fait, j’ai quand même pu organiser les élections dans ce pays. Et même si je n’ai rien fait, si ne n’étais pas parvenu à organiser les élections, j’ai au moins pu faire en sorte que chacun d’entre vous ait sa carte nationale d’identité. Ça au moins, je l’ai fait. Malgré tout ça les gens disent que je n’ai rien fait. Très bien. Mais l’histoire retient que j’ai organisé les élections en 2010. Je n’ai pas organisé seulement le premier tour. J’ai organisé aussi le second tour. Et c’est parce que l’élection a eu lieu qu’il y a un président. Tout ça, ce n’était pas au siècle dernier. C’était il y a seulement huit ans. J’étais Premier ministre. Et parmi tous ceux qui parlent aujourd’hui, il y en a beaucoup qui m’appelaient Excellence. Ils m’appelaient tous Excellence. Ils venaient tous et s’ils ne travaillaient, je demandais qu’on leur donne de quoi vivre à cause de leurs enfants. A mon tour, ils font en sorte de renvoyer tous mes proches et de les priver de moyens de subsistance. Ce n’est pas grave… C’est Dieu. J’ai donc organisé les élections et Gbagbo a eu 38%  au premier tour. Il était arrivé en première position. Alassane Ouattara a eu 32% et était en deuxième position. Arrivé troisième, Bédié avait eu 25%. Au second tour, il a appelé à voter Ouattara. C’est donc en partie grâce à Bédié que Ouattara a gagné parce que s’il avait appelé à voter Gbagbo, Gbagbo aurait gagné. On était donc trois et on a commencé à gouverner le pays. Pourquoi aujourd’hui nous divisons-nous ? On se divise et vous voulez mettre mon nom dedans ? Pourquoi ? Quel âge ai-je pour m’immiscer dans les palabres entre Bédié et Ouattara ? On était trois… Je pense qu’on ne devrait pas se diviser.

Je pense qu’il ne faille pas qu’on se divise parce que nos mamans ici au village, quand elles préparent, on met trois cailloux. Si on retire un caillou, la marmite tombe. Si on retire l’autre caillou, la marmite tombe.  Comme je suis petit, si on me chasse, ce n’est pas grave, parce qu’à 46 ans…Mitterrand, Chirac, on a vu combien de tentatives ils ont fait avant de devenir Président. On a vu pareil ici même en Côte d’Ivoire. Donc pour moi, ce n’est pas grave, je ne suis pas pressé. Je vais aller doucement et on va y arriver. Mais ne nous divisons pas. On était trois, si vous jetez l’un, la marmite va tomber. Nous les Sénoufo ne savons pas mentir. Donc je vais vous dire la vérité. Que cela ne fâche personne. Chers parents, comme je vous l’ai dit, je suis venu vous confier l’année 2019.  Je suis venu vous donner Soul To Soul. Au moins nos cœurs sont contents, on est soulagés. Pour la libération de Soul, j’ai appelé le Président Alassane Ouattara pour le remercier. J’ai demandé à Soul de l’appeler pour le remercier. Soul l’a appelé pour lui dire merci. Quand on te libère de prison, il faut savoir dire merci. Quand on te met en prison, tu n’es pas content. Soul a été libéré, je suis très content parce que c’était un fardeau sur ma tête.  Quelqu’un qui n’a plus son père, qui vient me dire que je suis son père, on le prend, on le met en prison, je dors comment ? Chers parents, faites votre part pour que 2019 soit une année de paix, d’entente au niveau politique. Parce que nous avons honte de ces divisions qu’on nous présente. Cela dure depuis 30 ans aujourd’hui. En 90, Houphouët était Président, Bédié était son président de l’Assemblée, Alassane était son Premier ministre, Gbagbo était son principal opposant. On va vivre 30 ans en train de se battre, se quereller ? Quand l’un est fâché avec l’autre, devons-nous tous se mettre avec lui pour le combattre ? Pourquoi ? Arrêtons ! Moi je ne peux pas me fâcher bêtement au hasard comme cela. Quand l’un est fâché avec l’autre, on veut que nous soyons tous fâchés contre lui. Quand il rit le lendemain avec lui, on veut que nous rions tous avec lui. Nous sommes fatigués des ‘’fâchements’’.  Qu’ils s’entendent, que la Côte d’Ivoire marche bien. Qu’ils commencent à donner ce qu’il faut pour que les Ivoiriens s’épanouissent. Mais c’est fini, on ne fera plus de palabre pour quelqu’un, ni avec quelqu’un, ni pour quelqu’un. Ce qu’on veut, c’est la paix. Donc si pour ça on doit m’insulter, on doit me chasser, qu’on me chasse. Je ne fais plus palabre pour quelqu’un ou de quelqu’un. La seule chose qu’il faut faire, c’est la paix. Trente ans après, on ne peut pas continuer…Donc papas, c’est ce que je voulais vous dire. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Que les démons de la division s’éloignent ».

Propos recueillis et retranscrits par Idrissa Maiga




A la une

agenda du président

+

EDITO

La Politique est l’Emblème de l’Attachement patriotique

La Politique est l’Emblème de l’Attachement patriotique




TRIBUNE INTERNATIONALE

Réconciliation nationale ivoirienne : une vue de l’esprit ?

Réconciliation nationale ivoirienne : une vue de l’esprit ?