Ferké / Investiture du nouveau maire : Guillaume Soro se prononce sur des questions qui fâchent


Ferké / Investiture du nouveau maire : Guillaume Soro se prononce sur des questions qui fâchent

publié le Samedi 05 Janvier 2019 à 13:32:29

Au cours de la cérémonie officielle d’investiture du nouveau Maire de la Commune de Ferké, Ouattara Kawéli, ce mercredi 2 janvier 2019, le Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, SEM. Guillaume Kigbafori Soro, député de Ferké – commune a profité de l'occasion pour répondre à certains de ses détracteurs. Il a tenu à clarifier également certaines positions, notamment sa proximité avec Bédié, sa vision de la démocratie, celle du régionalisme et de l’ethnocentrisme...

Ci-dessous de larges extraits de sa communication :

-          Monsieur le Préfet de région, préfet du département de Ferkessédougou,

-          Messieurs les membres du corps préfectoral

-          Monsieur le député - maire de Ferké, mon cher Kaweli

-          Monsieur le Sénateur

-          Chers collègues députés venus de Dianra, Duala, Koumbala

-          Messieurs les maires Soro Kossomina de Koumbala, Ouattara Guibessongui Issa de Kasséré

-          Mon cher grand-frère Koné Lacina, Président du Conseil d’administration du Tchologo Festival, anciennement Président de la Région du Tchologo

-          Monsieur le chef de canton de Ferké et Honorables chefs traditionnels

-          Eminents chefs religieux

-          Chers parents de Ferké

Je voudrais d’abord commencer par saluer le Préfet de région, Préfet du département de Ferké, ainsi que tout le corps préfectoral pour leur présence ce matin à cette cérémonie d’investiture du Maire de Ferké. Je les remercie pour leur présence parce qu’ils auront à accompagner toute l’équipe municipale dans l’intérêt et pour le développement de Ferké.

Je salue après le corps préfectoral, la présence des chefs traditionnels, vous qui êtes les dépositaires de nos traditions et de nos coutumes, merci pour votre présence. Je salue aussi les guides religieux qui ont prié tout à l’heure parce qu’ils ont évoqué Dieu et ont fait des bénédictions.

Après les avoir salués, permettez-moi de saluer nos mamans qui sont ici, les jeunes qui sont ici sous le soleil depuis ce matin, tous ceux qui ont fait le déplacement : à chacun et à chacune de vous sur cette place, je vous dis merci d’être venus, cela démontre de votre attachement à la nouvelle équipe municipale.

Moi-même je suis ici d’abord parce que comme vous le savez depuis 2011, je vous ai promis, jeunes, femmes de Ferké, à vous mes parents que tous les 31, si Dieu le permet, j’allais être à Ferké pour faire la fête du Réveillon avec vous. Depuis 2011, je fais tous les 31 ici à Ferké ; j’aurais pu aller comme certains de mes amis à Dubaï, à Washington, à New-York, à Paris, mais je suis ici à Ferké.

J’ai invité les cadres  de Ferké à venir faire la fête à Ferké, et j’étais venu pour le 31 quand le nouveau Maire m’a sollicité pour la cérémonie d’aujourd’hui. Evidemment j’ai accepté volontiers de venir ici non seulement pour montrer mon soutien à sa personne. Mais aussi pour demander à tous les enfants, à la population de Ferké de soutenir le Maire et de l’aider dans son travail. Pourquoi je suis venu et pourquoi je suis là aujourd’hui ?

Monsieur le Préfet, moi je travaille pour l’unité et l’union des fils de Ferké. Quand en 2016, moi-même et Monsieur Lacina Cardosi qui dirigeait ou qui dirige encore, j’imagine, le RDR, excusez-moi mon hésitation parce que c’est une période de transition (applaudissements; il est certainement et toujours le premier responsable du RDR ici jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire. Quand en 2013, que toi-même (Lacina Cardosi) me demandes de soutenir Doulaye pour être candidat à la Mairie ici, je l’ai accepté et nous avons fait sa campagne ici. Je l’ai accepté. Kaweli qui est là était aussi candidat en 2013. On m’a demandé en tant que fils de Ferké de demander à Kaweli de se retirer, c’était difficile monsieur le Préfet pour lui de se retirer. Je l’ai appelé et je lui ai dit, Kaweli retire-toi au nom de l’union et de l’unité de Ferké. Je lui ai dit quand on aime sa ville, on est capable de faire des sacrifices. Je lui ai dit quand on aime ses parents, il ne faudrait pas qu’un poste nous divise. Il a accepté de se retirer. Malgré le fait qu’il ait accepté de se retirer, il est resté à côté de moi pour battre campagne de notre candidat Doulaye. Mais c’est un indépendant qui a gagné ici à Ferké. J’ai appelé Cardosi et je lui dis : « Ah, le type là nous a battus » (applaudissements). Mais comme c’est la démocratie, il a gagné et j’ai décidé de le soutenir. Quand Blidia a fait sa cérémonie d’investiture, est-ce que je ne suis pas venu le soutenir ? Est-ce que j’ai pleuré ? Mais pourquoi Kaweli gagne et d’autres sont fâchés ? (cris et applaudissements). Alors que Blidia nous abattus. Papa Kiyali, est-ce que je n’étais pas ici ? Est-ce que je ne l’ai pas investi ? (cris et applaudissements), mais pourquoi Kaweli gagne et il y a des gens qui bavardent dans la ville ?  (Hourras). C’est ça la démocratie et il faut qu’on accepte la démocratie. Il n’y a pas d’opposition ici à Ferké, nous sommes tous de Ferké, que Kaweli ou Blidia gagne, ils sont tous deux fils de Ferké. Mais pourquoi Kaweli gagne et on veut diviser Ferké ? Moi-même je ne suis pas venu battre campagne à Ferké et si j’étais venu alors ? (cris et applaudissements). Le petit vous a battus, il faut le reconnaitre (cris et applaudissements). Laissons de côté la colère, venez qu’on danse, qu’on fasse la fête, on mange et on développe ensemble Ferké. C’est ça la démocratie.

Ce que je peux demander à Kaweli, c’est qu’il continue de tendre la main à ceux qui ont perdu. Kaweli, prends ton bâton de pèlerin, sillonne Ferké, va à Sokoro, dis leur de venir, Ferké restera uni et indivisible. Monsieur le Préfet, pour une petite élection à Ferké, nous sommes déjà chaud, et les présidentielles alors ; quand les gens vont perdre, ils vont faire comment (cris et applaudissements). C’est ça la démocratie, aujourd’hui on gagne, on rit, demain on perd et la vie continue.

Monsieur le Préfet j’ai appris des choses qui m’ont énormément attristé. La démocratie doit être universelle et acceptée par tous.  J’ai appris que dans le village de Parwalakaha, ils ont envoyé une machine pour faire un forage ; la machine avait même commencé à travailler. Parce qu’à Parwalakaha, on n’a pas voté pour eux, le lendemain ils sont venus prendre la machine, c’est quel genre d’hommes ça ? (cris et applaudissements). Je ne veux pas que la semaine finisse, il faut que la machine retourne à Parwalakaha pour achever le travail (applaudissements). Laissons l’aspect politique et allons dans le spirituel. Ne dit-on pas que l’eau est source de vie ? Pourquoi faire du chantage à des populations avec de l’eau ? Ce n’est pas normal. Si ce n’est pas de la méchanceté comment on appelle ça ? C’est ce qu’on appelle la ‘’negrerie’’. Tu veux que tes propres parents meurent de soif ?

Aussi, il y a des gens qui se plaignent parce que j’ai soutenu Kaweli ; mais ça fait quoi si je soutien Kaweli. Voici Lacina Cardosi qui est assis, il était Président du Conseil régional ; aujourd’hui, il n’est plus Président de région alors qu’il voulait être candidat. Papa Kiyali, on n’a pas demandé à Lacina Cardosi de se retirer ? On dit aussi que moi je manipule Cardosi, mais celui qui dit cela est arrogant. Lacina est venu me voir parce qu’il a un peu de respect et de considération pour moi, qu’il veut être candidat dans la région, je lui ai accordé mon soutien. Ensuite, Ibrahim Ouattara m’informe qu’il veut être candidat : j’ai dit : « attention, il y a Lacina Cardosi qui m’a déjà dit qu’il veut être candidat, est-ce que vous vous êtes parlé ? ». Il m’a répondu par l’affirmatif. Je lui ai donc demandé de retourner discuter une fois de plus encore avec Lacina Cardosi parce qu’il m’a dit qu’il veut être candidat. Si vous deux, vous vous mettez d’accord, moi je vous suis. Moi aussi, j’aurais pu dire que je veux être Président de région ici, qu’est-ce qui m’empêche ? Est-ce que je suis venu une fois ici pour vous dire que je veux être maire, que je veux être Président de région ? (réponse dans la foule : non !). Si tout le monde veut être Président du Tchologo, s’il y a quelque chose dedans, moi aussi je peux prétendre à ce poste. (Cris et applaudissements). Je ne suis jamais venu vous dire cela. Et on dit c’est Soro qui manipule Cardosi, je vais le manipuler comment, il est plus âgé que moi. Ce que vous ne savez pas, nous sommes de la même famille, c’est un papa pour moi.

C’est lui qui peut me manipuler et non le contraire. Ici à Ferké, qui ne connait pas Lacina Cardosi ? Il s’est sacrifié pour le RDR ici. Mais si vous voulez qu’il se retire, demandez-lui simplement de se retirer, enlevez le nom Soro Guillaume dedans ! Arrêtons le mensonge politique ! Moi, personnellement, je suis contre le cumul des postes. En 2012, on m’a demandé d’être Maire ici à Ferké, j’ai refusé. J’ai dit : « Non, je suis Président de l’Assemblée nationale, je vais devenir maire pour quoi ; je n’aurai pas le temps d’administrer la mairie, je bloquerai le poste. Mais si nous sommes plusieurs enfants de Ferké qui avons plusieurs postes, c’est bon ou pas ? (réponse dans la foule : Non !). Mais pourquoi c’est lui seul qui veut avoir tous les postes, c’est lui seul qui est intelligent parmi nous ici ? Moi je suis contre le cumul et depuis que je suis né, je n’ai jamais cumulé. Parce que je pense que nous sommes plusieurs et plusieurs d’entre nous peuvent occuper chacun un poste. S’agissant de Kaweli, je l’ai soutenu parce qu’il était victime d’une injustice. Il faut qu’on répare l’injustice et quand on a fini de réparer l’injustice alors on ne sera plus dans le cumul (applaudissements).

On dit aussi Kaweli n’a pas d’argent, il est pauvre, il va faire quoi ? Ah bon, disons la vérité, qui est né riche parmi nous ? La Côte d’Ivoire a 58 ans, qu’on me dise qui est né riche en Côte d’Ivoire. Il faut au moins 100 ans pour faire des révolutions industrielles quelquefois. Qui a construit sa richesse en 2 ou 3 ans pour dire que moi je suis riche, je suis né de parents riches eux-mêmes né de parents riches ?  Si tu dis que tu es riche, c’est que tu as volé un peu. Mais nous tous, on était pauvres ici ; on marchait ici dans Ferké pieds nus pour aller à l’école. Donc ce n’est pas bien de dire que Kaweli n’est pas riche et qu’il ne peut pas développer Ferké. Ne nous mentez pas ici, on se connait tous dans Ferké. Personne n’est né riche ici ; on se connait tous dans Ferké donc les nouveaux riches qui se pavanent ici, qu’ils aient du respect et qu’ils sachent d’où ils viennent (applaudissements). Donc si vous soutenez Kaweli, il va développer la commune. 

Dans un Etat organisé, dans un Etat structuré, le budget de l’Etat quand il est voté à une ligne budgétaire pour les collectivités territoriales,c’est cette cotisation de toutes les populations du pays que l’Etat prend et distribue aux mairies pour faire des réalisations. En plus de cela, la mairie de façon autonome prélève des taxes dans leur localité. Je ne vois pas combien de maires qui vont casser leur compte en banque pour venir développer une ville. Ne nous blaguez pas ici. C’est notre argent à nous qu’on donne aux communes pour que les communes fassent le développement local. On dit si tu ne connais pas tel ou tel, tu ne peux, tu ne pourras pas travailler. Mais pourquoi, avant que nous soyons au pouvoir, comment les autres faisaient ? (rires et applaudissements). Quand on était tous dans l’opposition est-ce qu’on nous disait que comme vous n’êtes pas au pouvoir, on ne peut pas développer vos villages ? Comment pouvons-nous tenir de tels propos ? En même temps il faudrait être fils de ministres pour être maire. Alors et quand tu n’es pas fils de ministre, tu fais comment ? Arrêtez d’insulter l’intelligence des Ivoiriens.

« Papa Kiyali, ne vous découragez pas, je demande aux communautés et à tout le monde de se mettre au travail pour faire l’union et faire en sorte que les populations restent unies. Ne vous en faites pas, la vérité mérite d’être dite. Je suis là aujourd’hui pour témoigner mon soutien à Kaweli. Je suis là également pour demander qu’il y ait l’union entre les filles et les fils de Ferké. Ne vous trompez pas, ne vous laissez pas diviser. Il ne faut pas se lasser de faire la réconciliation à Ferké. Nous devons faire en sorte que les populations de Ferké restent unies malgré tout. Ne vous découragez pas, mettez-vous au travail. Je demande à tout le monde, à toutes les communautés de se mettre au travail pour faire l’union derrière Ferké. Dans quelques années, il y aura un autre maire, un autre député, un autre président de conseil régional… c’est ça la démocratie. Nous ne sommes pas dans un royaume. Dans la démocratie, lorsque quelqu’un perd, il ne doit vraiment pas se fâcher. On doit travailler ensemble. En ce qui me concerne, quel que soit celui qui sera élu, je serai à Ferké pour le soutenir, quel que soit celui qui sera le maire, le président de la région, il aura mon soutien. C’est ça la démocratie. La démocratie ne doit pas être sélective, elle doit être complète.

J’ai reçu plusieurs de mes parents dans mon village qui sont venus me dire : «  nous sommes inquiets, nous avons entendu des choses, on veut te chasser de l’Assemblée nationale… On apprend que tu veux aller te mettre avec Bédié contre Alassane Ouattara… Nous sommes inquiets, Guillaume, dis-nous tout ». Je suis là, je vais tout vous dire. Il y en a qui sont allés plus loin en me disant : « Guillaume, nous devons tout faire pour garder le pouvoir au Nord ». Gardez le pouvoir au Nord-là, ça veut dire quoi ? Arrêtez de jouer avec le feu ! Vous voulez brûler la Côte d’Ivoire ? Vous voulez diviser la Côte d’Ivoire ? Ah bon ! Donc vous voulez qu’on coupe la Côte d’Ivoire en deux ? Si on ne coupe pas la Côte d’Ivoire en deux, comment va-t-on garder le pouvoir au Nord ? Donc vous voulez qu’on refasse la guerre pour mieux couper la Côte d’Ivoire ? Ça veut dire quoi. Dans un pays de 322462 Km2, garder le pouvoir au Nord veut dire quoi ? Moi je ne suis pas dans ça. Je parle depuis la terre de mes ancêtres. Mon père est né à Lafokpo, ma mère est née à Lafokpo, moi-même je suis né à kofiplé. De ces terres ivoiriennes, je parle au reste de la Côte d’Ivoire. Aucune région n’a le droit de dire qu’il faut qu’elle garde le pouvoir de l’ensemble des Ivoiriens pour l’éternité. Pourquoi ? Faites très attention quand vous parlez.

Vous allez amener toutes les régions de la Côte d’Ivoire à se liguer contre le Nord. Et c’est dangereux. C’est ensemble avec toutes les régions de la Côte d’Ivoire qu’on doit diriger le pays. On ne prend pas le pouvoir pour une région, ni pour sa famille, ni pour son ethnie. On prend le pouvoir pour la Côte d’Ivoire qui est une et indivisible. Cela veut dire quoi le pouvoir au Nord ? Arrêtez ça, c’est un jeu dangereux parce que les Ivoiriens sont trop mélangés pour qu’une région joue contre les autres, pour qu’une ethnie joue contre les autres. Ce n’est pas pour cela qu’on s’est battu. On s’est battu pour aimer les autres régions. On s’est battu pour donner de l’amour aux Ivoiriens. On ne s’est pas battu pour  créer la haine, pour diviser, pour sectariser, pour régionaliser. On s’est battu parce que les autres ne voulaient pas de nous. Mais à notre tour, quand on a aujourd’hui le pouvoir, on n’a pas le droit de dire qu’on ne veut pas des autres parce que nous avons de l’amour à donner aux Baoulés, aux Bétés, aux Attiés et aux autres ethnies, pour leur dire : ‘’venez, vous êtes nos frères. Ensemble, nous devons gouverner la Côte d’Ivoire’’. Attention, ne brûlez pas la Côte d’Ivoire avec de tels propos.

La Côte d’Ivoire doit se battre pour créer la nation ivoirienne pour qu’aussi bien les Dioula, les Bété, les Baoulé, les Sénoufo, ensemble, on devienne un seul peuple, le seul peuple de Côte d’Ivoire, l’Ivoirien. Je ne suis donc pas de ceux qui disent : ‘’on veut nous tuer’’. Comment ça ? On a toujours vécu ici ou pas ? C’est maintenant que nous sommes au pouvoir que nous devons avoir peur ? Arrêtez donc ça. Ce débat-là est malsain. Nous, nous voulons une Côte d’Ivoire unie, où le Bété se sent chez lui à Ferké comme le Niarafolo se sentirait bien chez lui à Gagnoa. Nous voulons une Côte d’Ivoire où le Baoulé peut vivre à Tengrela et le Malinké à Akoupé. C’est cette Côte d’Ivoire qu’on veut. On ne veut pas d’une Côte d’Ivoire où on est replié dans sa région, une Côte d’Ivoire où on est replié sur soi-même dans son village, dans son quartier. On veut une Côte d’Ivoire ouverte, diversifiée, réunifiée, unie et indivisible. C’est cette Côte d’Ivoire que nous voulons. Il faut commencer à mettre cela dans l’esprit de tout le monde. C’est pourquoi Houphouët-Boigny nous a montré le chemin. Déjà dans les années 40 (…) C’est en 1946 que Houphouët a créé le RDA. Il avait 41 ans. Il faisait déjà des tournées dans toute l’Afrique. Moi je suis déjà vieux puisque j’ai 46 ans. Ne venez donc pas m’embrouiller en disant que Guillaume est jeune. Comment suis-je jeune ? Il ne faut pas infantiliser les gens. Houphouët-Boigny nous a montré l’exemple. Il a créé le RDA. Mais il était député d’où ? De Korhogo. Ou bien ? Je me souviens qu’ici à Ferké, il ne faut pas que les gens aient la mémoire courte, tout le Nord était PDCI. En 1989/90, quand je militais au sein de la Fesci, tout le monde m’insultais. Qu’on se dise la vérité. On disait à mon père, Clément : ‘’ton fils qui a rejoint Gbagbo dans l’opposition ne sera jamais rien ici parce qu’on est derrière Houphouët qui a supprimé le travail forcé.

Et puisque c’est lui qui combat Houphouët, il ne sera jamais rien ici. Simon est là, il peut témoigner. Mon père était ici et il en soufrait parce que ses amis se moquaient de lui. Je dis bien que tout le Nord était Pdci-Rda. Et à l’époque, quand nous on venait parler ici à Diawala, à Ferké… de l’opposition, on était banni, on nous chassait. On ne pouvait même pas porter un tee-shirt à l’effigie d’un opposant ici à Ferké parce que les gens vous poursuivraient. Donc qui va venir me parler de démocratie ici à Ferké ? Nous on a milité ici. Ma première fois de faire la prison, c’était en 1992. En 1993, Dieu merci, je ne suis pas allé en prison. Mais en 94 et 95, j’y suis retourné. Donc qui peut venir me donner ici de leçon de démocratie ? Quand j’allais en prison, Cardozi (ancien président du conseil régional du Tchologo, cadre du RDR, ndlr), vous n’aviez pas encore créé le RDR. Le RDR n’existait pas. Le RDR n’est pas plus vieux que la prison que j’ai faite dans ce pays pour la Côte d’Ivoire. Je suis allé en prison avant tout ça. Quand j’étais en prison, Ouassenan Koné est là,  et avant lui (…) Quand j’allais en prison avec les Blé Guirao, Eugène Djué, Blé Goudé, on disait : ‘’mais Guillaume, tu ne vois pas que tu es le seul nordiste au milieu des Bété et des autres ?’’. C’est ce qu’on me disait. Oui, j’étais le seul nordiste dans le groupe. Ne m’amenez pas à parler. J’ai fait ça ici. Et c’est à moi qu’on va venir dire quoi ? C’est à moi qu’on va prendre pour qui ? Si les gens avaient un peu de respect pour moi ici à Ferké, on aurait eu des candidatures plus consensuelles. Mais enfin, Houphouët qui était un demi-dieu en Afrique, quand Gbagbo est rentré en 1990 et qu’il s’est présenté comme candidat (à la députation, ndlr) à Ouragahio, il a gagné. Tous ses parents l’ont voté. Pourquoi est-ce que c’est à Ferké vous voulez venir m’humilier ? Pourquoi c’est à Ferké que vous ne voulez pas que j’existe ? On fait comme si je n’existe pas. On n’a qu’à arrêter. En 1990, on sortait du parti unique. Gbagbo s’est présenté à Ouragahio et il a gagné. A mes parents qui sont inquiets parce que leur dire qu’on va chasser Guillaume Soro de l’Assemblée nationale, je dis : ‘’si on me chasse, ça fait quoi ? Je ne suis pas né président de l’Assemblée nationale’’. Je n’ai même pas peur de ça. Si on pense qu’on va me faire du chantage avec un poste, on se trompe. Mon cerveau est trop libre. Je suis libre dans ma tête. J’avais 19-20 ans quand je militais à la Fesci alors que mon père était PDCI. Mon père a eu l’intelligence et la sagesse de respecter mon engagement syndical. Je veux que les Ivoiriens respectent ma liberté de penser et mon cerveau. Qu’on se respecte. Je n’ai donc aucun problème de poste de Président de l’Assemblée nationale.

Je ferai ce que je pense juste pour l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Les gens pensent que c’est maintenant que j’ai commencé mon combat. Que les gens demandent ! Je me souviens de la rencontre que mon père eut, quand il a quitté Ferké pour aller voir Ouassénan Koné dans son bureau. Le général Ouassénan Koné est toujours là. Il lui a dit : « je ne suis pas venu quémander la libération de mon fils. J’ai appris dans les radios, qu’il était mort. J’étais venu vous demander son corps pour aller l’enterrer à Ferké ». Nous les Sénoufos, on est digne. Ce jour-là, j’étais fier de mon père. Ça aurait été quelqu’un d’autre, il allait venir se mettre à genoux pour pleurer, pour dire : ‘’libérez mon fils’’. Lui a dit : ‘’Non, je ne suis pas venu quémander sa libération. Mon fils a choisi sa voie, il assumera’’. Alors mon propre père, celui-là même qui m’a mis au monde, a respecté mes choix, il a respecté ma pensée, il a respecté ma façon de voir. Pourquoi voulez-vous m’humilier ? Pourquoi voulez-vous toucher à ma dignité ? Laissez-moi réfléchir. Laissez-moi décider de ce qui est bon pour moi et de ce que je pense qui est bon pour la Côte d’Ivoire. A 46 ans, ne puis-je pas le faire ? Tout de même, arrêtons ces amusements-là. La Côte d’Ivoire est trop sérieuse pour qu’on se comporte comme ça.

Chers parents,

 Ce que je suis venu vous dire, est clair. Je ne vais pas me laisser influencer et manipuler par quoique ce soit. Si Dieu a décidé que je sois chômeur, je serai chômeur. Il y a des gens qui sont chômeurs ici. Dans la Bible, il est dit que les oiseaux ne travaillent pas mais ils ne meurent pas de faim. Donc arrêtons de faire ce petit chantage. La Côte d’Ivoire a changé. On est en 2019. Personne n’est prêt à se laisser blaguer ou tromper. Chacun sait où se trouve son destin. Ce que Dieu a décidé pour moi, il n’a qu’à me donner. C’est tout. Je ne compte plus sur un homme pour me donner quoi que ce soit.

 Chers parents,

 Je suis venu vous dire cela, parce qu’il faut que les choses soient claires. Ce que je veux aujourd’hui pour la Côte d’Ivoire, c’est l’union. Quand on en est arrivé à se diviser comme cela, ça fait honte. Un pouvoir, qu’on a souffert pour l’avoir, on n’a même pas dit que ça fait 20 ans. Huit ans seulement, on est divisé de partout. On s’insulte partout. On se critique partout. Si vous n’avez pas honte de cela, moi j’en ai honte. Que vais-je vais aller dire aux gens ? Si on me demande, je vais dire quoi ? Que nous sommes en palabre entre nous ? Pourquoi ? Pour ce pouvoir pour lequel on a souffert ? Les gens sont morts. On nous a frappés. On nous a mis en prison. Dieu nous a aidés, on a eu le pouvoir et on est divisé. On dit les deux Présidents ne se parlent pas. On n’a même pas dit qu’on est 10. On est trois. On ne peut pas s’entendre ? On ne peut pas s’appeler nous trois et s’asseoir dans une maison pour se parler ? Il y a d’autres qui veulent forcément écraser les autres. Moi, vous allez m’écraser et obtenir quoi ? Quand vous allez me broyer, vous allez obtenir quoi ? C’est ce qui va faire que le pouvoir va rester dans votre main ? Non, Non, la Côte d’Ivoire mérite mieux. Je vois des gens que moi je connais, qui m’insultent publiquement. Quand même. Même Dieu n’est pas d’accord avec l’ingratitude.

 Chers parents,

Voilà, j’ai un peu parlé aujourd’hui. La démocratie, c’est cela. Tu peux dire ce que tu penses sans qu’on aille te broyer ou t’écraser parce que tu as dit quelque chose qui ne plaît pas à quelqu’un. Moi j’ai toujours dit ce que je pense. Peut-être que ce n’est pas bon mais c’est comme ça je suis né. Donc acceptez-moi comme ça. Supposons que c’est un défaut. C’est le seul défaut que je vous demande d’accepter.

 

Chers parents,

Voilà ce que je voulais vous dire. J’espère qu’en 2019, on va se ressaisir. On va comprendre qu’on a besoin même du plus petit que soi. On a besoin d’être uni pour aider les Ivoiriens. Parce que plus vous allez frustrer les gens (…) Vous allez les insulter, vous allez dire qu’ils ne sont rien... Dans ce pays, j’ai lu, j’ai entendu : ‘’Guillaume Soro est fini. On va l’écraser. Il n’est rien. Il est fini politiquement, diplomatiquement, militairement’’. Tout. Ce n’est pas grave. Cela ne doit pas choquer quelqu’un. Même si je suis fini, même si je suis petit, on a plus besoin de plus petit que soi. C’est ainsi qu’on va grandir. Donc, pourvu que la Côte d’Ivoire soit unie. Je n’ai jamais dit à quelqu’un que je veux être coûte que coûte Président. Si Dieu me donne, je ne vais pas dire non. Je suis chez moi à la maison. Je suis assis tranquillement. C’est Dieu qui donne le destin aux gens. Donc voilà ce que je peux vous dire. Il y a un vieux qui est venu me voir et m’a demandé pourquoi je m’en vais voir Bédié ? Mais Henri Konan Bédié, il a été le président de la Côte d’Ivoire. Quand vous allez à Abidjan, il y a un pont qui porte son nom. Donc laissez-moi voir Bédié. Ça fait quoi ? Pourquoi ne voulez-vous pas que j’aille voir Bédié ? Ce n’est pas un Ivoirien ? Je suis allé là-bas, il m’a bien accueilli, moi-même j’étais très content. Les gens ont dit : « Guillaume, Bédié est en train de te blaguer ». Je dis mais, en tout cas même s’il me blague, ce n’est pas grave. Moi-même c’est ‘’blaguement’’ là j’aime. Il n’a qu’à me balader un peu dans les oreilles. Les gens disent que je suis fini, que je ne suis plus rien. Bédié dit : ‘’c’est mon fils’’. Quand vous partez chercher femme, vous lui dites quelque chose qui est doux dans son oreille. Quand tu dis ce qui est doux dans son oreille, si tu as la chance, tu peux gagner. Donc, si Bédié dit quelque chose qui est doux dans mon oreille et puis ça me fait plaisir dans mon cœur, si vous vous dites m’aimer plus que lui, dites ce qui est plus doux que pour lui je vais entendre aussi.

Donc vous pensez qu’en m’insultant tous les jours, à renvoyer les gens, à mettre les gens en prison et puis vous dites qu’il ne faut pas en Côte d’Ivoire quelqu’un va dire quelque chose qui est doux dans mon oreille… Même si Mabri Toikeusse m’appelle et me dit quelque chose qui est doux, je serai content. Donc si c’est pour me blaguer, ce n’est pas grave. C’est moi qu’on blague. Laissez-moi on va me blaguer. Je suis content. Ce n’est pas votre problème si je suis allé voir Bédié. Pourquoi je ne vais pas aller le voir ? Quand Bédié disait que je suis son protégé, qu’il était mon protecteur, combien on dit cela de moi ? Donc moi, je ne cherche pas palabre. Je veux que les gens disent des mots doux dans mes oreilles.

Chers parents,

Voilà le message que moi je voulais vous livrer. Nous sommes dans la nouvelle année, je suis dans de bonnes dispositions. J’ai décidé que tout ce qui s’est passé, je laisse tomber. 2018 est mort avec tout cela. Je suis zen et je suis disposé, pour qu’on construise une Côte d’Ivoire unie, libre, démocratique et indivisible.

Je vous remercie ». 

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan et Maiga Idrissa




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