Les leçons du Leadership éthique de Mandela à l’élite ivoirienne


Les leçons du Leadership éthique de Mandela à l’élite ivoirienne

publié le Lundi 09 Juillet 2018 à 14:51:38

A la mémoire du citoyen Soro Kognon, assassiné et arraché à notre affection par la violence en politique à Korhogo. Ignoble et lâche assassinat ! Repose en paix dans la terre libre de tes ancêtres ! Paix et Réconciliation en Côte d’Ivoire !

L’Editorial de Mamadou Djibo, PhD

Philosophy

Les acteurs politiques ivoiriens, tant les Houphouëtistes (RHDP) que les frontistes (EDS), la gauche démocratique (coalition Debout et variances du PIT) se fractionnent et changent leurs positionnements sur l’échiquier politique.  Seules les Forces Nouvelles sont dans une dynamique citoyenne agrégative autour du leader charismatique Guillaume Soro Kigbafori. Normal pourrait-on dire puisque le champ politique est le lieu propre des offres concurrentielles, génération après génération, au nom du jeu démocratique. Mais lorsque les coalitions se déchirent sur des diktats, les engagements ou leur oubli comme c’est le cas en cours, il s’agit bien d’un mauvais signal puisque ces déchirements dénotent de la croissance de l’intolérance politique, la panne de consensus, des insuffisances ou dérives, une sourde tentative de mise à mort du pluralisme démocratique et inclusif, du bon gouvernement démocratique. La Côte d’Ivoire du Président Houphouët-Boigny est un pays de brassages et de partage, une terre de tolérance qui a embrassé le multipartisme pour faire cohérence avec cette société cosmopolite de l’Afrique de l’ouest, pays stratégique et pôle de stabilisation de la sous-région. La responsabilité et la lucidité des acteurs politiques sur le pluralisme démocratique et la société cosmopolite ivoirienne sont donc nécessaires. C’est le socle même du leadership éthique en politique. Le leadership éthique, c’est l’art de s’entendre sur les désaccords politiques au nom du bien commun et des valeurs partagées, art adossé sur la morale et la responsabilité. Il s’ensuit que la paix vénérée par les Houphouëtistes est coextensive à la tolérance qui restaure le pluralisme démocratique et inclusif, une valeur désormais partagée par les  frontistes revenus à l’opposition en 2011. D’où la suspicion légitime de ceux-là du concept du parti unifié comme la résilience ou mémoire du parti unique d’antan (qu’ils ont combattu) et aussi leur exigence d’adresser le déficit de la liste électorale et la refonte de cet organe de contrôle des élections pour le rendre plus équilibré au nom de la crédibilité et de la légitimité démocratique. Beaucoup de défis pour les autorités alors même que les bisbilles au sein de la coalition RHDP deviennent torrentielles rendant un New Deal improbable!

Les Houphouëtistes réfractaires, ces franges de la base militante du PDCI -RDA, la perception est calée sur l’irrécevabilité totale de l’idée (vraie ou fausse) de renier l’héritage ou l’identité même du Président Houphouët-Boigny en allant au parti unifié. Pour les cercles pourvoiristes, c’est leur interprétation du renvoi d’ascenseur comme réacteur (alternance) de l’Appel de Daoukro, qui reste leur mantra. Les Forces Nouvelles du Président Guillaume Soro Kigbafori, ces dynamiques citoyennes compactes, la houle montante porteuse, hier comme aujourd’hui, du nouvel ordre politique inclusif en Côte d’Ivoire, demandent de poursuivre le dialogue politique. Pour ces quatre forces politiques représentatives de poids presqu’égal, la ligne rouge consiste à ne pas se trahir soi-même comme identité et ambition d’avenir. Seul le leadership de coalition détient alors la balance. Le très honorable Guillaume Soro Kigbafori incarne ce leadership. C’est ma conviction ferme. D’où cet éditorial sur les leçons du leadership éthique de Mandela, déclinaison de celui de coalition, au milieu du nouveau Gouvernement ivoirien en formation depuis ce 4 juillet 2018. L’Agir responsable est l’objet du leadership éthique. C’est le rendez-vous de la Côte d’Ivoire pour les élections locales et aussi pour la présidentielle 2020 ! Qu’il me soit permis 7 quelques remarques :      

  1. Le champ politique ivoirien  est en proie au fractionnement des formations politiques, soit insidieusement cultivé par ceux qui détiennent et exercent le pouvoir d’Etat (la politique maléfique du diviser pour régner, de court terme, adossée sur des gains dérisoires) soit advenu par les prises de position non avisées des acteurs politiques tenant, de nouveau, des propos incendiaires inquiétants. Les conjectures sur le RHDP comme coalition électorale du second degré, le RHDP parti unifié, la coalition EDS dont le réacteur reste le FPI comme dérivations Affi ou Sangaré-Koné, ce fractionnement à l’envi et  la liquéfaction de l’opinion déviante, cette division par scissiparité de certains micro-partis du champ politique ivoirien (UPCI, Lider, FPI, PDCI-RDR), ces dissidences ou ralliements factices en sont l’illustration. Pour Mandela, le grand leader est celui qui aide son adversaire à rassembler ses forces pour ensuite l’engager dans des négociations crédibles. Activer la division des adversaires relève de la mesquinerie et n’offre aucune perspective de long terme. La liberté politique comme disait le Nobel Amartya Sen fait partie de la liberté de l’homme en général comme droits civiques et politiques. La liberté est le propre du citoyen dans une république égale. Il n’y a donc point d’exemption pour postuler un particularisme (principe de division) puisque le processus démocratique n’est jamais un processus discrétionnaire (sous le coude des chefs). Que gérer les Humains revient à la question de la responsabilité et aussi à la clairvoyance des choix décisifs dans la transparence et le respect des opinions divergentes. Les acteurs politiques africains ne sauraient s’y soustraire. Etre politique, c’est la consécration d’une vie active au service public. Certains le pratiquent comme un métier.

2. Une fausseté évidente puisque vu les différences entre sociétés et groupes sociaux, on aurait eu affaire à une multitude de métiers distincts (particularismes). Et rangés sous le même concept, l’on se donnerait bonne conscience en confondant la prétention de scientificité du politique comme si elle était comparable aux sciences dures (géométrie, chimie ou astronomie par exemple). Le don de soi, la liberté de l’homme qui se met au service de tous, du bien commun est seulement et surtout un appel formidable au leadership éthique. De même que la liberté est le propre du citoyen dans une république, de même la démocratie a une valeur instrumentale. Puisque le don de soi, cultiver l’esprit de protection du bien commun, sa sauvegarde pour le bien de tous ne requiert que l’usage de sa liberté comme levier et vigie. Pourquoi ? Parce que la confiance du peuple réside dans le service public et les serviteurs du service public jurent l’irréprochabilité dans le traitement des citoyens égaux et la sauvegarde du bien commun. Il s’ensuit que ça ne saurait être un métier. C’est la plénitude du don de soi comme la trajectoire de Mandela le montre.

3. Nelson Mandela l’a incarné comme socle imprenable. Certes, il existe des apprentissages de leadership au sens où le leadership est d’abord une vision du cours long de l’histoire et assurément une souplesse tactique circonstanciée (nommée l’intelligence du moment par le Président Houphouët-Boigny) dans le bon gouvernement des affaires de l’Etat démocratique et social. Ce double mouvement postural peut être enseigné aux gens qui ont la maîtrise de soi, affectionnent la prise de risques et appliquent cette bienveillante attention  aux autres (bonne dose d’altruisme, morale). Parce que la démocratie est d’essence instrumentale ; la participation citoyenne à la vie publique et sociale de son pays, de son continent ou autres, est de valeur humaine parce qu’ordonnée par la volonté ferme du bien-être des personnes dans l’équité et la tolérance. Nos compatriotes africains l’oublient bien souvent. Surtout ceux qui ont reçu un mandat de représentation. L’action publique est une culture de la confiance. L’impérium qui dicte est plutôt un confort narcissique, une autoréférencialité, là où le service public est la référence comme effacement de soi, humilité et ouverture à la contradiction des idées, aux opinions divergentes, des postures et des messages. Diriger les Humains en démocratie libérale représentative est un effacement de son ego comme suffisance, arrogance et sectarisme, ces fausses valeurs qui engendrent la violence en politique. Les sociétés et les institutions politiques traditionnelles africaines foisonnent d’exemples de participation citoyenne inclusive et consensuelle dans la vie de la cité. Il faut y recourir. Il faut faire simple, modestement.

4. Les conjectures, polémiques, les embrouillaminis politico-exécutifs, les contrapositions d’agendas, cette ascension chaotique des bisbilles politiciennes, ces disjonctions de trajectoires politiques des différents acteurs politiques ivoiriens ou ce retour permanent des vieilles politiques d’exclusion, les débris de la parole publique en cours, les murmures en ce moment en Côte d’Ivoire, dénotent l’impérieuse nécessité de recentrer le débat, maintenir le dialogue politique permanent sur les réformes et la réconciliation dans l’élégance du pluralisme. Le leadership éthique se déclinera alors dans ces moments difficiles comme le choix du courage politique responsable. Aucun courage, aucun courageux ne se renie (au plan moral, civil et pénal) comme sagesse de vie. C’est la cohérence morale d’une vie de brave comme celle de Mandela. Il faut s’y résoudre. C’est plutôt efficace.

5. Le Président Mandela dit : «  Le courage n’est pas l’absence de la peur. C’est l’acte par lequel on inspire les autres à la dépasser». Appliqué, pour le leadership houphouëtiste actuel, il est posé la question de savoir pourquoi le projet du parti unifié polarise ou plutôt pourquoi la volonté d’oublier les engagements pris crée des bisbilles torrentielles. Le parti unifié annonce-t-il l’avenir ? Un avenir de parti unique dans un contexte bipolaire (opposition effritée et pouvoir surdominant) où l’élection est gagnée d’avance ? Pourquoi est-il perçu comme l’annonce de l’obsolescence du Président Houphouët-Boigny ? Le perçu est une attente d’où le dialogue politique que prescrit le Président Guillaume Soro. Une pensée polarisante ne rassemble pas. Elle cristallise le polemos. Une pensée unique de type timonier est seulement de consolidation à usage multiple pour les béotiens. Le champ politique est un marché libre, trop riche pour être embrassé par la pensée unique. Prendre le risque de ceci ou de cela est d’essence libérale. Il n’y a alors aucune contrainte en politique de propositions. Quel risque est assez exorbitant vu telle proposition pour être inspirante ? Une idée non arrivée à son heure est inopportune. L’abandonner est un acte de courage et donc d’humilité. Le courage de dire non à une offre politique inacceptable est une sincérité. La sincérité de la révision est louable ; ou de la défendre telle quelle, ne relève pas, de l’insolite mais plutôt des forces de la sclérose. L’insolite en démocratie reste le rejet de la contradiction. Or la contradiction des idées, des choix divergents est inhérente à la contrainte de l’innovation politique et sociale pour un pays, pour le champ politique comme ça l’est en sciences dures. La sincérité envers ses choix libres coûte cher parce qu’elle est rare lorsque le leadership éthique n’est pas partagé. Quel est l’ennemi de la liberté politique ? C’est le diktat. Or les différentes tendances politiques qui se réclament du Président Houphouët-Boigny signent leur vitalité ; le témoin de chaque identité politique sui generis. Leur interconnexion (alliance électorale RHDP) est cet espace de tolérance (opinion vraie si je me fais platonicien) puisque toutes les opinions ont le droit d’être émises. Le leadership enseigne la capacité d’écoute. C’est ce que Mandela appelle, comment diriger à partir des bases citoyennes. Huer un point de vue n’est pas un argument. C’est une intolérance tout comme vouloir imposer son option politique, coûte que coûte.

6. Les Houphouëtistes qui sont des disciples qui ont de la mémoire professent tous la paix dans une Côte d’Ivoire politique quadripolaire voire plus. La paix nait de la tolérance et de l’écoute des différences. Personne n’a attrapé ou vendu la paix au marché de Yamoussoukro, le marché Morofê. Tous en jouissent pourtant comme ils respirent l’air frais des lacs. Les leaders houphouëtistes ne détiennent donc que des mandats de représentation de cette doctrine fondée sur la paix et la tolérance. Un mandat n’est pas un pouvoir. Il devient vite un abus s’il est un pouvoir discrétionnaire. Seuls les Suisses le savent et pratiquent donc des votations citoyennes. C’est un acte de consensus librement consenti par les citoyens ou groupe de citoyens au profit du mandaté. Chaque mandat de représentation est un terme défini. Il peut être révoqué comme le Président Hugo Chavez l’a inscrit dans la Constitution vénézuélienne comme référendum révocatoire. Les Constitutionnalistes africains doivent être plus originaux. Le souci du successeur comme pouvoir discrétionnaire rappelle les dynasties. Le courage des dirigeants politiques, c’est de prendre acte de l’état des lieux mémoriels et des identités sédimentées par les mémoires rivales des luttes contemporaines. D’où la nécessité de construire des consensus et à défaut, d’aller au vote comme tolérance des points de vue et postures déviants comme le philosophe Mill nous le recommande.

7. Assumer, finalement, ce courage de la contradiction, c’est inspirer les autres à aller à la tolérance (acte de courage et d’engagement constructif) puisque nul ne détient ni la science infuse, ni le destin d’autrui, a fortiori, celui du peuple. Il s’agit plutôt de libérer les Africains de l’exclusion, des impostures, des poussées irrédentistes ou régionalistes, de la corruption rampante, de la mal gouvernance qui crée le mat désespoir chez les jeunes (migrants qui partent) et des nombrilismes d’un autre âge pour accueillir la renaissance de la république égale et sociale au 21è siècle, ce siècle africain.   

*Lire les 8 leçons de leadership de Nelson Mandela, un article de Richard Stengel, Time Magazine, 2008, repris par le New York Times du 13 juillet 2008 et traduit par Jean Luc Monsempès.          

Source: www.guillaumesoro.ci




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