Krinjabo/ Guillaume Soro instruit sur l’histoire du Peuple du Sanwi


Krinjabo/ Guillaume Soro instruit sur l’histoire du Peuple du Sanwi

publié le Mardi 20 Fevrier 2018 à 12:50:27

« Je voudrais aussi préciser que le Roi ne fait pas de politique. Il est arrêté à un carrefour, il reçoit tout le monde, il reçoit ses enfants et ses petits-enfants. »

Au cours de la cérémonie, ce samedi 17 février 2018 à Krinjabo en l’honneur du Pan Guillaume Soro, sur instruction de Sa Majesté Amon N’Douffou V, détenteur du Trône du Sanwi, Maitre Katchié Olivier, fils et cadre de la région, a instruit l’assemblée et l’ensemble des Ivoiriens sur l’histoire du Royaume du Sanwi.

Guillaume Soro, premier Prince du Royaume du Sanwi, pour qui la recherche de la connaissance et de la vraie information est une quête permanente, a eu une oreille attentive aux enseignements de premières mains de Maitre Katchié Olivier sur l’histoire du Royaume du Sanwi, dont il est désormais issu ; histoire d’ailleurs qui rejoint en plusieurs points celle de la Côte d’Ivoire notre pays.

Ci-dessous l’intégralité de sa riche communication :

« Honorable Majesté Amon N’Douffou V. Je suis un enfant du Sanwi. Mon arrière-grand-père s’appelait Katchié Djetouan. Il a été l’un des illustres interprètes du Grand Royaume du Sanwi, l’ami de Treich-Lapleine, et cela se trouve dans le livre du père Henri Mouzi. J’ai été désigné par le Roi pour essayer de dévoiler un pan de l’histoire du Sanwi. Avant que je ne commence, je sollicite qu’il vous plaise à tous de vouloir vous mettre debout afin d’observer une minute de silence en mémoire de tous nos parents décédés dans le Royaume du Sanwi.

Je vais vous parler de l’origine et de l’importance du Royaume du Sanwi. Je pense que nous avons eu la chance de connaitre toute cette histoire à travers les différents documents que vous avez pu bien connaître. Je ne parlerai pas de certaines choses, et je tiens à le préciser. Parce que l’histoire du Sanwi se résume dans l’histoire d’une famille. Les malentendus dans une famille se règlent dans la chambre et non sur la place publique. Nos malentendus doivent se régler dans la discrétion dans l’intérêt de tous.

Je dirai toute suite que les Agnis Sanwi viennent d’Egypte. Vous pouvez le vérifier. Et cela est confirmé dans la bible (Josué Chapitre 7). Le Peuple akan a souffert parce qu’un de ses fils dénommé Akan avait posé un acte interdit. Il avait volé de l’or et donc tout le peuple a été sanctionné et c’est ainsi que les Agnis Sanwi se sont retrouvés au Ghana. Au Ghana, malheureusement le fils du Roi du Sanwi a posé un acte délictueux, il a eu des rapports sexuels avec une femme du Roi de la Tribu des Denguira. Les Agnis Sanwi font partie de la Tribu des Brafès. Et cet acte a entrainé de terribles incompréhensions entre ces deux tribus. Qui ont dû faire la guerre. Et pour éviter de se faire prendre comme esclaves définitivement dans la Gold-Cost, les Agnis sanwi se sont dirigés vers ici. Ils ont dû traverser le fleuve mais en sacrifiant l’être le plus cher, un enfant, un prince du Royaume du Sanwi pour qu’ils puissent traverser. Et c’est justement dans leur traversée au cours des différentes journées que les Agnis ont découvert l’igname, ce tubercule qui a permis à nos parents de survivre durant leur parcours. C’est ce qui explique entre autre le fait que chaque année, les Agnis Sanwi célèbrent la fête de l’igname. C’est Amalaman Anon (nom donné au Prince Guillaume Soro) qui était à la tête de ce groupe qui s’est installé ici et qui ont trouvé sur place les N’Zima d’Assinie et d’autres peuples qui ont été finalement colonisés par les Agnis Sanwi. C’est auréolé de toutes ces victoires que le Roi des Sanwi s’est installé ici à Krinjabo depuis plusieurs siècles, dans ce même village et sur cette même terre sur laquelle nous marchons. Et c’est le 04 juillet 1843 que la France a envoyé officiellement une délégation dans le Sanwi précisément à Assinie pour signer un traité avec le Roi du Sanwi. Le Roi du Sanwi fit partir son héritier présomptif qui s’appelait Amon. Ce neveu du Roi a donc quitté Krinjabo pour se rendre à Assinie à pied accompagné de 300 personnes pour aller rencontrer Floriot Landes. A assinie, ce traité international a été signé le 04 juillet 1843.

Mais que contenait ce traité ? Dans ce traité il est écrit que le Roi du Sanwi a confié à la France sa souveraineté externe, que la France puisse protéger le Royaume du Sanwi des invasions étrangères comme les Anglais qui cherchaient des terres, ainsi de suite… Il est aussi écrit dans ce traité que le Roi du Sanwi conserve sa souveraineté interne sur ses terres et sur son peuple. Je vous informe au passage que ce que je suis en train de dire concernant le Sanwi ne repose pas seulement sur la parole ; tous les documents existent. Donc ce traité du 04 juillet 1943 a été ratifié par la France par un décret français le 10 Juin 1887 à Paris. Les Anglais cherchant à pénétrer les terres pour devancer les Français et autres, les Français se sont appuyés sur ce traité et aidés par les Agnis Sanwi pour s’opposer à ces différentes pénétrations en avançant le fait que le peuple Sanwi a signé un traité de protectorat avec la France et donc toute cette terre faisait désormais partie du territoire français. C’est ainsi que pour délimiter correctement le territoire sous leur autorité, les Français et les Anglais ont mis en place une commission internationale chargée de délimiter les terres. Cette commission s’appelait la commission mixte chargée de la délimitation des terres.  Il y avait d’un côté un Anglais et de l’autre un Français accompagné pour le Français des Agnis Sanwi et pour la partie anglophone des ressortissants de la Gold Coast. La délimitation du territoire a été faite sur la base du traité du Sanwi du 04 juillet 1943.

Arrivé dans un village, quand le chef du village dit qu’il dépend du Roi du Sanwi, il est automatiquement reversé du côté Francophone. C’est le même rituel avec un chef du village qui dit être rattaché au Roi de la Gold Coast. Les documents qui retracent tout ce que je suis en train de dire, encore une fois, existent.

Cette délimitation a été achevée en 1892 et consolidée par le grand principe de l’intangibilité des frontières issue de la colonisation.  Après donc 1892, un an après, précisément le 10 mars 1893, la France déclare par décret français la partie Côte d’Ivoire, Colonie française. Etant entendu que le Royaume du Sanwi est un protectorat français né du traité, qui est évidemment au-dessus de la Constitution, au-dessus des lois et décrets, au-dessus des circulaires, au-dessus  des instructions et actes administratifs.

En 1958, De Gaule, était au pouvoir et avant cela, il faut dire au passage que notre premier Président Feu Félix Houphouët – Boigny était ici dans le Sanwi à Aboisso, c’est d’ici qu’a été créé le syndicat agricole africain, et qu’ensuite il est parti en France.

En 1958 je poursuis, De Gaule qui était Président de la République française avait mis en place la Constitution française du 10 octobre 1958. A travers cette Constitution française, la France avait lancé la campagne pour la Communauté française. Et la Côte d’Ivoire, colonie française, a participé au Referendum pour dire OUI ; la Côte d’Ivoire rentre donc dans la Communauté française en 1958 conformément à la Constitution française qui avait été adoptée. Le Roi du Sanwi Amon N’Douffou lance un appel précis que le Sanwi va participer à ce referendum de 1958, non pas pour rentrer dans la communauté française en 1958 mais pour confirmer l’appartenance du Sanwi à la Communauté française depuis le 04 juillet 1843, ce qui a été fait. Un an après, nous étions en 1959, il fallait sortir de la Communauté pour aller aux indépendances conformément aux articles 75 et suivants  de la Constitution française du 10 octobre 1958. Les territoires pouvaient signer des accords entre eux pour pouvoir continuer de vivre. C’est ainsi que le Roi Amon N’Douffou envoya une délégation en France, une délégation composée de Ehounou bilé, Ehoussou Eponon qui ont retrouvé à Paris la femme de Ehounou Bilé, Madame Ehounou Bilé née Atié Marie. Evidemment cette rencontre sanctionnée par un Livre blanc pour dire, comme le Roi du Sanwi l’a dit, le Sanwi voudrait, conformément à la Constitution française du 10 octobre 1958, l’ouverture de négociations pour fixer son statut à l’intérieur de la jeune République de Côte d’Ivoire dont l’an 1 n’a pas encore sonné. Evidemment qu’il y a eu des incompréhensions.

Je voudrais, conformément à l’esprit du Sanwi et à la volonté du Roi actuel, passer rapidement pour dire que le 11 juillet 1960 en France, un accord dit particulier a été signé entre Michel Debré, Représentant de la France  et Félix Houphouët-Boigny, ministre d’Etat, représentant la Côte d’Ivoire. Cet accord particulier portait transfert des compétences  que la France avait dans la Communauté à la Côte d’Ivoire sur le chemin de son indépendance. L’accord était composé de deux articles : l’article premier qui fixe la date de l’Indépendance de la Côte d’Ivoire le 07 Août 1960 et le deuxième, la France transfert à la Côte d’Ivoire, les compétences qu’elle avait dans la Communauté.

C’est ainsi que quelques jours plus tard, la Côte d’Ivoire a fêté son indépendance, tout en précisant que ce n’est pas un départ définitif mais que la Côte d’Ivoire serait toujours à côté de la France, en famille, près de sa mère.

Mesdames et messieurs, si vous m’avez bien suivi, vous allez comprendre ce que je vais dire. Une phrase qui résume tout, une phrase que le Roi aime répéter. Mesdames et messieurs, compte tenu de tout ce  que je viens de vous dire plus haut, la Côte d’Ivoire est la fille légitime du Royaume du Sanwi suite à son mariage, officiellement scellé avec la France le 04 Juillet 1843. Mariage qui n’est pas encore résilié car ils sont toujours mariés. Le père de la Côte d’Ivoire s’appelle le Sanwi, la mère de la Côte d’Ivoire s’appelle la France. Mesdames et messieurs, ça pourrait paraître surprenant pour plusieurs personnes mais je pense que pour ceux ou celles qui sont intéressés, vous pouvez  vérifier tous ces enseignements que je viens de partager avec vous sur l’histoire du Sanwi, en fouillant les documents officiels qui existent détenus par le Roi, en France et ailleurs.

Il peut avoir des malentendus mais le père qui est le Royaume du Sanwi encore une fois ne doit pas se disperser sur la place publique, car c’est une histoire de famille. Le Roi du Sanwi souhaite l’amour et l’entente entre tout le monde.

Si vous avez remarqué tous les enfants de la Côte d’Ivoire en réalité sont les petits-enfants du Royaume du Sanwi puisque la Côte d’Ivoire est la fille du Royaume du Sanwi. Ce n’est pas pour rien que vous retrouvez… aujourd’hui c’est Monsieur Soro Guillaume qui est là, c’est un fils du Sanwi, demain ça peut être quelqu’un d’autre qui deviendra fils du Sanwi.

Je voudrais aussi préciser que le Roi ne fait pas de politique. Il est arrêté à un carrefour, il reçoit tout le monde, il reçoit ses enfants et ses petits-enfants. Et je pense que ce que je suis en train de faire ce matin, c’est ma modeste contribution à cause de mes parents. Je voudrais dire que le Sanwi est un Royaume qui fait 8000 km², il a une forme triangulaire et la capitale du Sanwi s’appelle Krinjabo. L’arrêté du gouverneur Merroir est très clair sur ces informations. Le Sanwi contient environ neuf cantons dirigés chacun par des chefs de cantons. Il ya un seul Roi dans le Sanwi, c’est Amon N’Douffou V.

Je voudrais clore pour dire que, un enfant n’est jamais né ni avant son père, ni avant sa mère, un enfant a besoin de la bénédiction de son père et de sa mère. La Bible déclare que tu honoreras ton père et ta mère pour prolonger tes jours sur la terre que Yahvé ton Dieu t’a donnés. Alors je sais que tous les enfants de la Côte d’Ivoire, ceux qui ne savaient pas l’histoire du Sanwi comprendront que nous avons tous intérêt à valoriser ce Royaume, le Royaume du Sanwi grâce à qui la Côte d’Ivoire est née et grâce à qui nous sommes heureux en Côte d’Ivoire. On ne peut pas être heureux alors que le père est malheureux. Je m’arrête là, je vous remercie. »

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan




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