08 mai 2018 : Guillaume Soro place son 46ème anniversaire sous le sceau du Pardon et de la Réconciliation


08 mai 2018 : Guillaume Soro place son 46ème anniversaire sous le sceau du Pardon et de la Réconciliation

publié le Mercredi 09 Mai 2018 à 11:14:45

« Ces cinq villages - pourquoi je n’ai pas voulu fêter mon anniversaire ? - les 6, 7 et 8 mai 2011 ont connu une tragédie. Ces cinq villages ont connu des morts. Il y a eu 77 dans un village, 4 dans un autre, enfin Alain vient de me le signifier, il y a eu 200 morts dans les cinq villages réunis les 6, 7 et le 08 mai 2011. Et je me suis dit ; ‘’Alain, cette année, je vais être dans le recueillement et je vais essayer de faire en sorte que ces 5 villages qui ont eu 200 morts, qu’on vienne se parler franchement et puis on va enclencher, entamer un mouvement de réconciliation dans les cinq villages. »

Alors que plus d’une dizaine d’artistes musiciens et humoristes ivoiriens et étrangers de renommée nationale et internationale (Yodé et Siro, Baba Touré, Mawa Traoré, Sidiki Diabaté, Chuck-en-Path, les zinzins de l’art etc.) ont fait ce mardi 08 mai 2018 le déplacement, et de façon spontanée à la résidence d’Abidjan-Marcory du Président de l’Assemblée nationale, pour lui souhaiter à leur manière le joyeux anniversaire, le Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, l’ami des artistes a bien voulu, à l’entame de la cérémonie, situer le contexte de cette sobre réception organisée chez lui à l’occasion de son 46ème anniversaire.

Ci-dessous de larges extraits de sa communication :

-         Messieurs les ministres

-         Mesdames et messieurs les députés

-         Honorables chefs traditionnels

-         Mes collaborateurs

-         Les crusheurs

-         Les groupes de soutien

-         Mesdames et messieurs 

Je voudrais prendre la parole juste pour situer le contexte. Si vous constatez que nous sommes ici et que le buffet n’est pas encore ouvert, c’est ma responsabilité. Parce que mon anniversaire de ce jour, je n’avais pas voulu le fêter, j’avais décidé avec Alain Lobognon que ce 08 mai, parce que j’étais allé, chez lui à Fresco… que ce 08 mai, nous allions recevoir uniquement à déjeuner les chefs traditionnels de cinq villages de Sassandra, Trikoko, Abedem, Gningrogouo, Groboko et Godjiboué.

Je m’adresse aux artistes. Ces cinq villages, pourquoi je n’ai pas voulu fêter mon anniversaire, les 6, 7 et 8 mai 2011 ont connu une tragédie. Ces cinq villages ont connu des morts. Il y a eu 77 dans un village, 4 dans un autre, enfin Alain vient de me le signifier, il y a eu 200 morts dans les cinq villages réunis les 6, 7 et le 08 mai 2011. Et je me suis dit ; ‘’Alain, cette année, je vais être dans le recueillement et je vais essayer de faire en sorte que ces 5 villages qui ont eu 200 morts, qu’on vienne se parler franchement et puis on va enclencher, entamer un mouvement de réconciliation dans les cinq villages.’’ Et avec Alain, j’ai préparé et je n’ai pas honnêtement associé mon cabinet. Et je pense que mon cabinet s’est vengé en faisant ce qu’ils font en ce moment. Parce que je rentrais là et j’ai vu les artistes, j’étais surpris et je ne savais même pas que vous étiez là. Ça m’a touché car c’était véritablement une surprise pour moi. Sinon toute la matinée, j’étais avec les chefs qui sont là. Les chefs, levez-vous pour que les artistes puissent vous voir (présentation de chaque chef de service à l’assemblée).

Ils sont venus chacun avec les présidents des jeunes, des femmes et les présidents de mutuelles. Levez-vous pour qu’on vous voie également ! Donc je m’étais dit que cette année, j’allais déjeuner avec eux et puis ensemble on allait aller dans les villages pour demander pardon et célébrer la réconciliation. Honnêtement, j’avais fait préparer la nourriture pour 40 personnes. Et mon cabinet me dit qu’on est 200 personnes. Je dis mais… (Rires), ce n’est pas ce qui était prévu et donc nous avons demandé à la cuisine de s’activer pour compléter les plats. On vient de me signifier que la nourriture est prête maintenant, c’est ce qui a occasionné ce retard. Donc je voulais personnellement m’en excuser.

Constatez, Alain que ce que nous voulions faire avec nos cinq villages, le cabinet a organisé aussi et quelqu’un me disait dans un village et j’ai bien aimé cette formule là et c’est ça que je vais utiliser pour dire merci aux artistes. Il dit : « chez nous au village, on mange foutou-banane avec sauce. J’ai voulu couper foutou-banane avec ma main. Quand Il a coupé, c’était pour aller mettre dans la sauce et ensuite manger. Et donc quand il a coupé le morceau de foutou-banane là, le morceau a glissé et c’est aller tomber dans la sauce. Il s’est dit c’est très bien, c’est dans la sauce que je voulais te mettre ; si tu es déjà dedans, c’est bien ; il a pris et il a mangé ‘’ (applaudissements).

Je suis donc content de votre présence ici. Merci aux artistes qui sont venus de façon spontanée. On va leur laisser la place et l’occasion de prester. Mais je voulais vous dire que je suis très heureux.

Comme je le disais tantôt, aujourd’hui, je voulais consacrer mon anniversaire aux villages que je viens de citer, au Pardon et à la Réconciliation. Et je vous dis ce n’est pas pour moi un terme opportuniste quand je parle de Pardon et de Réconciliation. Je pense que la Côte d’Ivoire ne peut pas avancer si nous ne travaillons pas à l’unité nationale ; et j’ai insisté pour que les chefs me disent la vérité. Parce que souvent, vous pensez que nous sommes informés alors que nous ne le sommes pas. Je leur ai dit : ‘’ ne cachez rien, dites-moi tout. Si je vous ai fait du tort, dites-moi pour que je vous demande pardon.’’ Et c’est quand on dit la vérité qu’on peut régler les problèmes. J’ai lu çà et là, ‘’Guillaume est un criminel, il a envoyé des soldats aller tuer des gens dans les villages’’. Les chefs sont là ; ils m’ont dit la vérité. Ils m’ont dit ce qui s’est passé dans les villages. Ça a été des affrontements intercommunautaires, c’est bien ça que vous m’avez dit ? Ils m’ont dit : ‘’on connait, c’est ceux mêmes qui sont dans nos villages qui nous ont tué, ce n’est pas quelqu’un d’autre. C’est bien ça que vous m’avez dit ? (les chefs ont tous acquiescé). Je leur ai dit : ’’bon c’est bien que vous m’ayez informé car c’est important à savoir. Car vous savez, vous êtes des chefs et donc vous devez vous mettre au-dessus de la mêlée’’. Il faut qu’on aille dans ces villages pour faire la journée du Pardon et de la Réconciliation.

Je leur ai dit : « mais moi-là, c’est vrai que je n’en parle pas, j’ai beaucoup souffert dans cette crise mais j’ai perdu mon beau-père. Entre les deux tours des élections en 2010, on les a convoqués dans un village pour leur dire : ‘’vous tous-là, vous êtes d’ici, vous devez voter tel candidat.’’ Mon beau-père s’est levé et a dit : ‘’ ah, mon fils est Premier ministre, il nous a dit de voter le candidat de notre choix’’. Sorti de cette réunion… où est Zokou Noël ? (Ndlr : son beau-frère), il doit être là. C’est au sortir de cette réunion qu’un jeune a pris sa voiture pour cogner mon beau-père et l’écraser. »

Mais je n’en fait pas un problème ici en Côte d’Ivoire. Mais je sais ce que j’ai géré chez moi à la maison et au village. Je leur ai seulement demandé de pardonner. De toute façon, si on pleure et même qu’on saute, on ne peut plus réveiller le vieux, il est déjà parti. Ce qu’on peut faire c’est d’honorer sa mémoire. Je n’invente pas ce que je vous dis, c’est pourquoi j’ai appelé Zokou ; il était au village parce que moi je n’ai pas pu participer aux obsèques. A l’époque, la situation était trop surchauffée mais mes collaborateurs le savent, c’est pourquoi il faut pardonner. Il faut s’élever.

Je leur ai dit : ''moi qui suis là devant vous que vous êtes venus voir, quand vous me voyez à la télévision, vous me voyez bien souriant. Mais aujourd’hui là, je fête mon anniversaire, il y a un de mes collaborateurs qui s’appelle Soul II Soul qui est en prison, est-ce que je parle ? On me voit sourire ; ce n’est pas parce que…. Bien, voilà Zokou Noël ! ‘’Zokou, je parlais du père de mon épouse qui a été écrasé sur la route à Zakoua. Si quelqu’un veut savoir les détails, voici Zokou Noël, il peut lui demander. Il est témoin. Le jeune a fait exprès pour venir le cogner avec sa voiture. C’est lui qui était à l’enterrement parce que moi je ne pouvais pas aller à l’enterrement…

Soul II Soul est en prison, mais vous me voyez, je ris, je souris, je continue mon travail.’’ Parce qu’il ne faut pas être aigri. Moi la seule chose que je souhaite pour Soul, que la prison le transforme et le rende bon. Il ne faut pas sortir de la prison aigri et revanchard. Il faut qu’il sorte de cette prison en homme bon. Sur tous ceux qui il criait, il ne faut plus qu’il crie sur eux ; sur ceux qu’il ne criait pas, qu’il continue sur cette voie. Parce que la prison peut te rendre bon comme elle peut te détruire. Ce que je souhaite car moi j’ai fait la prison. Et ceux qui m’ont mis en prison sont là, ici en Côte d’Ivoire. J’ai été Premier ministre ici en Côte d’Ivoire mais je n’ai pas cherché à me venger. D’ailleurs je suis devenu ami avec ceux qui m’ont mis en prison parce que je sais que c’est le système qui est passé par-là, donc dans mon adresse aux cinq chefs, je leur ai dit : ‘’ soyez bon ! Il faut pardonner, il faut amener les parents à pardonner parce qu’il ne faut pas garder la rancune dans son cœur et murmurer. Actuellement là, c’est leur pouvoir qui est là, le jour ça va changer, nous allons nous nous venger aussi’’.

De vengeance en vengeance, vous allez léguer à vos enfants et à vos petits-enfants une haine éternelle et ce n’est pas bon pour la Côte d’Ivoire que nous voulons. Oui, il y a eu des douleurs, des blessures, des fractures mais la force de caractère et la force du Pardon doivent nous permettre de supporter. C’est vraiment cet exercice que nous étions en train de faire. Et donc, allons travailler parce que parmi les villageois de ces cinq villages, il y en a qui ont vécu des traumatismes, il faut qu’on y aille et qu’on scelle définitivement la Réconciliation dans ces villages qui ont beaucoup souffert. Donc chers artistes, c’était ça que nous étions en train de faire quand je suis rentré dans cette salle et que je vous ai découverts.

Je voudrais vraiment du fond du cœur et je veux que les chefs s’associent à moi pour vous remercier d’être venus aussi spontanément. Je ne sais pas comment mon cabinet s’est organisé mais j’ai vu des visages qui me font plaisir et des visages qui m’ont toujours égayé, soutenu. Donc Chuck-en-Path, dis merci à tout le monde (…)

Il faut qu’on avance et ça c’est important car c’est ainsi qu’on construit un grand pays. Parce que l’avantage que les pays européens ont sur nous, c’est que ce sont les nations qui ont construit les Etats mais chez nous, la différence et la difficulté que nous avons aujourd’hui c’est que les Etats ont d’abord été créés et on nous demande de créer la nation, c’est difficile. Parce que la Côte d’Ivoire-là, s’il n’y avait qu’un seul peuple là-dedans, il n’y aurait pas eu de problème. Mais il y a plusieurs peuples. Lath (ndlr : secrétaire général de l’Assemblée nationale), il est Abbey, moi je suis Sénoufo, on n’a rien à avoir mais on doit créer ce désir collectif de vivre ensemble qui est la nation, vous voyez ce que je veux dire. Donc c’est quand même une tâche qui n’est pas facile et c’est pourquoi aussi bien, vous les artistes et nous autres, nous devons tous prendre notre bâton de pèlerin pour amener et faire en sorte de créer la nation ivoirienne. Créer la nation ivoirienne, c’est amener tous les peuples à devenir le peuple ivoirien. Et c’est ça qui est important et on doit sillonner, et on doit pardonner et on doit se réconcilier (applaudissements des artistes). C’est ça la difficulté.

Merci encore à tous ceux qui sont venus, ça me touche. J’ai vu plusieurs visages et je m’excuse auprès de ceux qui n’ont pu être associés. En réalité, ce n’est pas qu’on a voulu les écarter mais Alain et moi, avions voulu faire cette séance que nous considérons importante avec ces villages, qui ont connu plus de 200 morts ; ce n’est pas un fait anodin et on a certainement oublié de les inviter, de les associer, qu’ils nous en excusent. Merci beaucoup ! (Applaudissements)

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan 




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