Les élites dirigeantes du RDR ont-elles mis en danger la Démocratie ?


Les élites dirigeantes du RDR ont-elles mis en danger la Démocratie ?

publié le Lundi 06 Mars 2017 à 12:46:19

L’Editorial de Mamadou Djibo, Ph.D.,

L’hydre bonne entente est surfaite dans la mesure même où cet intérim au RDR l’est. Cet intérim n’a été ni bon pour ses promoteurs, ni bon pour la base populaire. Il n’a pas produit un leader d’excellence a qui, le témoin va être transmis, clairement et distinctement. De manquement, il dérive la nécessité de mettre toutes les ambitions au suffrage secret et transparent (Parti Démocrate des USA vient de le réussir) pour la relève générationnelle de 2020. L’intérim a délesté le parti d’un levier de convictions citoyennes, des initiatives populaires pour l’amélioration de la gouvernance démocratique et le progrès social. Parce que le RDR est articulé par le binôme république et démocratie. Ce binôme est-il en floraison depuis l’avènement du RDR au pouvoir ? Que les élites du RDR se jettent la patate chaude (le fossé creusé entre ces élites et la/sa base sociale) est symptomatique d’un écart, des libertés prises avec l’idéal démocratique et les valeurs et principes de la République. Brutalement la question est donc de savoir si oui ou non les élites dirigeantes  du RDR ont mis en danger la démocratie à l’occasion de l’exercice de leurs responsabilités confiées ? Ecoutent-elles ou se contentent –elles seulement de décider ? Dans les deux cas, leur redevabilité est totale et elles doivent rendre compte. Le Congrès est alors le lieu où elles doivent rendre compte à la base militante du pouvoir de représentation reçu ? Postuler l’élitisme des élites auquel l’on répond le populisme des élites est une conjecture qui ne saurait produire le progrès social. Il est donc déraisonnable de penser  pouvoir montrer le bienfait de cet intérim qui a fossilisé les énergies de tant de militants convaincus et passionnés de la première heure en accomplissant le saute moutons des irritants inhérents. Un intérim ni reconductible démocratiquement, ni éconduit pendant ses impérities (perte de toutes les élections partielles, grogne de la base, contingent d’élus indépendants pourtant militants actifs du parti). Se contenter alors de donner, de temps à autre, des coups d’épée dans l’eau, c’est la symétrie de l’hydre renaissant de ses cendres et du dérisoire fugace comme chemin de Damas. Etre le parti au pouvoir est pourtant un grandiose avènement. A la veille d’un Congrès, ce bain de boue précoce des éléphants du RDR (Bacongo vs N’Guessan) en dit long sur la béance entre le peuple d’Abobo et les élites dirigeantes du RDR. L’interprétation de cette béance est de l’ordre inessentiel tant pour l’élite experte que pour l’élite populiste. Toutefois, la grogne sociale et la grogne des militants RDR ont produit une résonnance. La grogne a été une œuvre utile pour les bâtisseurs de progrès. Le RDR immergé dans le pouvoir et rêvant d’Emergence, traverse une zone d’intensité. Où va-t-on ? Et surtout Comment ? De l’étoilement des autocritiques au dévoilement des critiques libératrices. 

Parti au pouvoir, la quintessence du moment autocritique porte sur le Comment y remédier d’autant plus que ce parti s’est présenté comme celui des experts de la gouvernance démocratique pour la République. Revendiquer la légitimité technocratique et être en-deçà du minimum syndical (formater, structurer un réseau fort de militantisme) est une incompréhension pour le militant ordinaire. Parce que ce réseau existe déjà dans sa forme informelle de convictions fortes sédimentées, partout sur le territoire. La tâche est donc de donner une âme au RDR de pouvoir. Diriger, c’est avoir de la mémoire et anticiper. Les cadres du RDR le savent mais ne le pratiquent pas. Comment les cadres coptés échouent-ils à s’y connecter ? En raison de la prospérité faite aux chicanes inutiles? Dans le présent éditorial, nous traiterons du clanisme des élites intramuros au RDR. La bonne entente sur l’intérim n’était donc pas cordiale. Elle est une hydre !  Aussi, le RDR a répondu à Monsieur Cissé Bacongo : « Nos militants se sont sentis abandonnés par nos cadres ». L’Accusé accuse. Une réponse populiste au propos du juriste Cissé Bacongo : « Moi je boycotte les réunions du Bureau politique, parce que, je le dis haut et fort, je ne reconnais pas cette instance dans sa composition qui intègre les prestations d’artistes, les vendeurs d’arachide, de pois sucré et les vendeurs de cigarettes ».  En la forme, le prochain congrès prépare apparemment un bain de boue pour les éléphants du RDR si l’on n’y prend garde. Préparer ce congrès aux dates indiquées est-elle une allégresse déraisonnable ? 

Mais dans le fond, y –a-t-il une différence entre ce dépit amoureux du Professeur Cissé Bacongo pour la Direction intérimaire –intérim de sous-traitance de 6 ans-du RDR et cette réponse RDR qui s’autosatisfait du populisme des élites que le parti contrapose à l’élitisme des élites de type Bacongo ? Deux versants tous déconnectés des militants de la base populaire ? Aux « vendeurs d’arachide » et griotique artistique auxquels l’élite dite technocratique dit non (élitisme des élites) répond le populisme des élites recroquevillées (réponse du parti) qui dénonce la béance entre les cadres coptés au sommet et la base populaire désenchantée. Ce bain de boue pré-congrès des éléphants du RDR est une empoignade sur des sujets totalement connexes parce que périphériques. 

1. Ces deux opinions « élites dirigeantes » reposent sur le même présupposé théorique : la classe de ceux qui ont le statut de porteurs d’intelligence et détenteurs de la parole et leur fiction de la préséance comme dogme du professionnalisme technocratique. La flottaison par rapport aux préoccupations des populations ou militants de la base y trouve sa source. Cette détresse démocratique exprimée comme abstentions aux dernières joutes électorales est donc le nom de ces deux fausses polarisations de ces deux dirigeants du RDR. Les vendeurs d’arachide et artistes sont une partie du peuple et le peuple est le décideur suprême en démocratie électorale représentative. Dénoncer la modalité de la coptation de ces vendeurs d’arachide consacre l’éloignement du principe démocratique, socle de la sélection des dirigeants dans une République. Une démocratie électorale représentative que les démocrates appellent au sein des formations politiques africaines pour que les vrais militants, la majorité qui possède seulement ses convictions acharnées, les citoyens ordinaires taxés d’incultes et qui excellent au moyen du choix démocratique, crédible et équitable, s’approfondisse. Ce principe démocratique n’est pas la démocratie censitaire dans laquelle ceux qui exercent le monopole de l’argent, de la parole et des avantages de type copté, dynastique ou oligarchique, sont protégés des problèmes existentiels. 

A la révolte des élites des deux versants du RDR répond celle des bases populaires. La panne de l’écoute, de l’ascenseur social fait le lit de la médiocrité. Or, la méritocratie, la vache sacrée du RDR à sa création, au sens platonicien, renvoie à l’excellence comme connaissance, expertise et sagesse. Appliquée au RDR comme prise d’engagement républicain pour l’excellence et le Vivre ensemble. Mais le sage est celui qui, au terme de l’ascèse philosophique, redescend dans la caverne, au  milieu de ses semblables pour partager le fruit de ses connaissances et acquis. Il s’ensuit qu’en l’espèce, seul l’ascenseur social en rotation dynamique et demandeur de sa propre surchauffe, présentifie à la claire conscience  nationale et à celle des partisans, le mérite des meilleurs d’entre nous. Pas l’inverse.  Se poser les bonnes questions pour son parti, n’est pas synonyme d’opposition, affirme l’Honorable Alain Lobognon. Il dit juste. La critique de la complaisance des élites au pouvoir n’est pas la complaisance de la critique. Il s’agit de la lucide autocritique. Le Député l’a administrée. Le seul mérite de cet échange de conjectures triangulaire est qu’il apporte des idées, des jugements critiques et le refus du fétichisme des choix futurs (mémoire et anticipation obligent). Si le Congrès à venir échouait à s’affranchir des tares constatées, alors, ni cet élitisme des élites, ni ce populisme des élites ne produiront l’émancipation démocratique pour la République. Et auquel cas, nous constaterons un cul-de-sac susceptible d’être propice au populisme des peuples vite séduit par les brokers professionnels du pouvoir. Le cas américain l’atteste tandis que les peuples européens sont dans cette antichambre. Se pose-t-on alors au RDR la bonne question de savoir pourquoi les grands partis constitués dont le RDR n’ont gagné aucun scrutin partiel depuis quelque temps? Après les abstentions, il y aura le « mal vote » pour sanctionner les élites repliées dans l’autosatisfaction béate. Ne voit-on pas ce phénomène à l’œuvre en Occident ? Le RDR ne prend pas la juste mesure des chantiers de raccommodement aux accommodements politiques raisonnables. Si tel n’était pas le cas, la polémique Bacongo-RDR intérimaire aurait compris que l’essentiel est ailleurs. 

3. Faire des conjectures sur la panne d’Espoir lorsqu’on est au pouvoir est un aveu d’échec de l’ancrage démocratique et populaire des politiques publiques. Quel est cet essentiel ? Il s’agit de savoir comment résorber cette distanciation menaçante entre le peuple et les élites parce que l’abandon de l’idéal démocratique est perceptible ? Et que pour combler cette béance, il faut s’attacher aux vraies préoccupations : école publique, lieu de l’égalité des citoyens et de toute politique d’égalité pour l’emploi, le pouvoir d’achat, l’accessibilité aux soins basiques, le cadre de vie et l’environnement, la sécurité et l’accélération de toutes les entreprises infrastructurelles (énergétique, routière, portuaire, aéroportuaire, pistes cyclables pour l’évacuation des productions et les politiques du dialogue et la réconciliation). Quelle est la politique du RDR au pouvoir pour créer une classe moyenne, entreprenante qui a foi en son avenir ivoirien et foi en l’Afrique ? Les élites républicaines pensent-elles à doter la Côte d’Ivoire d’un Fond souverain à l’instar du Ithmar Capital du Royaume du Maroc ou de la Nigeria Sovereign Investment Authority ? Voilà les vrais moyens disponibles pour la Côte d’Ivoire pour se donner une vraie ambition parce que souveraine de développement endogène. L’extraversion en quelque manière n’est une solution viable pour créer les richesses qui profitent à tous. Sur autant de sujets, les élus de la République n’ouvrent même pas des bureaux dans leur circonscription ou fief pour recevoir, écouter la population pour être le meilleur lien de représentation. Hélas ! 

Ecouter pour diriger en constituant un leadership de coalition. Décider pour diriger demande de l’excellence dans le leadership qui ne s’obtient qu’à partir d’un socle de faits attestés par la majorité. Or, la majorité ne donne cette onction de légitimité que parce qu’elle est l’alpha et l’oméga de l’action publique. Donc l’écoute est la base de l’agir politique.  

En somme, participer à la culture démocratique, à la culture de la redevabilité sociale, rendre compte (récompense et sanction), à l’ancrage de la démocratie participative pour contrer les enflures corruptrices. Cette écoute assidue, cette proximité et accessibilité sont l’humus du politique. Seul le rattachement à cet idéal démocratique, à l’exercice permanent des politiques de dialogue et à la dialectique sanction/récompense des agents du progrès socioéconomique, permettront de lever le scepticisme ambiant sur les acquis durables engrangés par le pouvoir RDR dans la coalition RHDP. Les intellectuels du RDR doivent mener ce débat de façon indépendante et lucide puisqu’une grande partie des militants estime que le contrôle des initiatives du RDR leur échappe. Cette volonté de prise de contrôle de leur chose est indépassable comme débat. 

Lecture suggérée aux éléphants du RDR : Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie. (Climats, 1996).  




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