De l’angoisse post-RHDP à l’ère des suspects


De l’angoisse post-RHDP à l’ère des suspects

publié le Mardi 08 Aout 2017 à 17:57:05

L’Editorial de Mamadou Djibo, Ph.D.,

Philosophy

La république vit une ère des suspects qui n’a pas lieu d’être en ces moments des festivités du 7 août 2017. La raison en est que le RHDP, le fils bien aimé des politiques du rassemblement qui ont tourné le dos à la domination et à l’exclusion est aussi celui du poids de l’histoire récente, empreinte de turpitudes sectaires des héritiers putatifs du grand Président Houphouët-Boigny, le père du Rassemblement Démocratique Africain. Le Président Houphouët-Boigny a laissé un héritage infrastructurel impressionnant, un prestige politique et diplomatique inégalé, un dynamisme culturel et une concorde nationale inestimable. Sortir des lieux propres de cet héritage le sera aux dépens des tiers et assurément de ceux qui prétendent incarner et perpétuer ce leadership d’excellence. L’un des lieux indépassable reste la défense des plus vulnérables par l’affirmation nette de la fraternité d’où l’affaissement des inégalités de traitement des citoyens et de revenu pour laisser naître une classe moyenne dynamique, des tensions sociales d’essence irrédentiste, régionaliste et tribale et bien sûr, le partage de la prospérité comme socle du capital d’estime du pays. Le bien être moral et matériel des travailleurs puisque le grand homme était aussi ce syndicaliste intransigeant sur la défense des intérêts des planteurs africains. Cet héritage moral est le socle et la jauge de toutes politiques se réclamant du Président Houphouët-Boigny. Comme tel, c’est le contrepied parfait des politiques élitistes engluées dans le processus bureaucratique qui, je le rappelle, a fait ses adieux à l’écoute bienveillante des citoyens. L’écoute et la bienveillance des dirigeants autorisent les rectifications induites et les accommodements d’avec les attentes populaires. Cet art du leadership est loin du processus bureaucratique et fuites en avant.

Le présent éditorial porte sur trois remarques miennes à la veille des déchirures préjudiciables à la survie du RHDP comme coalition si le triomphe des egos tient lieu de vision. Puisque du parti unifié, l’on constate que nous sommes dans l’organisation des funérailles, raisonnablement que des noces hypothéquées parce que perçu comme le piège pour 2è Gaou.  La panne des politiques de raison, de bienveillance et de fraternité y est pour quelque chose.

1.Panne des politiques de raison : Les lieux moraux propres ci-dessus cités, attestent du leadership visionnaire et bienveillant du Père de la Côte d’Ivoire moderne. Depuis son rappel à Dieu, la Côte d’Ivoire vit les angoisses induites par la disparition du grand homme et surtout la panne de leadership qui incarne ces lieux. Les disputes sectaires des héritiers putatifs, toutes générations confondues, ces choses, ces douleurs et mémoires contrastées et parfois rivales des solitudes ivoiriennes de 1993 à nos jours tombent sous le concept de doloris post-Houphouët-Boigny. Ce doloris pour ainsi dire ontologique est transi tantôt par les tribalités et irrédentismes et autres atavismes, tantôt interprété comme ceci ou plutôt comme cela. La grille des lectures est bigarrée et circonstanciée par les difficultés du moment sociopolitique, cette éloquence des tourbillons.

La création du RHDP était apparue pour la famille des « Héritiers » selon le charmant mot de l’ancien Président Laurent Gbagbo, comme le remède à ces conflits, douloureux vécus sociaux et interprétations et donations de sens conjecturales. Le Rassemblement des Houphouëtistes  pour la démocratie et la paix poursuivrait la concorde pour stabiliser le pays, par le dialogue fraternel et la concertation permanente avec toutes les forces sociales. Une doctrine de l’Agir et une philosophie qui mettrait l’Humain au cœur de l’action politique. Voilà, sommairement l’état des lieux de mémoire nationale et des attentes de type Houphouëtiste pour tisser les liens de concorde nationale. A ces contraintes émotionnelles et historiques, le Président Guillaume Soro Kigbafori répond avec humilité et grandeur d’âme- puisqu’au demeurant l’histoire nationale est globale- avec l’appel au Pardon et à la Réconciliation pour renouer avec l’espoir et la fraternité perdus. Force est de constater que le RDR, le parti au pouvoir, pour des raisons politiciennes de positionnement pour l’hégémonie d’exercice du pouvoir, semble n’avoir aucune envie de connaître ce pardon et réconciliation, une ignorance qui incline à la suspicion et qui prétend, paradoxe des paradoxes, dénoncer une suspicion du geste et sursaut d’âme du Président Guillaume Soro. Pourquoi ? Parce que la nomenklatura du RDR n’en ressent aucune responsabilité. Guillaume Soro est-il l’ennemi intérieur du RDR ?

Comme ce vocabulaire façonnait les lèvres des Résistants en France au temps de l’occupation et de la Guerre d’Algérie. A-t-on honte désormais de la rébellion revendicatoire des droits de la nationalité et de la restauration courageuse de la démocratie? Pourtant, nul ne saurait nier ses acquis démocratiques pour l’ensemble de la communauté nationale, pour l’honneur des Africains et pour chaque citoyen ivoirien et habitant de ce merveilleux pays dont le destin n’aurait jamais dû cesser d’être tranquille à l’image de la Confédération canadienne qui vient de fêter le 1er Juillet ses 150 ans.

2.Panne des politiques de bienveillance et de modération : L’histoire passée pèse sur la donne courante du moins sur la mémoire nationale. D’où la nécessité des accommodements raisonnables entre membres de la société politique pour le pardon et la réconciliation. Il s’agit de faire montre de bienveillance envers autrui au regard de ce halos d’impressions suspectes et suspectées a priori. Sortir des a priori désinvoltes ! Oui, sortir de la posture suffisante qui prétend la virginité et attend l’immaculée sujétion des autres, là où sied l’échange ouvert et modéré. Parce que la pureté et l’impureté sont personnelles, nul ne peut purifier autrui comme Bouddha l’enseigne. Il est clair que chacun doit se surpasser et sortir des dominations et exclusions pour espérer trouver son propre chemin de sortie des impuretés. Ce n’est pas le Chemin de Damas. Le philosophe le nomme l’ascèse philosophique. Sinon, l’on risque de vivre de nouvelles angoisses post RHDP. Et les impasses génèrent des désapparentements politiques qui sont comme des choses qui tombent en vrille si vite que le RHDP est potentiellement le crash. Le Président Houphouët-Boigny vécut la même impasse avec son alliance avec les communistes.  Il en tira les conséquences en rompant cette alliance avec le Parti Communiste français en octobre 1950 pour incarner  l’émancipation africaine avec une gauche tempérée. Cette même histoire va se répéter puisqu’elle est oubliée.   

Y –a-t-il une gêne pour le parti au pouvoir à la veille d’un Congrès, le RDR à se sortir de sa vision personnifiée ? S’agit-il seulement, hélas, d’un parti charismatique ? Bien sûr que non puisque son fondateur, Monsieur Djéni Kobina fut un éminent démocrate acquis à l’esprit de réformes et d’innovations politiques. Le RDR au pouvoir, ce RDR-là échoue-t-il à incarner la capacité de regarder en face sa propre histoire, sa trajectoire militante comme fulgurance dans l’histoire nationale globale ? Comment s’explique-t-on ces impérities et dogmatismes qui confinent à la perte de lucidité dans un ordonnancement politique en gestation générationnelle incompressible ? Le moins que l’on puisse faire d’un point de vue critique et même l’exigence de l’autocritique l’impose, c’est de décrire ces actes et postures désinvoltes qui trahissent l’ébriété du pouvoir du moins la sécheresse des idées pour la relance de l’espoir pour tous dans un pays apaisé et tranquille. Tous ces déraillements langagiers et politiques, ça et là, donnent une résonnance particulière au rétrécissement perceptible des lieux de pouvoir et donc posent à terme, les conditions d’achèvement du mandat en cours dans une ambiance précoce et anxiogène de fin de mandat en 2020. Nul ne conserve le pouvoir démocratique en cédant sur le terrain populaire et au surplus, en se méprenant sur le cheval en forme pour une compétition ouverte.

3.Panne des politiques de fraternité et de solidarité : Pour tout dire, le RHDP en lieu et place de consolider son bilan à la veille des échéances électorales de 2020, cette coalition s’est mise toute seule dans le tourbillon des suspicions et donc de la chasse des suspectés. Une mécanique qui génère des actes manqués à la pelle. Etre houphouëtiste, c’est partager un héritage de fraternité, de solidarité et d’émotions citoyennes. Si cet héritage politique du grand homme est transmuté en conjectures, sectarismes, désinvolture et mésintelligence et panne de sollicitude, c’est que nous sommes face à une panne de leadership de coalition. En fait, ce constat de conflits tous azimuts est le symptôme que nous sommes dans l’anti chambre de l’émergence d’un nouveau chef charismatique qui fasse la rupture d’avec les anciennes pratiques qui abîment la république grâce à de nouveaux talents et patriotes. Son avènement nous évitera d’être en face de ce que l’on redoutait ante comme divisions et impasses politiques. L’avènement de ce nouveau leader de coalition et sa connexion à l’évènement présidentiel de 2020 est assurément synonyme de cet air de bonheur et d’espoir Indépendance Cha cha pour toutes les ambitions politiques. Nul démocrate ne demande qu’elles soient biffées. Puisqu’elles sont, a priori, légitimes dans l’exacte mesure où c’est le peuple qui reste le juge arbitral ultime. Comme est vivifiant et renouveau cet air, Indépendance Cha Cha des années du bonheur brut africain !   

Puisque ces impasses conciliatoires produisent la multiplicité des actes d’autorité, ça et là, et de ce fait même, établissent la mort clinique des arrangements RHDP intramuros. La floraison des candidatures politiques a rendez-vous avec l’histoire émancipatoire pour tous les enfants d’Houphouët-Boigny. Le meilleur d’entre les frères va gagner, voilà ma certitude en ces temps incertains au-delà tant de la légitimité des ambitions personnelles que des préférences de profil politique. Même après la Révolution de 1789, il fallut attendre 1848 pour ajouter la Fraternité à la devise révolutionnaire. Le Président Soro, fidèle à l’Hymne national, réintroduira la vraie fraternité dans le vocabulaire des Houphouëtistes en 2020.     

Pour les Soroïstes, inspirés ainsi des valeurs houphouëtistes authentiques, demandeurs du Pardon et de la Réconciliation pour clôturer le cycle de méfiance des citoyens en leur Justice et aller au renouveau de cette institution centrale dans la gouvernance. Ces semeurs des grains de concorde nationale sont0 prêts pour  l’avenir en commun dans la prospérité partagée. C’est une aubaine pour construire des consensus citoyens trans-partisans, relever et aimer les gens dans la solidarité pour espérer les accompagner comme leur leader sur le chemin de leur liberté et bonheur escompté, rassembler les énergies citoyennes pour l’envol de l’Espoir et la société de convivialité.

Bonne Fête d’Indépendance 2017 !




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