Y’A-T’IL UNE ALTERNATIVE AU SACERDOCE DU PARDON   DE GUILLAUME SORO ?


Y’A-T’IL UNE ALTERNATIVE AU SACERDOCE DU PARDON   DE GUILLAUME SORO ?

publié le Lundi 04 Juin 2018 à 16:04:04

L'Editorial de Lawrence Atilade

Doctorant en Science politique, EHESS-Paris

Secrétaire général AIA-GKS

En Côte d’ivoire, on évoque souvent la réconciliation comme la restauration du passé ; en d’autres termes, il s’agirait d’un retour à la stabilité pré-conflictuelle, celle qui prévalait avant le chaos. Revivre comme si de rien n'était. Cependant, dans ce contexte ivoirien de violations massives des droits de l’homme, de divisions sociales et politiques profondes, né des crises successives, l'on se doit d'interroger l’efficacité pérenne d’une telle représentation passéiste et simpliste de la réconciliation.

En effet, celle-ci comporte un aspect qui n’est pas nécessairement inhérent au pardon, car on peut pardonner (unilatéralement) à l’offenseur qui ne demande pas à être pardonné, mais pour se réconcilier, il faut inévitablement des efforts partagés entre individus, groupes, collectivités, nations, en dépit de la réciprocité ou non des fautes. Tandis que le pardon efface la dette qu’a laissée la faute, la réconciliation réédifie les rapports écorchés entre les personnes en mettant fin aux velléités de vengeance, d’inimité. Elle est la conséquence (extérieure), la suite logique mais non systématique du pardon (intérieur), mouvement de l’âme et du cœur. Elle n’est donc pas le pardon et vice-versa, car ce n’est pas parce que je pardonne à autrui que je suis prêt pour autant à en faire un ami. Pourtant, est-ce véritablement possible de forcer le passage du pardon à la réconciliation, de se réconcilier sans se pardonner ? En toute prudence, nous répondons par la négative, sans toutefois exclure la possibilité de consentir à des étapes progressives jusqu’à aboutir à ce moment propice et fécond que rendra possible la vraie rencontre des cœurs et des pensées.

En dévisageant l’espace politique Éburnéen, n’est-on pas en droit d’affirmer que de tous, Guillaume Kigbafori Soro est le seul à avoir pris la pleine mesure de cette lumineuse intuition ? Dès lors, la présente tribune vise à corroborer la thèse suivante :

Quelle que soit la forme qu’on pourrait lui attribuer, le pardon du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’ivoire s’origine dans l’agir humain, dans la lutte permanente de l’ivoirien nouveau pour l’assurance d’un avenir heureux et contre la résurgence d’un passé odieux. Deux constatations directes étayent cette position : (I) Guillaume Soro est le seul homme politique ivoirien à demander pardon, et il continue de le faire malgré tout (II).

Analysons successivement ces deux postures avant de poser dans une troisième partie, l’inconditionnalité de ce pardon, in fine (III).

 

Le Pardon, la réconciliation et Guillaume Kigbafori Soro

Par la force des temps et avec l’évolution inquiétante des relations humaines, l’on peut se demander si l’homme a encore les capacités de pardonner. Pour bien comprendre, il faut d'emblée s’éloigner de ceux qui ont tendance à croire que tout peut se vendre et s’acheter. En effet, le pardon est hors du commerce. Il s’obtient en se donnant, comme l’illustre bien cette prière : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».

Dans cette invocation, on s’aperçoit que Dieu lieu même dans toute sa miséricorde pardonne à une condition : celle de la repentance sincère. Cela signifie par exemple que l’on doit se réconcilier avec son frère avant de porter son offrande à l’autel (Mathieu 5, 24).

A ce niveau, la plupart des traditions théologiques s’accordent à préciser que le pardon divin vient s’ajouter au pardon humain qui, pour se manifester, convoque l’urgence de l’action et de l’immersion. Se dérober à cette condition essentielle ne serait que pure hypocrisie. Comment se pardonner entre nous (dans le monde visible) avant d’espérer le pardon du Dieu (invisible), si ce n’est par l’acceptation de soi comme coupable direct ou indirect ? N’est-ce pas cette leçon de vie que nous enseigne Guillaume Soro depuis plus de dix années ? Chronologiquement, il faut remonter jusqu’en 2007 pour retrouver les premières traces de Guillaume Soro dans ce registreAinsi, va-t-il déclarer dès le 30 juillet 2007 à Bouaké, lors de la cérémonie de la flamme de la paix : « Si hier nos turpitudes nous ont conduits à la guerre, aujourd’hui notre détermination commune doit construire la Paix. La Côte d’Ivoire doit tirer leçon de cette guerre pour épargner aux générations futures une autre tragédie. » Avant de rendre sa démission en tant que Premier ministre, le 08 mars 2012, il reconnaissait publiquement que durant toutes ces années où il a eu à exercer au sommet de l’État, il a forcément contrarié certains compatriotes. « Mes décisions ont pu nuire à d’autres. Je veux tout simplement demander pardon à la Nation et à tous ceux qui ont souffert de ma gouvernance. Je prie Dieu pour qu’ils trouvent en ces petits mots simples, mais qui viennent du fond du cœur, l’apaisement. »

Devenu président de l'Assemblée nationale, à l’occasion de l’ouverture de la première session ordinaire de cette institution, le 25 Avril 2012 à Yamoussoukro il « demande pardon à la nation pour les torts commis. »

Toujours en cette qualité, le 15 Août 2013, il va exhorter les fils, les femmes, les jeunes, et les hommes du peuple Guébié à « pardonner et à accepter de monter dans le train », car « il n’y a pas d’alternative à la réconciliation. »Promettant de par la même, de sillonner tous les villages, partout dans le département où il sera nécessaire de véhiculer le message de paix et de réconciliation nationale.

Afin de conduire avec succès cette noble et titanesque mission, qu'il s'est lui-même assignée sous l’égide de la 3ème république proclamée par le Chef de l’état Alassane Ouattara, Guillaume Soro va placer sa législature 2017-2020 sous le sceau du pardon et de la réconciliation nationale. C’est dans cette nouvelle direction que s’inscrit sa brillante et inoubliable allocution inaugurale du 03 Avril 2017.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher le courroux des apprentis-sorciers, dans la mesure où cette idée que le pardon puisse cimenter la réconciliation n’est pas toujours vue d’un bon œil. A cet égard, deux sortes d’individus se proposent :

Ceux qui ruminent, respirent et vrombissent le ressentiment. Ils voient en toutes ces actions de Guillaume Soro des « appels dérisoires et opportunistes nourris d’arrière-pensées politiciennes ». Un peu plus loin, nous percevons les partisans de la bouc-émissarisation lâche et facile : les alliés d’hier de GKS, eux, tels des spectateurs ont fait le choix de se dissimuler derrière son pardon, sans prendre leurs responsabilités propres. Est-ce pour autant que GKS va renoncer ? Ces agissements peuvent-ils vraiment freiner sa mission pacificatrice ?

 

Le pardon persistant de Guillaume Soro, un charbon ardent sur la tête des haineux

Le jeudi 20 Juillet 2017, un événement inédit va bouleverser le monde politique : de retour d’une tournée européenne, Guillaume Soro réitère sa demande de pardon à l’endroit des Ivoiriens, pour les actes que l’on pourrait lui reprocher depuis 2002 et rajoute qu’il ira “demander pardon à ses aînés, les Présidents Bédié, Ouattara et même Laurent Gbagbo.” Quelle résolution!

En tant qu’acteur incontournable de la scène politique ivoirienne, Guillaume est persuadé que le pardon est un ingrédient indispensable qu’il faut valoriser en toutes circonstances pour mettre fin aux fractures sociales.

Que dire de cette rencontre à sa résidence Abidjanaise, le 27 Mars 2018 avec Tiane, dont l’ex-compagnon Marcellin Yacé a perdu la vie dans les premières heures de l’insurrection politico-militaire de 2002 ? Avec émotions et hauteur d’esprit, Guillaume Soro a invité l’artiste ivoirienne à « s’armer de courage et (…) surtout à pardonner cet évènement qui a attristé toute la Côte d’Ivoire.» Par ailleurs, il souhaite vivement parler «personnellement » avec sa fille Belinda afin qu’« elle trouve les ressources en elle-même pour surmonter et continuer à vivre pour la Côte d’Ivoire ».

Guillaume ne va pas s’arrêter là : il prie pour « …que tous ceux qui sont en prison retrouvent leurs familles et qu’on se mette ensemble, victimes et bourreaux pour travailler pour le développement de la Côte d’Ivoire .»

Ces propos tenus lors de sa récente visite privée à Fresco ont achevé de convaincre plus d’un sur la pureté de ses intentions. Avec son bâton de pèlerin, l’enfant de Kofiplè écume patiemment les régions de la Cote d’ivoire. Plus il est insulté, méprisé, plus il demande et offre le pardon. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’intensité de son pardon n’a jamais faibli, sa puissance s’est même accrue au fur et à mesure de la montée de la pression et de la persécution. Même quand il se réveille en sursaut, le 08 Mai dernier, surpris par des artistes, frères et collaborateurs, venus lui souhaiter un heureux anniversaire, Soro prêche encore le pardon et la réconciliation rappelant que « nous avons ensemble décidé de nous consacrer à la guerre de la réconciliation. Il n’y aura pas de nation sans la nécessaire volonté du désir du vivre collectif ensemble. Je vous affirme donc ma volonté immarcescible de continuer ce combat, pour le pardon et la réconciliation : voie qui nous conduira à la construction d’une véritable Nation ivoirienne.»

 

L’offre de pardon sans condition

 

Dans cette abnégation, Soro assure qu’il continuera le combat du pardon jusqu’à ce que les fils et filles de la Côte d’Ivoire arrivent à vivre ensemble en harmonie et dans la paix, quelque soit le prix à payer. Sur ce terrain tortueux, il est encore des hommes qui préfèrent le mettre au pilori. Pour ces impitoyables, il a le sang de toute la Cote d’ivoire sur les mains, ce qui justifierait ses “jérémiades” persistantes et incessantes. Par déduction, c’est parce qu’il se reproche tout qu’il demande « toujours » pardon. Pour parler trivialement, il demande « trop » pardon. Or, qui a vraiment les mains propres dans ce pays ? s’interroge l’écrivain Tiburce Koffi dans un édito cinglant intitulé « Guillaume Soro et le défi du pardon et de la réconciliation : Identifier les mains sales. » Peut-être, aurait-il fallu attendre d’être déclaré irréprochable, saint, avant de se lancer dans cette aventure ô combien sérieuse ? C’est justement parce qu’il ne pose aucun préalable à la paix que Guillaume Soro présente ses vœux de nouvel an 2018, en lançant sur son site officiel : « C'est ensemble, en promouvant le pardon et la réconciliation que nous parviendrons à une paix durable en Côte d'Ivoire. »

En formulant de telles pensées, il exerce la possibilité d’une reconstruction sociale envisagée à partir du pardon et de ses cas limites qui ne sont rien d’autre que l’impardonnable ou l’imprescriptible. D’ailleurs, le pardon véridique connaîtrait-il une limite ? Lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? A cette préoccupation, Jésus répondit à Pierre : “Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18, 21-22). Si donc le chiffre (7) sept symbolise la perfection, « Jusqu'à sept fois » équivaudrait à dire : « régulièrement et parfaitement ». Mais le prophète ne dit pas « jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » Une façon spirituelle de dire que le pardon qui vient des tréfonds du cœur est infini et échappe à toute arithmétique. Il est sans mesure et illumine les consciences des hommes entre eux qui, après seulement, pourront espérer se faire pardonner aussi de Dieu.

 

Que retenir en conclusion ?

Après avoir tourné le sujet dans tous les sens, l’on aboutit à la même déduction : le pardon a disparu de la phraséologie politique ivoirienne.

En ce sens, une (ré)mobilisation autour de ce « code de langage et de comportement » serait salutaire en invitant la justice, qui, elle, peut se concevoir comme une « autre » réponse visant à la réparation (ou à la compensation) du dommage causé par l’offense. Loin de toute tentative de récupération idéologico-politique, cette combinaison pardon-justice peut éventuellement aider à dépasser la mémoire de la violence sans renier le passé et les versions divergentes de l’histoire vécue par chaque parti en conflit.

Cela dit, l’histoire de la Cote d’ivoire retiendra que Guillaume Soro est le premier et unique homme d’état à porter sur ses solides épaules, l’ultime espoir de tous les ivoiriens qui aspirent à la renaissance intergénérationnelle. Ceux et celles qui assument avec conséquentialisme et déontologisme, l’intensité maximale des souffrances, des injustices.

Il nous rappelle, à juste titre que ce qui est selon la logique humaine difficilement pardonnable se fait plus proche du pardon, et que le temps est venu pour affronter tous nos actes impardonnables ou supposés tels, car le vrai pardon dans toute sa plénitude pardonne l’impardonnable. C’est lui Guillaume Soro, « le grand maître de l’ordre ivoirien du Pardon et de la Réconciliation .»1

 

 




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