19 septembre 2002 : Attention au retour des vieux démons !


19 septembre 2002 : Attention au retour des vieux démons !

publié le Mercredi 19 Septembre 2018 à 02:07:09

Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire connait la première rébellion armée de son histoire. Elle a été menée par des militaires proscrits de l’armée ivoirienne.

Seize ans après, l’on peut dire que la classe politique ivoirienne est convaincue que seuls le pardon et la réconciliation doivent être les maîtres-mots du nouveau vivre-ensemble. Cependant, la résurgence de certains discours suintant la haine ethnique et la xénophobie, font craindre le retour des vieux démons. 

En effet, sorti de prison en août dernier suite à une ordonnance d’amnistie du Président Ouattara, l’ancien ministre Lida Kouassi Moïse a retourné le couteau dans la plaie à travers une sortie virulente aux relents clairement xénophobes. Le ton de son discours n’est pas sans rappeler les outrances verbales et les propos haineux qui ont plongé la Côte d’Ivoire dans une crise sociale et politique profonde.

« Je trouve inadmissible que celui qui parle au nom des Abbey à l’Assemblée nationale s’appelle Adama Bictogo, que celui qui parle au nom des Agni d’Aboisso s’appelle Sylla et que celui qui parle au nom des Dida de Lakota s’appelle Kouyaté Abdoulaye. » Voici le type de discours qui a entrainé la rébellion de septembre 2002.

Ce baron du FPI qui connaît bien l’histoire du peuplement de la Côte d’ivoire et qui en fait fi pour des besoins politiciens, feint également d’ignorer des causes qui ont conduit la Côte d’Ivoire dans les profondeurs abyssales.

Son cadet Koua Justin, président de la Jeunesse du front Populaire Ivoirien a, lui aussi, proféré des menaces graves contre la paix civile le samedi 15 septembre dernier, lors d’un meeting de son parti à Anono. Il a déclaré ceci : « D’ici le 13 octobre, Alassane Ouattara doit nous appeler à la discussion. Je lui demande de se presser d’appeler le Pr Georges Armand Ouégnin, le Pr Aboudramane Sangaré à la discussion. S’il ne se presse pas, il sera dépassé par les événements. Nous allons faire porter à Alassane Ouattara ses habits de deuil et le conduire à sa dernière demeure. Ma bouche annonce la paix et je suis en train de le faire. S’il nous invite au combat nous allons le faire ; s’il nous invite à l’affrontement, au désordre, nous irons. La plaisanterie à trop duré. Nous lui ferons porter ses habits de deuil et je lui donne ma parole. » Ces propos ont choqué l’opinion par leur dureté.

Comme les âmes dont parle Platon dans La République qui, ayant traversé le fleuve Léthé (fleuve de l’oubli) perdent le souvenir de tout. Comment donc faire pour ne plus en arriver ?  Il faut mettre la République, la Res-publica ou la chose publique, au-dessus des intérêts particuliers. Car « sa réussite suppose des cœurs apaisés, des esprits réconciliés, une culture du pardon », rappelait récemment le Chef du Parlement ivoirien lors de son discours d’ouverture de session le 3 avril 2018.

Au-delà de la rancœur, la réconciliation

Seize ans après le bouleversement de l’ordre ancien, tous les camps appellent à la réconciliation. Et le premier appel est venu du leader de l’ex-rébellion. L’on a encore en mémoire le récent appel de Guillaume Soro en octobre 2017 envers ses aînés. « J’ai décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j’ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J’adopterai la même approche du Pardon et j'irai demander pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d'entre eux spécifiquement ». Si le 19 septembre 2002 peut être considéré comme le début d’un soulèvement contre un statu quo ante fait de frustrations et de dénis de droits civiques, on peut dire aujourd’hui qu’il a abouti à la naissance d’un nouveau monde. Celui où les Ivoiriens, ont dû apprendre à s’asseoir pour examiner ensemble les problèmes qui minent leur pays et se mettre d’accord sur les voies et moyens d’y porter remède.

L’ex-Première Dame, Simone Ehivet-Gbagbo, tout juste sorti de prison, ne dit pas autre chose. Depuis sa libération, elle s’est faite apôtre de la réconciliation et du pardon. Elle a appelé son parti, le FPI, à ne pas rester « dans les rancœurs ». Déjà en juin 2016 lors de son procès en assise, elle promettait que « si je suis acquittée par le Chef de l’Etat, je me mettrai en mission pour la réconciliation ».

BAMBA Soualo




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