Assemblée nationale / Discours intégral du Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles devant les députés ivoiriens


Assemblée nationale / Discours intégral du Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles devant les députés ivoiriens

publié le Mardi 12 Juin 2018 à 20:18:22

-  Monsieur le Président de l’Assemblée nationale ;

-  Mesdames et messieurs les ministres ;

-  Mesdames et messieurs les parlementaires, chers collègues ;

-  Mesdames et messieurs les représentants des ambassades accrédités ;

Je voudrais aussi saluer la délégation de l’APF et toutes les personnalités qui ont été si gentiment citées par monsieur le Président

Enfin chers tous en vos titres et qualités pour n’oublier personne ; et surtout, peut – être le plus important chers amis parce qu’ici nous sommes entre amis. C’est véritablement le sentiment que nous avons la délégation et moi-même, depuis que nous avons foulé le sol de la Côte d’Ivoire, d’être chez des amis.

Au nom de la délégation que j’ai le plaisir de présider et en mon nom personnel, je vous remercie vraiment vivement de l’honneur qui m’est fait de me donner la parole devant votre honorable assemblée, en ma qualité de Président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et dès lors du groupe d’amitié réuni, ici, chez vous, à Abidjan.

Toutes deux, membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, nos institutions parlementaires sont véritablement, fortement attachées aux valeurs de paix, de justice de démocratie, de respect des droits de l’homme, des droits de l’enfant et sont très attentives à la mise en œuvre de la stratégie économique adoptée par la Francophonie au sommet de Dakar.

Dans le cadre de ces relations multilatérales où nous exerçons des fonctions de diplomatie parlementaire et où nous faisons également la promotion de la langue française, ciment qui nous unit dans l’espace francophone, le Parlement des Francophones de Belgique a pris l’initiative d’exprimer sa solidarité avec l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

C’est en effet au travers d’une action de coopération interparlementaire francophone coordonnée par l’APF mais menée en toute indépendance par chacun des parlements partenaires, qu’il nous a été permis en 2013, de collaborer, à la mise sur pied de votre bibliothèque parlementaire et ainsi de répondre positivement, à des besoins que vous aviez listés, à un moment clé de votre histoire.

A cet égard, c’est avec émotion que nous nous remémorons le rôle crucial qu’a assumé votre Secrétaire  général feu Fakhi Konaté en vue de garantir la réussite de cette action de coopération.

Au gré de nos réunions internationales, les relations entre les délégations ivoirienne et belge francophone n’ont eu de cesse de se renforcer.

En novembre 2015, une délégation de 6 de vos fonctionnaires à la tête de laquelle votre Secrétaire général, réalisa un stage au sein de notre parlement afin de prendre connaissance du fonctionnement de nos services administratifs.

En septembre 2016, vous autorisez des fonctionnaires de votre assemblée à participer au 1erséminaire de formation que nous organisons à Bruxelles, et dont le niveau est équivalent à la formation proposée tant par nos amis français via un stage à l’ENA que par nos amis du Québec.

Cette année, organisant la deuxième édition de ce séminaire de niveau universitaire, nous espérons vivement compter parmi des fonctionnaires ivoiriens. C’est un appel qui est lancé.

Chers collègues, en tant que témoins de ce rapprochement institutionnel, en qualité aussi d’acteurs tous deux de coopérations, M. Soro et moi-même avons, en juillet dernier, décidé d’enrichir notre coopération parlementaire en créant dorénavant des liens bilatéraux durables, entre les deux institutions que nous présidons.

C’est ainsi, que fut mis en place un groupe d’amitié mixte dont nous avons pris soin de souligner qu’il reflètera les différentes sensibilités politiques, au sein de chacune de nos assemblées.

Ce groupe d’amitié, tel qu’il a été conçu garantit non seulement à l’opposition mais aussi aux deux genres d’être représentés.

C’est à tour de rôle que nos assemblées respectives se sont engagées à organiser des rencontres interparlementaires ouvertes à la société civile ou à des acteurs économiques, les intervenants étant choisis en fonction des thématiques d’échanges que nous développons.

Si les 3 et 4 juillet 2017, nous étions heureux d’accueillir votre Président et les membres du groupe d’amitié pour échanger prioritairement sur la recherche scientifique, en ce mois de juin 2018, nous sommes particulièrement ravis de l’accueil et de l’organisation dont vous nous faites bénéficier.

D’autant plus que ravis que nos travaux nous permettront d’échanger nos expériences en matière d’inclusion sociale via la reforme de nos systèmes éducatifs. Lieu de tous les possibles en termes d’avenir en Francophonie, l’école doit être investie !

Il appartient, en effet, au législateur francophone que nous sommes, d’agir, sans relâche, afin que nos systèmes éducatifs ne soient pas porteurs de ruptures, d’échecs scolaires, de fortes inégalités.

Le droit à l’éducation garanti par la Convention internationale des Nations-Unies relatives aux droits de l’enfant est un droit fondamental à protéger, car il participe au développement humain et économique durable de nos sociétés respectives.

Vivre ensemble, en paix est l’enjeu. Soyons tous conscients que l’iniquité des systèmes éducatifs est responsable d’importants problèmes de société.

-         Elle entrave le développement économique et technologique

-         Elle accroit le nombre de jeunes incapables d’exercer une profession

-         Elle affaiblit le rendement des investissements dans l’éducation

-         Enfin, elle menace la cohésion sociale !

Autant de raisons pour lesquelles la FWB a adopté depuis plusieurs législatures des politiques de résorption du taux d’iniquité qu’elle se fait un devoir de faire évoluer en fonction des problèmes identifiés et des nouvelles solutions envisagées par les responsables politiques que nous sommes certes, mais toujours en concertation avec la société civile ou encore le monde enseignant pour ne citer qu’eux.

Ainsi lors de nos échanges interparlementaires, nous ferons état du décret organisant un encadrement différencié de 2009, des décrets inscriptions de 2007, de 2008 ou encore de 2010.

Durant cette législature encore, au départ des constats des acteurs de terrain, de l’inadéquation de l’école d’aujourd’hui en Fédération Wallonie-Bruxelles, un pacte pour un enseignement d’excellence a été initié par notre ministre de l’Enseignement. Et ce, sur la base du constat que la révolution numérique, les schémas familiaux variés, la multiculturalité croissante de notre société et les changements socio-économiques ont contribué à mettre en décalage notre modèle scolaire traditionnel.

Le mesures envisagées pour reformer notre enseignement, pour adapter les savoirs aux exigences actuelles et lutter contre l’exclusion sociale porteraient sur les dix prochaines années. La vision à long terme est donc nécessairement de mise.

Le groupe d’amitié qui nous réunit nous permettra d’échanger nos expériences en cette matière importante pour l’évolution de nos sociétés, car notre volonté politique consiste à viser le bien-être de nos concitoyens.

L’égalité des chances est une notion capitale qui représente le fondement de l’Ecole démocratique ouverte à tous et au service de tous.

C’est pourquoi, l’inclusion sociale via les performes du système éducatif doit ne jamais cesser d’être pour nous législateur, représentant de nos populations, une de nos priorités.

L’éducation, le savoir sont, sans aucun doute, les meilleurs outils pour préparer les citoyens de demain mais aussi pour lutter contre la bêtise et l’inhumanité qui conduisent au terrorisme tel qu’il s’est manifesté à Grand-Bassam, à Bruxelles ou encore dernièrement à liège et auquel nos sociétés doivent faire face.

Mesdames, messieurs, chers amis ivoiriens ; 

Pour conclure cette intervention, permettez-moi encore ces quelques mots.

Ils font échos à l’un de vos auteurs, considéré comme l’une des figures contemporaines de la poésie africaine, récipiendaire du Grand prix Bernard Dadié.

Je parle, vous l’avez deviné, de José Guébo dont l’écriture se tourne vers la défense de l’idéal égalitaire, un idéal que nous devrions, tous, avoir et porter comme une requête absolue.

Ses revendications poétiques prennent des accents de dénonciation et son désir de voir l’unité africaine se réaliser œuvre à la réflexion sur la réalité identitaire où liberté, succès économiques et égalité s’acheminent comme le dépassement d’une utopie.

Ainsi dans le «  blues des oranges », José Guébo aiguise son regard sur les crises identitaires qui agitent son pays. Votre pays !

Et, plus généralement, ce vaste village qui est le monde. Mais ce monde, « vaille que vaille les couleurs et les douleurs d’une équipe », pour le paraphraser, doit s’accorder et s’intégrer avec comme voie de salut, la concorde et le métissage.

Je resterai avec cet auteur, tant il a accaparé ma réflexion quand dans « Songe à Lampedusa », il use d’éléments mythologiques et historiques pour décrire les raisons qui poussent la jeunesse africaine vers l’Europe, une émigration qui se passe dans des conditions épouvantables avec les conséquences dramatiques que l’on comprend à la fin de cette aventure, quand les douaniers italiens en patrouille, découvrent sur les eaux azurées encerclant l’ile italienne de Lampedusa, les corps sans vie de plus de 300 hommes, femmes et enfants.

Nous sommes en droit, comme José Guébo le fait avec son art philosophique, de nous interroger sur les réalités complexes de la nature de l’homme et de son identité. Et sa réflexion ne s’arrête point–là. Que du contraire !

Elle nous offre avec «  Aux chemins de Babo Naki » une perspective céleste quand celle-ci s’articule sur la force de l’union et de la solidarité, la nécessité de la cohésion sociale et de la paix.

La voie est simple. Il suffit de vouloir l’emprunter !

Le groupe d’amitié entre votre Assemblée et le PFWB ouvre cette voie.

Merci de votre écoute ;      

Merci de votre amitié !

 

Propos recueillis et retranscrits par Louis Konan




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