Elections présidentielles de 2010 et locales de 2018 en Côte d'Ivoire - fissures et ritournelle dans l’affectio democraticus


Elections présidentielles de 2010 et locales de 2018 en Côte d'Ivoire - fissures et ritournelle dans l’affectio democraticus

publié le Mardi 23 Octobre 2018 à 01:45:33

L’Editorial de Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè

L’approche de la fin de cycle entamée avec les gouvernements du RHDP,  cette ancienne coalition électorale pour la stabilité par les disciples et dirigeants houphouëtistes, commence avec les élections locales ivoiriennes de 2018. Pour les élections du samedi 13 octobre 2018, la POECI a établi, avec objectivité, les multiples écarts du scrutin par rapport à la transparence électorale, à la crédibilité exigée et par rapport à l’environnement sociopolitique général, l’impératif de maintenir la paix et la confiance.  Autant l’environnement des élections de 2010 sous l’empire de l’Accord Politique de Ouagadougou, APO1 sous la double direction des présidents Laurent Gbagbo et Guillaume Soro était apaisé et plein d’espoir, autant, il est acquis que des fissures de la fragile stabilité apparaissent et que la ritournelle de la discorde nationale interpelle. Les élections locales de 2018 nous rappellent l’accouchement au forceps des élections non inclusives de 2000 au sortir du cycle de reniements et de ruine de l’Etat de droit sous la junte militaire qui a profondément divisé les Ivoiriens. Les Ivoiriens et les amis de la Côte d’Ivoire, de nouveau et cycliquement, se posent des questions tant les divergences entre les chefs sont advenues presqu’insurmontables.

Et pourtant, l’histoire récente, l’action des gouvernements issus de l’APO, montre le chemin de construction de consensus, comme chemin des forces de la paix, de la fraternité et du progrès partagé. Hier la priorité fut avec l’APO, le retour consolidé, pas à pas, une brique de dialogue à la fois,  le retour à la normalité institutionnelle et partant, la réconciliation promue. Aujourd’hui, les mêmes exigences restent pérennes avec la nuance que le processus démocratique doit être sauvegardé et la consolidation des institutions de la République, de leur respect et de leur interjeu, réglé constitutionnellement, pratiqués. Hier, le processus de sortie de crise militaro-civile était la tâche citoyenne des présidents Laurent Gbagbo et Guillaume Soro.

L’élection présidentielle de 2010 fut réussie parce qu’apaisée, démocratique, avec une participation record des citoyens inscrits massivement sur les listes, une première saluée unanimement de par le monde et par les Nations Unies. Les acquis du Président Guillaume Soro, l’assouplisseur des tensions, des méfiances et haines interpersonnelles des élites politiques ivoiriennes, sont incontestables. Ces acquis sont de ce fait, le socle de cette réussite, de cette prouesse ivoirienne et africaine avec la facilitation burkinabè sous le leadership du Président Blaise Compaoré. Mission accomplie pourrait-on dire sans partisannerie aucune, sans autoglorification pour les béotiens.

   La Côte d’Ivoire de 2018, les yeux rivés sur la fin de cycle de 2020, est dans les mêmes similitudes émotionnelles, citoyennes et politiques : la fragile stabilité politique acquise est-elle devenue une fragilité structurelle voire un leurre ? Le retour des bisbilles d’hier, les empoignades électorale et le halo de contestations suite aux élections du 13 octobre avec mort d’hommes sont la preuve de ce constat du péril potentiel au sein de la société politique, civile voire plus. Doit-on craindre la ritournelle des incuries et haines thésaurisées ou plutôt parier, fondé sur le test réussi des élections apaisées de 2010 par les gouvernements de Guillaume Soro, sur le meilleur à venir ? Et auquel cas, quelles sont les tâches et missions de paix, de dialogue fraternel d’essence houphouëtiste authentique, à poursuivre dans la diversité politique et la foi républicaine ? Quelles sont les diligences urgentes à convertir en gestes de concorde nationale au nom de la Côte d’Ivoire pour une fin de cycle/renouvellement, apaisée, participative et républicaine comme en 2010 ?  

Oui, la Côte d’Ivoire a du ressort. Ses assises économiques sont solides. Les peuples africains de Côte d’Ivoire ont de la mémoire, celle des luttes démocratiques remportées et donc du ressort. Ce pays dynamique, économiquement et cosmopolite sociologiquement, plein d’humour et épris de dialogue fraternel assidu, peut et doit relever le défi des élections apaisées, une deuxième fois pour l’alternance démocratique et générationnelle de qualité en 2020. Dans cet éditorial, je vous propose de revisiter les acquis du Premier ministre Guillaume Soro de 2010, les missions accomplies dans la sagesse et la construction de la paix, le plein retour à la normalité institutionnelle et assurément, l’entame du nouveau cycle  de la Nation. La condition expresse reste que ledit cycle génère la diversité politique et l’inclusion de tous les enfants ivoiriens comme des volontés citoyennes libres et consentantes qui concourent à la détermination et la conduite de la politique de la nation.

I. Elections présidentielles de 2010 et locales de 2018 : similitudes - fractures

Les bisbilles au sein des élites politiques et civiles durant la campagne des élections locales rappellent celles de 2010 en termes de méfiance, d’interprétations divergentes des virgules des textes et agencements des priorités définies et agencées par l’APO. Aujourd’hui, les mésententes entre les présidents Bédié et le président de la République, Alassane Ouattara, ruinent la synergie retrouvée en 2005 et signent la ritournelle des confrontations, judiciaires et politiques. Une chronique nommée de la synergie à la confrontation ! Ces confrontations obèrent les gains de la paix et de la stabilité engrangée et contribuent à alourdir dangereusement, la paix chèrement acquise et la pleine renaissance de la République entamée en 2010 par le Premier ministre Guillaume Soro et ses équipes. Le climat était délétère et confligène en 2010 en raison des demandes, d’exigences du FPI, le parti au pouvoir, dont les concrétisations rendaient pratiquement, impossibles, le scrutin présidentiel. Le Premier ministre Soro et le remplaçant de Monsieur Mambé, monsieur Bakayoko, étaient au pied du mur de méfiance, des ruses de rétention du processus électoral. Le champ politique national était un champ des obsessions partisanes, diamétralement opposées, irréconciliables avec les attentes des populations,  des actions subversives avec la lettre et l’esprit des textes signés:

.le blocage du processus électoral en raison du préalable de la réunification.

.le rejet par l’ancienne majorité présidentielle de la liste Mambé

.Comment relancer le contentieux électoral sur la liste provisoire électorale, la demande des partis d’opposition comme le RDR, le PDCI RDA et être dans les dates et délais prescrits par le CPC de décembre 2009 pendant que la majorité présidentielle Gbagbo exigeait d’expurger ladite liste des inscriptions « frauduleuses » par le renouvellement des 415 commissions électorales locales, convois locaux de la « fraude ». 3. Actions et Actions. Tome I.

.Bataille des listes : la grise d’un million de personnes et blanche de 5,3 millions.

. Et bien sûr, le suprême enjeu du désarmement et de la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire avant l’élection présidentielle. Une habile façon du Président Gbagbo de maximiser la pression sur le Premier ministre Soro, son alter ego à la tête des Forces nouvelles qui contrôlaient les 60 p. cent des territoires CNO (centre-nord et ouest). La quadrature du cercle comme centralité politique au nom du slogan connu : Soyez raisonnable. Demander l’impossible ! Cette malice de vouloir ruiner les acquis de l’opération réussie d’identification à la suite des mémorables et décisives opérations foraines par des magistrats dont le choix même répondait à des données tribales au nom de l’exclusion du prochain! Que de volonté mauvaise ! L’impossible aussi dans l’exacte mesure où le PDCI-RDA, le RDR, le MFA et l’UDPCI d’un côté et le leadership de coalition du Président Guillaume Soro et les Forces Nouvelles, ses forces à lui, de l’autre, si toutes ces forces patriotiques coalisées ont circonscrit les sirènes de la sécession, pour autant, elles savaient qu’accéder à toutes ces requêtes du FPI et alliés, c’est se saborder en offrande au Président Laurent Gbagbo pour la conservation du pouvoir.    

II. Guillaume Soro coupa le nœud gordien

a. Dans cet environnement difficile, le Premier ministre Soro réussit l’exploit de maintenir la cohésion sociale en faisant échec et mat aux forces centrifuges, ces organisations de la société civile clientélisée, ces caisses de résonnance des bellicismes sectaires, chaque fois, reconduits. Habilement, au cours d’une réunion privée entre lui et le Président Gbagbo, le Premier ministre Soro obtint un modus operandi sur le traitement séparé de la liste grise d’un million de personnes :

4.« Le 11 avril, lors d’une réunion privée, Gbagbo demanda à Soro de poursuivre l’examen du contentieux de manière à aboutir à une liste électorale satisfaisante. Acculés, Bakayoko et lui (Soro) acceptèrent de traiter séparément la liste grise… quelque 434 000 personnes figurant sur la liste grise furent validées, puis inscrites sur la liste blanche qui, ainsi complétées, comportait 5 776 784 noms. »

b. La deuxième réussite du Premier ministre Soro, fut l’exigence morale de vérifier si la liste blanche, elle-même, pouvait être bourrée de fraudeurs embusqués. De nouveau, par le dialogue bienveillant avec le Président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Soro parvint, au nom de l’intérêt de la paix, de l’équité et du processus démocratique, à rompre tous les goulots d’étranglement sournoisement planifiés et pratiqués. L’élégance procédurale fut de renverser la pression exercée par le Président Laurent Gbagbo, à tout le moins, à la convertir en pression sur le camp présidentiel sur son devoir d’accepter l’audit par la voie du traçage électronique de l’ascendance de près de 1, 8 millions d’inscrits sur un total de 3, 5 sur la liste de 2000. Quel processus électoral haletant ! Passons les anecdotes. Le Président Gbagbo ne pouvait refuser cette offre –une offre politique n’est jamais une offrande-dans la mesure même où lui-même, se proclamant « fils des élections » en raison de la liste de 2000, ne pouvait désavouer sa propre assise électorale de légitimité.

III. Le Premier ministre Soro Kigbafori Guillaume, homme d’Etat

Les coalitions hybrides tant du RHDP que de la LMP de 2010, hybrides parce que composées de partis politiques reconnus par l’Etat et par un conglomérat d’acteurs peu recommandables de la société civile ex nihilo et orchestrée machiavéliquement, furent toutes renvoyées à la décence de l’Etat, au respect du code électoral. Guillaume Soro fit d’un processus électoral conjectural, querellé et au milieu du gué, un processus équitable, fruit du dialogue et du compromis dynamique, au nom du Bien commun : la Côte d’Ivoire pour tous ! La crise de légitimité du FPI (Le président Gbagbo disait « avoir reçu un mandat de 5 ans cadeau) et la crise politique nationale gelée, engageaient le processus électoral comme un processus inclusif et de pondération des haines, des calculs et autres mauvaises volontés en quête de situations à exploiter. Il est permis de dire que le Premier ministre Guillaume Soro a su incarner le dialogue, le leadership de coalition qui préserve la nation du péril en visant l’optimum d’équilibre responsable au nom de la République. Construire la confiance et la paix des braves dans un environnement de suspicion généralisée, jouer de l’intérieur d’un système de ruses, de fuites en avant permanentes et sauvegarder l’essentiel, la sincérité du processus électoral, n’est-ce pas s’armer d’autant de sagesse procédurale administrée ? Toute habileté politique qui interpelle le leadership ivoirien d’aujourd’hui pour les élections locales du 13 octobre 2018 et au-delà, celle de 2020.

La culture authentiquement houphouëtiste du compromis, du dialogue continu, des concertations tous azimuts, voilà, l’héritage et le legs précieux des combattants du RDA de 1946 que le Premier ministre Guillaume Soro a pratiqués pour la sauvegarde du processus démocratique. Les élections ivoiriennes locales de 2018 y ressemblent comme environnement, exigences, cette exigence de bon sens patriotique, vision et accomplissement de mission lorsque la nation vous fait confiance. Cette tâche fut accomplie avec l’annonce de la date du scrutin présidentiel le 5 août 2010 en Conseil des ministres, devant se tenir le 31 octobre et les 5 étapes principales. Le fruit de ce leadership de don de soi, de mission républicaine accomplie, le service public exemplaire le fut  au nom de l’intérêt général. Toute nation se tisse, de nos jours, émotionnellement au sein de la République, des valeurs communes. Cette vérité est vraie en 2010 et le demeure en 2018 et suivant. Les élections ne sont donc promises à la déesse du carnage que si les élites politiques africaines et ivoiriennes se comportent et s’identifient à la turpitude. Ah ! Te voilà, toi, la sottise ! Pourrait-on  convoquer Cyrano de Bergerac, héro de Rostand. Sortir des sectarismes, de la partisannerie abjecte pour conjurer  la honte vécue !

Il faut en sortir, réaffirmer et accomplir nos tâches de service public de façon exemplaire au nom de l’équité et de la concorde nationale. En Conclusion, il y a  la leçon politique suivante : Le Premier Ministre Guillaume Soro a, en 2010, su donner corps, au milieu des bisbilles torrentielles politiques et interpersonnelles ivoiriennes, à ce que 5.Bertrand Badie et Pierre Birnbaum nomment le « centre » en l’absence d’un  Etat homogène et continu. Il ne s’agit point d’une exception miraculeuse mais de l’engagement citoyen d’un dirigeant qui produit un évènement de concorde. La concorde délivre une règle constante : construire et maintenir la paix exige des acteurs sages. Et lorsqu’une nation ne dispose pas de sages en son sein, c’est le temps des faux prophètes et des acteurs ravis de leur propre glorification.

  1. APO : Accord Politique de Ouagadougou. 4 mars 2007.

  2. 07 avril 2007. Gouvernement formé par le Premier Ministre Soro K. G.

  3. Actions majeures et Acquis des Gouvernements dirigés par le Premier Ministre Soro Kigbafori Guillaume, Mars 2007-Octobre 2010. Tome I,

  4. YJ Choi, La crise ivoirienne. Ce qu’il fallait comprendre. Ed., Michel Lafon, Paris 2015, pp.110-113

  5. Bertrand Badie et Pierre Birnbaum, Sociologie de l’Etat, Hachette, Paris, 1982.

6. POECI : Plateforme des Organisations de la Société Civile pour l’Observation des Elections en Côte d’Ivoire. Déclaration à la mi-journée du 13 octobre 2018.




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