Jean Yves le Drian en Côte d'Ivoire / Construction d'une académie antiterroriste, bonne ou mauvaise pour le pays ?


 Jean Yves le Drian en Côte d'Ivoire / Construction d'une académie antiterroriste, bonne ou mauvaise pour le pays ?

publié le Vendredi 19 Octobre 2018 à 13:17:14

"Cette question mérite d'être débattue à l'Assemblée nationale avant le début de sa mise en œuvre."

Au moment où le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian, entreprend une visite officielle ce mercredi 17 octobre 2018 en Côte d'Ivoire, pour rendre effectif ce vœu de la "métropole", cette inquiétude mérite d'être posée : la construction d'une Académie antiterroriste sur les bords de la Lagune ébrié est-elle une bonne idée ?

 

À son arrivée, Jean-Yves Le Drian a ouvert son discours par un rappel des attentats à la station balnéaire de Grand-Bassam, à l'est d'Abidjan. Revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique, cette attaque avait fait 19 morts dont des Ivoiriens et des Français, le 13 mars 2016. C'est d'ailleurs pourquoi, il a  insisté sur la nécessité de la future Académie internationale de lutte contre le terrorisme, basée à Jacqueville à l'ouest d'Abidjan, et qui renforcera la coopération entre son pays la France et la Côte d'Ivoire.

 

Cette académie coûtera 20 millions d'euros et sera financée par les deux pays sans que l'on sache exactement la part de chacun. Les travaux prendront dix mois avant son ouverture prévue pour fin 2019.

 

À cet effet, pour rappel, un an après l'adoption par l'Assemblée générale, de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies qui avait représenté une percée dans les initiatives prises par la communauté internationale pour éliminer cette menace, un Symposium sur la mise en œuvre de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, s'était tenu à Vienne en Autriche les 17 et 18 mai 2007.

 

Cette Stratégie reflète un consensus sans précédent concernant le cadre fondamental dans lequel doit s'inscrire l'action collective; pour la première fois, les États Membres de l'Organisation des Nations Unies se sont entendus sur une série de mesures concrètes visant à prévenir et à combattre le terrorisme. 

 

C'est pourquoi il me sied de m'interroger ici alors que le ministre français de l'Europe et des affaires étrangères foule le sol ivoirien dans le cadre de ce projet, sur les acteurs de ce projet. Ce projet au lieu d'un cadre bilatéral entre la Côte d'Ivoire et la France ne devrait-il pas s'inscrire plutôt dans un cadre multilatéral avec tous les pays des Nations Unies ? Au moment où les ressources financières se font rares dans notre pays qui ploie désormais plus que jamais sous le poids de la dette extérieure, allons-nous sacrifier encore nos concitoyens dans un tel projet, fût-il un projet de sécurité nationale ?

 

Comme on le dit et on le conçoit,  le terrorisme est l'une des plus graves menaces à la paix et à la sécurité internationales de notre siècle. Aucun pays ne peut se croire à l'abri de ces dangers et aucune société ne peut se désintéresser des efforts entrepris pour le combattre. 

" Notre tâche consiste maintenant à traduire ces engagements par des actes. Les États Membres doivent mettre en œuvre sans tarder tous les éléments de la Stratégie et l'Organisation des Nations Unies est prête à leur fournir son assistance à cette fin. J'engage instamment les gouvernements à tirer pleinement parti des ressources et des compétences que peuvent leur offrir les organismes du système des Nations Unies dans leurs efforts de lutte contre le terrorisme. Il faut faire largement connaître et promouvoir la Stratégie et son application. " Avait requis le communiqué final dudit Symposium en 2007

C'est pourquoi, je pense et je crois formellement que ce projet devait être entièrement financé par les Nations Unies et non par seules, la Côte d'Ivoire, et la France qui en ont eu l'initiative…

 

Dans le deuxième volet de mon inquiétude, je m'attarderai sur la sécurité de mon pays face à ce projet. Bien que cette académie servira à la formation des futurs élèves du contreterrorisme dans le but de prévenir les attentats et de renforcer la sécurité dans la région, notre pays deviendra automatiquement une vitrine internationale dans la lutte contre le terrorisme et par ricochet l'objet d'une défiance internationale de la part des groupes terroristes et djihadistes du monde et donc désormais plus vulnérables que jamais. Par conséquent, la sécurité de cette future Académie qui est un centre réservé aux forces spéciales, devrait être assurée par les Nations Unies. En acceptant ce principe d'une force onusienne dans notre pays dans la mise en œuvre de ce projet, n'est-ce pas mettre en fragilité  la souveraineté de la Côte d’Ivoire ? Ce sont autant de questions qui me taraudent l'esprit depuis l'arrivée de Jean Yves le Drian à Abidjan.

 

Je pense que cette question de la construction de l'Académie antiterroriste en Côte d'Ivoire, qui touche fondamentalement la question de la sécurité intérieure et extérieure de notre pays la Côte d'Ivoire, doit être débattue à l'Assemblée nationale et au Sénat pour en cerner tous les contours avant sa mise en œuvre. Les Ivoiriens doivent savoir les  tenants et les aboutissants d'un tel projet, l'impact de ce projet sur leur vie, leur quotidien,  il y va de la souveraineté nationale de notre pays. 

 

Juste une modeste contribution !

 

Konan Louis




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