LA PAIX, SOCLE DU DEVELOPPEMENT


LA PAIX, SOCLE DU DEVELOPPEMENT

publié le Lundi 12 Juin 2017 à 17:11:51

Dr Yatabary Aïcha

Médecin, écrivain, santé publique

Affaires humanitaires et coopération internationale

La Côte d’Ivoire a été élue ce  vendredi 02 juin 2017, membre non permanent au conseil de sécurité de l’ONU. A ceux, animés de mauvaise foi, qui demandent les avantages de cette élection,  j’ai toujours répondu : « Quelles sont les avantages à être nommé notable d’un village » ? Nous n’allons pas nous étendre sur cette question, préférant directement établir le lien entre cette élection de la Côte d’Ivoire et l’image positive que ce pays renvoie désormais dans le concert des nations.

C’est un signal fort positif que ce siège de membre non permanent que la Côte d’Ivoire a gagné de haute lutte, grâce aux efforts de sa diplomatie. Cette victoire signifie que la nation ivoirienne continue de rassurer pour sa stabilité, sa crédibilité et sa diplomatie efficace.

Il importe par tous les moyens de maintenir, de renforcer cette sécurité, cette stabilité et ce respect des institutions qui sont garants de la crédibilité, du rayonnement et du développement du pays.  

Quelles sont les conditions premières au maintien  de la paix et de la sécurité ? A cette question, les observateurs avertis répondront bien sûr : la cohésion sociale, le dialogue social, la bonne gestion des ressources naturelles (équité), la lutte contre la précarité et la vulnérabilité économique, parmi tant d’autres conditions. A cet effet, il est urgent de poursuivre les efforts en vue de la Réconciliation franche et profonde des Ivoiriens entamée par les autorités ivoiriennes. Cette Réconciliation permettra de consolider le dialogue et la cohésion sociale tant souhaités.

Pourquoi et comment ? Nous nous évertuerons à le démontrer et le développer dans notre présente réflexion.

Si autrefois, les causes des crises socio politiques étaient idéologiques, l’actualité est aux origines ethniques de ces crises de nos jours en Afrique; en effet, même les déterminants politiques trouvent leur fondement dans les divisions ethniques. Citons à titre d’exemple la crise militaro politique qu’a traversé la Côte d’Ivoire. Mais l’histoire montre que ces conflits nés de la diversité ethnique peuvent être dépassés dans le cadre d’une démarche de réconciliation nationale qui fait prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation. Les peuples ont donc tout intérêt, pour leur bien-être, à s’engager dans cette démarche de réconciliation.

En effet, nul n’ignore le lien entre paix et développement.

Paix et développement

La paix et le développement forment une dynamique s’inscrivant dans un cercle vertueux. Si la paix favorise le développement, l’inverse est aussi vérifié, la pauvreté étant la cause sous-jacente de bien de conflits dans le monde. Nous nous intéresserons ici aux  effets bénéfiques de la paix sur le développement d’une nation. Le développement résultant d‘une  dynamique transversale, l’approche intégrée est préconisée par l’ONU.

 

Paix et progrès économique

Abolir les cycles de violences, bénéficier d'une légitimité sans tâche dans le concert des nations de ce monde et de la crédibilité qui s’en suit, induit de nombreux impacts bénéfiques, qui sont entre autres :

-          Accroître les investissements étrangers qui voient leurs intérêts protégés juridiquement parlant et créer les partenariats nécessaires au développement ;

-           Favoriser la coopération régionale ;

-          Favoriser la coopération internationale.

Les pays les plus fréquemment victimes de violences sont aussi ceux dont les taux de pauvreté sont les plus élevés. Sur les 10 pays dont l’indice de développement est le plus faible, 9 ont traversé des périodes de conflit au cours des 20 dernières années. (PNUD, 2014).

Par ailleurs, la paix permet de déployer des politiques favorables à divers secteurs, toutes ces thématiques étant interconnectées :

-Création d’emplois : le fonctionnement de l’économie du pays et l’accès aux marchés des biens, des services et du travail est nécessaire à une bonne politique de l’emploi ;

-Genre : l’exemple de la promotion du genre et de l’amélioration des conditions des femmes en situation de paix est illustratif. En effet, la paix profite aux femmes qui sont les premières victimes des situations de guerre, et de conflits, car elles constituent une population vulnérable. Au Rwanda, 25000 femmes avaient été victimes de viol au cours du génocide qu’a connu ce pays, comme nous l’avons relevé dans un article publié par l’Observatoire international des violences sexuelles dans les conflits armés et intitulé ‘Sida, une arme de guerre en Afrique ?’ (paru en 2009).

-Paix et sécurité alimentaire : les situations d’insécurité alimentaire et nutritionnelle graves sont partie intégrante des conflits et des guerres. La plupart des conflits touchent surtout les zones rurales et leurs populations, spécifiquement les guerres civiles. Ces zones sont pourtant celles qui sont pourvoyeuses de ressources alimentaires ; en effet, selon la FAO en 2016, « De tels conflits endommagent l'agriculture, perturbent la production alimentaire et les systèmes alimentaires, génèrent le pillage des récoltes et du bétail, et causent la perte des biens et des revenus. Ils sont par conséquent les principaux facteurs à l’origine de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition aiguë et chronique ».

-Paix et libertés individuelles et collectives : le respect de la personne et de la dignité humaine, le respect de la vie en général, ne sont envisageables qu’en situation de paix, sous nos cieux. Il suffit de constater les exactions, les génocides et les crimes contre l’Humanité en Afrique et de par le monde pour s’en rendre compte.

-Paix et santé publique : la paix est un déterminant de la santé et fait partie intégrante de la santé publique. En effet, elle est bénéfique tant pour les systèmes de santé dont elle permet le fonctionnement normal que pour l’individu sur le plan biologique. Citons plusieurs exemples pour illustrer notre propos tel le risque de mortalité infantile avant l’âge de cinq ans deux fois plus élevé dans les pays victimes violences (PNUD, 2014). Autre exemple, la Banque mondiale et l’OMS prédisent que la guerre sera une des dix principales causes d’incapacité et de mortalité d’ici à 2020 (Vass, 200). De plus, le personnel médical fuit souvent les théâtres de guerre, craignant pour sa propre survie, et laissant les malades, chroniques surtout, livrés à eux-mêmes. Ce fut le cas en Ouganda aux heures chaudes des exactions de la LRA (Lord Résistance Army), où la zone où ce groupe sévissait s’est vue presque dépouillée de tout personnel soignant. En Syrie, actuellement, la situation humanitaire est alarmante avec une pénurie de médecins.

Par ailleurs, la paix permet la mise en œuvre de nombreuses politiques  favorables à la promotion de la santé :

-Accroissement des ressources humaines, matérielles et financières allouées à la santé ;

-Mise en œuvre de stratégies d’IEC (Information Education Communication) et de CCC (Conseils pour le Changement de Comportement) qui sont des axes très importants en matière de santé publique, à travers les médias de masse;

-Facilitation de la collaboration entre Ministères et partenaires privés et traditionnels en matière en développement ;

En outre, n’oublions pas que l’insécurité alimentaire, les perturbations économiques et les dysfonctionnements du système éducatif, dus aux conflits, ont des répercussions sur l’état de santé, tous ces facteurs constituant les déterminants de la santé, en plus des facteurs biologiques, environnementaux et culturels, entre autres.  

Des pays comme le Rwanda ont pu faire de la réconciliation nationale une réussite après des évènements graves comme le génocide qu’ils ont traversé, en misant davantage sur le renforcement du pacte social, entre autres. Ils ont aussi privilégié la thérapie collective (libération de la parole et prise en charge médicale) qui peut être une voie ; de même, les hommes politiques se sont vus « sommés » par les populations, de montrer l’exemple en termes d’unité, à leur niveau. Par ailleurs, le Rwanda a aussi choisi pour priorité, dans le cadre de la réconciliation nationale, la recherche du consensus politique.

La réconciliation nationale s’appuie aussi sur une législation adaptée au contexte. Elle s’appuie sur une société inclusive ; elle s’appuie sur un Etat où le mérite est la seule échelle de valeur. Elle s’appuie sur le Pardon sincère une fois que les vérités sont établies.

Mettons fin à notre propos en insistant sur le fait que la réconciliation nationale est une priorité pour un pays ayant traversé un conflit comme la Côte d’Ivoire. Elle est gage de paix, la paix et la stabilité elles mêmes étant le socle du développement économique, de l’accès à l’emploi, de la promotion du genre, de l’éducation, de l’institution d’un bon système de santé comme nous l’avons démontré de façon transversale. La paix, la sécurité et la stabilité permettent aussi de gouverner « les mains libres », étant en phase avec le peuple qui nous a élu (consentement de ceux qui sont gouvernés).

 Les conflits ne détruisent pas seulement les infrastructures, ils détruisent aussi les cultures. Les conflits passant par l’ignorance et la méconnaissance de l’autre, il urge de rétablir un dialogue après une crise sociale ou une guerre, en vue de mettre fin à la fracture sociale et de promouvoir les actions communes pour l’intérêt de la nation mère. Imitons Nelson Mandela quand il affirmait le 10 mai 1994, dans son discours mettant fin à l’apartheid : « L’heure est venue de refermer les plaies. L’heure est venue de créer des ponts au dessus des fossés qui nous séparaient. L’heure est venue de construire ».




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