L’AFRIQUE, LES VISIONNAIRES ET LE POUVOIR


L’AFRIQUE, LES VISIONNAIRES ET LE POUVOIR

publié le Mardi 07 Fevrier 2017 à 11:37:58

Dr Yatabary Aïcha

Médecin, écrivain, santé publique

Affaires humanitaires et coopération internationale

04 février 2017


Toute personne avertie aura observé, dans de nombreux pays, le sentiment de déconnexion entre l’élite gouvernante et le peuple. Cette déconnexion s’est installée peu à peu jusqu’à atteindre son paroxysme, illustré par le  rejet dans les urnes de certains personnages politiques que les sondages donnaient favoris aux élections auxquelles ils se présentaient. En effet, depuis l’année 2016, on observe un changement des codes au niveau politique se traduisant par une redistribution des cartes. Que ce soit en France  (montée en puissance de l’extrême droite), au Royaume-Uni (sortie de l’Union Européenne), aux Etats-Unis (arrivée fracassante et spectaculaire de Donald Trump à la maison blanche, déjouant tous les sondages qui le donnaient perdant), on voit des acteurs jusque là improbables se positionner en nouveaux leaders du monde.

En Autriche, le candidat écologiste est parvenu à remporter l’élection présidentielle face à un candidat d’extrême-droite avec lequel il était au coude à coude. Des candidats comme Fillon et Hamon en France, qui étaient donnés pour perdants, ont remporté les primaires de leurs différents partis politiques, se présentant comme des hommes neufs. Ils  promettent tous, ces « nouveaux » acteurs, de proposer « quelque chose » de différent ; à telle enseigne qu’un écrivain connu a décidé de se porter candidat en France face à tous ceux qui viennent d’être cités : il s’agit d’Alexandre Jardin. Le discours de rupture avec les élites séduit.

Cette vague de rejet gagnera t-elle les peuples africains ? Que veut l’Afrique comme hommes de pouvoir ? Quelle vision pour nos pays ?

Pourquoi observe t-on cette déconnexion entre classe dirigeante, administrative, politique, médiatique et peuple ?

 

Selon certains citoyens indignés qui rejettent le système de gouvernance actuel, « Le citoyen n’existe plus dans le débat politique ». Le peuple a l’impression que l’élite est coupée de la réalité…le peuple a le sentiment que les élites se connaissent toutes et sont sorties des mêmes écoles. Enfin, le peuple a l’impression que son sort ne préoccupe guère cette élite.

Ce sentiment de déconnexion est aussi  fort en Afrique que partout dans le monde, quand on voit le gouffre qui sépare l’élite africaine du peuple, déconnexion exacerbée par l’affairisme, la domination d’une certaine oligarchie et le tribalisme.

Pourquoi vote t-on pour un candidat ?

Un électeur lamda, acquis à la cause de la démocratie, se poserait les questions suivantes, qui semblent essentielles, avant de voter pour un candidat à une élection présidentielle: « Que propose ce candidat pour améliorer mon bien-être ? Aurais-je accès à un meilleur système de santé, à un meilleur système éducatif s’il accède à la magistrature suprême ? Aurais-je accès à un emploi stable qui me garantisse une vie digne et agréable, à une meilleure qualité de vie, à un environnement sain, laisserais-je la planète, dans un état susceptible d’assurer la survie de mes enfants, la survie des générations futures ? Verrais-je mes droits respectés si ce candidat est élu ? »

Malheureusement,  parfois encore, en Afrique, on élit un candidat par ce qu’il est de la même ethnie, de la même région, de la même religion ou de la même famille que nous. On élit un candidat parce que ce sont les consignes du chef de village ou du guide religieux.  On élit un candidat parce qu’on espère obtenir un emploi, une promotion, une part de marché, de l’argent, ou tout simplement parce qu’on a reçu un tee-shirt ou un billet de 500fcfa de la part de ce dernier. Or, l’électeur qui se projette sur le long terme et qui sait anticiper les questions d’avenir choisit un candidat  pour ses différentes propositions à propos des problématiques de santé, d’éducation, d’emploi, de justice et de droits de l’Homme, ainsi que concernant la question de l’environnement. Il fait ce choix parce qu’il sait qu’un bon programme est la clé d’un développement durable dont lui et les siens profiteront certainement à court, moyen et long terme.

 Ne dit-on pas que « les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent  » ?

Quand les peuples africains seront totalement acquis à la cause de la démocratie comme système qui assure le bien-être collectif,  celui de la République, sur le long terme, on ne verra plus des candidats accéder au pouvoir par hasard, par inadvertance, ou par accident.

Qu’attend l’Afrique de ses hommes de pouvoir ? Une vision

Poser, ou reposer les vraies préoccupations du peuple au centre du débat paraît être la posture nécessaire pour effacer cette défiance qui est née entre élite et peuple. Promouvoir davantage la notion de dignité du travail serait utile.  Renforcer une démocratie plus participative est maintenant impérieux.

Beaucoup d’hommes politiques ivoiriens actuels se définissent comme Houphouetistes, pour se désigner comme hommes de paix, visionnaires ou même bâtisseurs. A ce sujet, saluons deux hommes en qui nous reconnaissons toutes ces valeurs : le Président Henri Konan Bédié et le Président Alassane Ouattara.

Nul n’est sans savoir les efforts dont ont fait montre ces deux grands hommes, issus de l’école Houphouetiste pour construire la Côte d’Ivoire actuelle. Cette école est celle qui prône les valeurs de tolérance, de dialogue, de rassemblement, mais aussi celles de la vision politique audacieuse et réformiste, à travers entre autres, une politique agricole novatrice, un système de santé efficace, une politique de l’emploi ambitieuse et une politique environnementale avant-gardiste dans la Côte d’Ivoire d’Houphouët Boigny, même si l’on pouvait contester certains aspects de la politique de l’homme.  

La fondation Félix Houphouët Boigny, à Yamoussoukro, ne fait-elle pas, la promotion de sept valeurs essentielles ? Sept valeurs que sont la démocratie, le respect du Droit, le respect des droits de l’homme, la tolérance, la non-violence, la solidarité, la protection de l’environnement.

Pour illustrer ces différentes notions, Alexandre Jardin parlait de « Révolution de la bienveillance » dans son programme de candidat à l’élection présidentielle en France, comme pour dire que ces différentes valeurs demeurent universelles. Il veut quant à lui rendre le pouvoir aux "territoires, là où ça marche", appelant à encourager et développer les initiatives locales. Il croit davantage à l’intelligence citoyenne, collective qu’à « celle de quelques uns à Paris ». Son discours sonne comme un écho aux murmures du peuple. Populiste ? Sans doute. Utopiste ? Certainement pas !

Si l’objectif de la politique est pour l’homme politique, d’assurer le bien-être de ses administrés à travers un programme bien défini en matière de santé, d’éducation, d’emploi, de droit et de Droits de l’Homme, de l’environnement, de genre (question de plus en plus d’actualité) entre autres, alors les peuples attendrons davantage de ce dernier une vision claire et d’ensemble sur ces points précis. Les électeurs veulent des hommes de convictions en qui porter leur confiance. Moins les peuples auront de réponses concernant leur bien-être, plus ils s’éloigneront de l’homme politique et de la politique elle même  et exprimeront ce rejet  dans les urnes en s’abstenant de participer aux échéances électorales ou en se tournant vers  des candidats populistes,  ne sachant pas eux-mêmes très bien où ils les mènent. Il paraît évident qu’en Côte d’Ivoire, seul l’homme capable d’incarner ces valeurs de cohésion sociale, de leadership visionnaire, de courage, de réforme sociale progressiste, d’ambition élevée pour le pays, tout en plaçant le peuple au cœur de ses actions, dans la lignée de l’Houphouëtisme comme idéologie basée sur la promotion de la paix,  pourra succéder au Président ADO en ce qui concerne le scrutin présidentiel à venir.

 




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