Commémoration du 19 septembre 2002 : Le ministre Alain Lobognon : « La question de la réconciliation nationale s’impose aujourd’hui à la Côte d’Ivoire »


Commémoration du 19 septembre 2002 : Le ministre Alain Lobognon : « La question de la réconciliation nationale s’impose aujourd’hui à la Côte d’Ivoire »

publié le Mercredi 20 Septembre 2017 à 10:31:57

Les hommes et femmes qui ont à une époque animé l’entité civile des Forces Nouvelles se sont réunis ce mardi 19 septembre 2017 à la résidence abidjanaise de Guillaume SORO pour se souvenir dans le recueillement, la date du 19 septembre 2002. Cette cérémonie a connu plusieurs articulations dont la communication du ministre Alain Lobognon, très proche collaborateur de Guillaume SORO. Durant près d’une demi-heure, le député de Fresco a ressorti entre autres faits, les grands mérites que gagneraient les ivoiriens s’ils épousent par des actes sincères les notions de réconciliation, de pardon et de repentance.

Un large extrait de la communication du ministre Alain Lobognon, député de Fresco
 
Mesdames et Messieurs,
 
A l’occasion de l’an 15 du 19 septembre 2002, j’ai la lourde tâche de parler, non pas de ce qui s’est passé depuis 2002, mais de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire.
C’est suspect de voir ceux-là parler de réconciliation. Disent certains. Ce n’est pas normal. Disent d’autres. Quels qu’ils soient, tous sont réconciliés quand il s’agit de critiquer l’engagement des ex forces nouvelles, hier belligérants, porter le plaidoyer pour le Pardon et la Réconciliation en Côte d’Ivoire.
 
Mesdames et messieurs,
 
La réconciliation reste un vaste champ d’exploitation pour tous les Ivoiriens afin de redonner un vrai sens au vivre ensemble. Permettez-moi de n’aborder qu’une infime partie de ce champ et laissez aux autres le soin de le terminer. Que retenir de la réconciliation nationale?
 
La réconciliation nationale est un processus, une marche, un ensemble d’actions mises ensemble ayant pour finalité ou objectif de tourner la page d’un passé de chaos ou de division pour arriver à un nouveau départ entre les citoyens d’une même nation.
 
En d’autres mots, la réconciliation n’est pas le point de départ du rapprochement des positions irréconciliables, mais plutôt la fin d’un processus de mésententes ou de désaccords.
 
C’est cette phase importante pour tout pays qui a connu une ou des crises, qui impose aujourd’hui aux acteurs politiques que nous sommes, de parler de réconciliation nationale et de voir en ce processus un urgente nécessité pour la paix et la cohésion sociale en Côte d’Ivoire.
 
Notre pays aurait pu éviter ses crises à répétition, des deuils, des emprisonnements et des enfants, frères et parents en exil, si à un moment donné, le dialogue avait prévalu et si la Côte d’Ivoire avait eu recours aux voies traditionnelles que constituent les alliances interethniques.

Les alliances interethniques en Côte d’Ivoire sont des pactes de non-agression signés entre les ancêtres des différentes ethnies du pays. Elles mettent un accent particulier sur les railleries ou les moqueries et permettent de maintenir la paix et la cohésion sociale.

Elles peuvent éviter de sombrer dans les violences de grande envergure. Elles doivent contribuer à régler pacifiquement tous les différends et à transformer les malentendus en plaisanteries.

La Côte d’Ivoire compte des alliances interethniques entre les Sénoufo et les Yacouba, Koyaka, Lobi, Gouro, Mahouka, Koulango. Il en existe entre les Attié et les Dida, M’Batto, Kroumen, Bakwé ; entre les Baoulé et les Ando et Agni.

Nous les avons Pourquoi minimisées. Conséquences ? Les conflits intercommunautaires se sont régulièrement multipliés et quand la crise de 2002 a éclaté, rien n’a été fait pour empêcher que les Ivoiriens s’entretuent.
 
Les alliances à plaisanteries sont multiformes. Elles existent entre clans et groupes ethniques différents. D’un point de vue spatial, l’alliance à plaisanterie dépasse le cadre géographique circonscrit au groupe.
Pacte de non-agression, pacte d’assistance et d’aide, pacte de fraternité ou d’intégration, pacte de subordination, les alliances interethniques peuvent contribuer à réconcilier les Ivoiriens.
En tant que phénomènes sociaux, les alliances à plaisanteries ne s’expliquent que par rapport à des facteurs collectifs. En effet, il s’agit de normes et de valeurs acceptées comme un tout, un ensemble par un groupe social qui agit et détermine la conscience de chacun des membres du groupe. Ainsi dans nos sociétés anciennes, voire mythiques, les tabous liés aux contrats des alliances à plaisanteries expriment le côté prescriptif de certaines valeurs sociales, religieuses. Transgresser le tabou ou l’alliance revient à subir pour l’individu de la part du groupe des sanctions qui ont une fonction exemplaire, symbolique. La sanction du groupe est le moyen pour celui-ci de s’imposer, de s’affirmer face à l’individu transgresseur. 
Il y a plusieurs modes pour réparer la transgression (poulet, cola...). On va donc de l’acte réparateur à « l’amende symbolique. »
 Au total, on peut dire que la sanction, la punition du groupe a une fonction rituelle qui renforce la solidarité à l’intérieur d’un groupe mais également à l’extérieur car elle applique la volonté de s’en tenir pour tous à ce qui a été convenu, du moins admis tacitement. 
Il faut tirer le meilleur parti des alliances à plaisanteries.
L’allié qui se trouve ainsi coincé sera obligé d’offrir à l’allié demandeur, tout ce qu’il exigera avant d’enterrer son proche.
Les alliances ethniques donnent occasion à des plaisanteries qui ont pour seul but l’autodérision puisque l’on doit accepter sans rancune le regard critique de l’agresseur sur sa propre culture. 
 
L’ultime avantage des alliances inter ethnique est qu’elles représentent un facteur de paix entre les différentes ethnies à cause du pacte de non-agression et d’assistance mutuelle qui les lient entre elles.
 
Ainsi, il existe alliances entre :
Les Attié et les Dida ; Les Attié et les M’batto ; Les Attié et les Kroumen ; Les Attié et les Bakwé ; Les Abron et les Agni ; Les Agni et les Baoulé ; Les Abbey et les Abidji ; Les Ano et les Senoufo ; Les Ano et les Koyaka ; Les Ano et les Djimini ; Les Ano et les Baoulé ; Les Ano et les Godé ; Les Ano et les Agni ; Les Abron et les Baoulé ; Les Abron et les Agni ; Les Abron et les Senoufo ; Les Abron et les Koulango ; Les Abron et les Bron et Ashanti du Ghana ; Les Bété et les Dida ; Les Bété et les Gagou ; Les Dida et les Abidji ; Les Dida et les Abbey ; Les Dida et les Adjoukrou ; Les Dida et les Neyo ; Les Dida et les Godié ; Les Dida et les Kroumen ; Les Dida et les Allandian ; Les Adjoukrou et les Ahizi ; Les Ahizi et les Alladian ; Les Adjoukrou et les Alladian ; Les Dida et les Kodê (Baoulé) ; Les Godé avec les Djamala ; Les Godé avec les Dida ; Les Godé avec les Baoulé ; Les Godé avec les Anofoué ; Les Godé avec les Koyaka ; Les Godé avec Tagwana ; Les Koulango et les Abron (une forte alliance, à telle enseigne que les abrons ne parlent la leur mais parlent koulango) ; Les Koulango et les Lobi ; Les Sénoufo et les Koyaka ; Les Senoufo et les Yacouba (ou Dan) ; Les Senoufo et les Lobi ; Les Senoufo et les Gouro ; Les Senoufo et les Mahouka ; Les Senoufo et les Koulango ; Les Koyaka et les Lobi ; Les Yacouba (ou Dan) et les Gouro ; Les Koyaka et les Djimini ; Les Koyaka et les Koulango ; Les Koyaka et les Tagwana ; Les Yacouba (ou Dan) et les Djamala ; Les Yacouba (ou Dan)et la Tagwana ; Les Yacouba (ou Dan) et les Mahou ; Les Gouro et les Tagwana ; Les Gouro et les Djamala ; Les Gouro et les Djimini ; Les Gouro et les Peulh de la Guinée Konakry.
Au total, les alliances bien que considérés par certains comme « dures », consolident l’amour et la tolérance entre les ethnies.
Les alliances à plaisanteries sont une donnée fondamentale dans la gestion des conflits entre hommes d’un même espace et d’espaces différents. Elles peuvent être récupérées et valorisées pour régir non plus seulement des rapports limités à des clans mais des relations entre membres très divers d’une nation.
 
Mesdames et messieurs,
 
La Côte d’Ivoire doit faire attention à ne pas sombrer dans une autre crise. Il s’agit pour elle de privilégier le dialogue entre ses filles et ses fils. Le dialogue n’est pas un effet de mode importé. Il fait partie de nos traditions. C’est pourquoi, les autorités coutumières qui en usent pour régler tous les problèmes doivent donner de la voix en invitant les autorités ivoiriennes à l’essayer. L’exemple de Grand-Bassam lors de la fête de l’Abyssa doit faire tâche d’huile.
Chaque année chez les N’zima, la fête de l’Abissa qui signifie questionner, est l’occasion de critiques, de confessions et de pardon. En présence du roi, des cadres, et aussi en présence de particuliers, tous les fautifs sont mis au banc des accusés. Aucun sujet n’est tabou. Les écarts de comportement dénoncés. Les mis en cause sont nommément cités.
 
« C’est la critique sociale qui s’opère ainsi. Chacun doit faire son mea-culpa. Celui qui fait l’objet de critiques pour des actions blâmables et regrettables doit les accepter, se repentir et présenter ses excuses afin qu’il soit pardonné. Pendant cet exercice, le roi devient un citoyen ordinaire ».
Selon le président de l’association Abissa, Jean-Baptiste Amichia,
« l’Abissa est une plate-forme sur laquelle les N’zima se retrouvent pour se réconcilier. Quel que soit l’endroit où il se trouve, le N’zima fait mouvement vers Grand-Bassam pour commémorer le nouvel an. Il vient s’abreuver à la source, se réconcilier avec les siens. Pendant la fête, nous donnons aussi l’occasion à tous les peuples de venir nous accompagner pour partager les valeurs de pardon et de réconciliation. Il est clair que le N’Zima ne peut pas vivre dans un carré défini, il s’ouvre aux autres peuples pour des échanges ».
Chez les N’zima, le roi est soumis à des critiques, parce que, explique un fils de Grand-Bassam, « celui qui critique n’est pas un ennemi, mais quelqu’un qui aide à progresser. Cela peut être transposé à la réconciliation en Côte d’Ivoire, où nos hommes politiques doivent publiquement accepter des reproches. »
 
Mesdames et messieurs,
 
L’on ne peut parler aujourd’hui de réconciliation en Côte d’Ivoire sans recourir au dialogue, qui est l’arme des forts et non celle des faibles.
 
C’est pourquoi, parce que la majorité de nos compatriotes souffre des conséquences des longues crises que notre pays, la Côte d’Ivoire a connues depuis la proclamation de la République en 1959, il faut aller à la réconciliation dont l’unique enjeu en Côte d’Ivoire est la paix.
 
Selon certaines personnes, la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de réconciliation au motif que les Ivoiriens sont déjà réconciliés. Disons simplement à ces compatriotes, que nous ne parlons pas de la même Côte d’Ivoire, vue comme un Nation une et indivisible.
 
Dans tous les cas de figures, ceux qui comme moi, font de la réconciliation une priorité, sont la majoritaire en Côte d’Ivoire. Tous affirment que les crises à répétition ont effectivement fragilisé notre pays. Ils estiment, que les divisions nées du multipartisme ont laissé des blessures qu’il faut absolument refermer si nous voulons éviter que dans quelques années, une nouvelle crise ne vienne provoquer des morts, des blessés et des destructions graves comme nous l’avons vécu depuis le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire.
Vos réactions
+

EDITO

Côte d’Ivoire, horizon 2020 - De la nécessité d’autres alliances et d’une nouvelle Force

Côte d’Ivoire, horizon 2020 - De la nécessité d’autres alliances et d’une nouvelle Force




TRIBUNE INTERNATIONALE

L’affaire Soul To Soul : une affaire de famille bien embarrassante !

L’affaire Soul To Soul : une affaire de famille bien embarrassante !



Actuellement sur la WEBTV